On est vendredi.

Ca fait deux semaines, depuis lundi dernier, que je n'arrête pas. Trois fermes en quatre jours la semaine dernière, un week-end prolongé de garde, puis quatre jours avec mes Bisounours.

Premier jour à peu près seule, j'ai vu le patron le matin, et un petit peu dans la journée je crois, entre deux réunions. Deuxième jour, il était là la moitié de la journée.

Troisième jour, il était là, on a bossé pas trop mal.

Quatrième, aujourd'hui, je ne l'ai ni aperçu, ni eu de contact avec lui.

 

Sur ces quatre jours, j'ai quitté la ferme deux ou trois fois à 21h, en y étant arrivée à 7h le matin.

Il faisait super beau, on a du boulot. Des parcs à défaire, à refaire, préparer la mise à l'herbe des génisses, inséminer l'une ou l'autre...

Quand l'Apprenti vient, malheureusement, il ne nous décharge pas vraiment du boulot : on a tout même pareil que d'habitude à faire, plus le boulot d'au moins une personne. Déjà qu'en temps normal on s'en sort tout juste à deux, en ne faisant que l'indispensable hyper urgent...

 

Ces derniers jours ont été riches, intenses, chargés. De l'abadée des trois grosses génisses pendant la traite (je vais les retrouver dix minutes plus tard au milieu de la cour ; elles avaient certainement pas eu le temps de bien compter les cailloux... ou elles ont descendu le pré plein pot, sans réussir à s'arrêter à la clôture, qu'elles ont traversé), à la vermifugation des mêmes, le tri des taries, l'immense parc à démonter...

Obligée de noter ce que j'ai fait le jour même pour me situer dans le temps.

Grand soleil, super chaud, j'ai bossé en short en jean et débardeur, cheveux en chignon.

Profitant du soleil autant que possible, pour sa lumière, sa chaleur.

L'angoisse diminue, le temps fait son oeuvre, et les chocs tendent à s'estomper avec les jours. De surcroît, je me suis rappelé que mon téléphone fait aussi radio FM, avec l'oreillette. Du coup, seule, ou quand je sens venir le spleen, je me branche sur Inter pendant que je vaque.

Matin et soir je tourne à l'homéopathie, pour essayer de juguler l'angoisse galopante qui me noue les tripes dès le matin, et les suées qui polluent nos nuits.

J'absorbe le soleil, la chaleur. je m'expose, prenant parfois des pauses de lézard. Le soir, ma peau est brûlante, comme si j'avais emmagasiné la chaleur et que je la restituais.

Je me colore, dore.

 

Je souris, pour rien, parce que le simple fait de sourire dénoue un peu mes entrailles. Je souris à Gala qui m'appelle, à Aphrodite qui dit bonjour, à Douchka qui me barre le passage, à Farandole qui réclame. Aux chiens qui dorment devant la grange, aux veaux qui tentent de goûter les chiens.

Le poids s'allège un peu.

 

Ce soir, je laisse la tension retomber, doucement.

Rentrés plus tôt que tout le reste de la semaine, je surveille l'heure, pas pour me coucher tôt "parce qu'il le faut", ni par obligation parce que je tombe, mais plutôt pour repousser un peu l'heure du coucher, profiter de l'attente avant l'extase, me coucher et me répandre sur le matelas.

Je prends une douche, bien chaude, longue, pour me réchauffer, me décrasser ; avant d'y entrer, je suis passée par la phase obligatoire en cette saison, quand on va trainer dans les prés et aux lisières : l'examen de chaque centimètre carré de mon corps, que je ne supporte pas, à la recherche de tiques susceptibles de s'être fichées.

Au passage, je relève les limites du bronzage, qui rend le reste encore plus moche. Ces traces blanches, c'est vraiment pas gracieux...

Je note aussi, vaguement, du coin de l'esprit, la présence de bleus, points douloureux, qui ont la taille d'une pièce de 1 centime parfois, souvent beaucoup plus étendus, parfois plus grands que ma main. Sans souvenir de leur cause.

Certaines zones sont très douloureuses, mais ne marquent plus depuis longtemps, comme les avant-bras, les poignets, les mains.

Mes pauvres mains, que j'oublie partout, qui se retrouvent écrasées, pincées, griffées, voire pelées, régulièrement.

Je remarque de nouveaux grains de beauté, apparus partout, sans que je m'en rende compte. Ou alors, c'est des que j'avais déjà et avais oubliés.

Et puis c'est la douche, brûlante. Le savon, la mousse, qui laisse une partie du bronzage au fond de la baignoire.

Je prépare ma nuit avec soin, profitant, mettant presque une sorte de rituel en place : couper les sonneries des téléphones, désactiver les réveils, fermer le volet, tresser mes cheveux longs pour ne pas risquer d'être gênée pendant la nuit. Décrocher l'interphone de l'entrée, hors de question qu'on me sorte de mon coma.

 

Demain, c'est relâche. Et après-demain aussi.

Pas de programme, hormis me reposer. Je ne sais pas combien d'heures va durer ma nuit, certainement un minimum d'une douzaine d'heures, ça peut aller jusqu'à 40, mais là j'en doute.

J'ai hate.

J'ai mon week-end, et j'ai mon homme.

Tout va bien.

 

Bonne nuit...