Presque non stop sur la ferme de Monsieur Violette, la ferme Bisounours, depuis le 24 janvier.

On a pris nos habitudes, nos rythmes.

Des images restent, imprimées sur la rétine, dans ma tête toute cabossée, dans mon petit coeur de petite vachère.

 

Le Monstre frétillant devant la porte de l'écurie ;

Déméter qui me regarde, la tête tournée à droite et en arrière, me surveillant de son oeil maquillé ;

Ma grosse Violette, monument bovin, couchée et ruminant ;

Bobine, partie à présent, au bout de la rangée contre le mur, avec ses cheveux en pétard et ses cornes dévissées.

Cette Bobine, celle de BobineLover, curieuse comme une vache, toujours la tête en l'air à surveiller l'écurie... Toujours à me réclamer des caresses et des câlins...

Les crises d'angoisse, de panique, qui me saisissaient comme une vague nous embarque, à l'océan, et me faisaient courir en haut, à la canadienne, pour me jeter au cou de Cannelle qui me serrait contre elle avec sa tête, fort, et tendrement...

 

Les premiers soleils, dont je profitais vautrée dans le foin, dans la crêche de Fanette, Flora et Farandole, en leur grattant le menton ; 

 

Les courses d'escalade de bottes, avec Le Monstre, quand je devais pailler les génisses ;

Les discussions sans fin dans l'atmosphère calme et douce de la cuisine, France Inter en fond sonore, avec le patron : punk-rock, littérature, cinéma, ou "actualités" et ce qui en découle, lui avec son thé, moi mon litre de lait, et les tartines ;

Le regard clair et pétillant du Monstre ;

Les sorties en licol de Fanette, juste après son vêlage, quand elle en chiait de rester à l'attache... Il n'y a qu'ici que j'ai vu qu'on promène les vaches en licol...

La facilité de mouvement de bêtes, malgré le jeu systématique de chaises musicales pour savoir où ranger qui. Et les déplacements, en licol, moi seule, ma vache et mon chien derrière qui surveille, sans cris, sans bruit, en douceur, comme si je promenais mon cheval...

Les câlins multiples à Inô, Hymette, Hypatie, et les autres...

Les rendez-vous avec l'Inséminateur, le seul le grand l'Unique, celui du secteur, le meilleur ! Il passe d'ailleurs vers 14h30, une jolie amitié est en train de se nouer. Les discussions autour d'un veau, d'une vache...

Le Monstre qui dort en boule sur une poignée de paille à l'entrée de l'écurie, et qui me suit partout quand je nourris les bêtes ;

L'ensemble des bestioles qui sent, qui sait quand j'ai le coeur gros et en vrac, et toutes qui me font un bisou tout doux du bout de la langue, un câlin, ou une grimace...

La musique, Dub Inc, Rammstein, ou Thomas Fersen, dans la voiture à 14h, avec ce ciel immense et mon chien tout doux et heureux à côté de moi ;

L'haleine des vaches quand j'ai distribué l'ensilage mélangé à la luzerne et qu'elles attendent le tourteau ;

Le patron qui me donne les doses de concentrés à distribuer (théoriquement strictes), et qui rajoute "Bon, Vadrouille tu peux lui en donner un peu plus, comme à Fanette et Amande, vu qu'elles sont pas trop top. Violette, t'en donnes pas beaucoup hein, vraiment, elle est assez grasse comme ça ! bon, c'est sûr que si elle te fait ses yeux, là... tu fais comme tu le sens, c'est pas grave si tu craques" et qui finit par conclure "on donne trois boites à chacune, sauf Aphrodite, Delphe et Violette, mais bon, c'est toi qui vois, si t'arrives à résister ou pas, c'est pas grave si elles ont plus".

Les discussions sans fin, quand il a fallu se séparer de Billie, et de Bobine... on était effondrés tous les deux.

"Hey Patron ! Athéna elle m'a fait 33L au compteur ce matin, et ce soir 29 !" -"Tu lui as foutu une branlée j'espère ?! c'est beaucoup trop, elle va se fatiguer !"

Le Monstre qui a pris ses habitudes chez la Mémé, pour boire le thé ;

Le soleil du soir qui éclaire la rangée de hollandaises ;

Ma génisse Gala qui se cache derrière moi quand les plus grosses veulent la battre ; et qui me serre contre elle quand je suis pas bien et qu'elle est couchée, moi accroupie ou allongée contre elle, contre son épaule, la tête dans le creux de son encolure...

La génisse Finoise, digne fille de Bobine par sa coupe de cheveux (et d'oreille, son oreille droite a été mangée par un chien errant à sa naissance) qui a le comportement d'un meuble imposant, surtout quand je paille leur case ;

Gouape, fille de Billie, qui est farouche et trouillarde, mais m'a laissée la câliner un matin où elle était couchée ;

Le Monstre qui a rentré les génisses qu'on avait mises dehors pour faire le fumier... On l'avait pas prévenu qu'on abadait !

Aphrodite et sa lignée, Delphe, Eurydice, Farandole, Hypatie... avec leur petit nez rose tout rond, câlines, bisouilleuses, et tellement douces...

Umagne et sa descendance, Douchka, Flora, Hymette... leurs oreilles un peu tombantes, leurs yeux enfoncés, et tellement gentilles...

Amande et ses grandes oreilles, son regard clair ;

Tsigane, la doyenne, tellement digne...

 

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De gauche à droite : Bobine, Dunette, Clémentine,Amande, Violette (couchée), Déméter, Ablette, Câline.