Comme je l'ai déjà dit tout au long de ce blog, les vaches, et bovins en général, sont des animaux aussi familiers, affectueux et "dociles" que le premier cheval venu ; du moins, ils en ont le potentiel.

 

La différence, c'est qu'un cheval est "dressé", éduqué à ces fins (entre autres) ; il est sociabilisé dès sont plus jeune âge, manipulé indépendamment, etc.

Un bovin est un animal de rente, de "travail", qui vit en troupeau et est en général manipulé comme tel.

 

J'ai pu me rendre compte, depuis ces années où je tourne sur les fermes, que la plupart du temps les vaches me lèchent, même si elles ne me laissent pas leur toucher la tête.

Plusieurs agriculteurs m'ont aussi dit qu'ils ne caressent jamais leurs vaches, "sinon elles les lèchent quand ils passent devant les cornadis/crèches, et c'est chiant/désagréable".

 

Certes, une lèche de vache, c'est HYPER désagréable. Déjà, ça glue. La salive, c'est gluant, pégueux, humide.

En plus, ça râpe terriblement. Sur peau nue, après deux coups de langue on a l'impression de s'être passée à la Spontex, et si c'est des zones sensibles (le ventre, le cou, le visage, le creux des coudes ou des genoux - ces fauves ont la technique pour relever les t-shirts, je me balade pas à poil dans les fermes hein !) on peut même se retrouver avec la peau à vif, voire à sang.

 

Sur la ferme Bisounours, où je suis toujours, je l'ai déjà évoqué : les vaches sont manipulées très tôt, quand elles sont veau ; habituées à être grattées, caressées, papouillées, déplacées. Attachées aussi.

Le patron, BobineLover et moi-même passons énormément de temps dans la semaine à "jouer" avec les veaux et génisses.

Le matin, quand j'arrive à la ferme, la première chose que je fais c'est de passer lentement et en silence dans l'allée derrière les vaches, en les regardant, et parlant doucement. Repérer un éventuel problème chez une vache couchée, et les réveiller en douceur. 

Je vais faire une bise, une caresse, à celles qui me regardent franchement (qui tournent la tête vers moi quand je passe).

Puis je passe devant, repousser ce qui reste de ration, et faire une bise et une caresse à chacune, en les nommant, toujours à mi-voix.

Ca me prend pas des plombes, ça me met de bonne humeur, et c'est pour ma part le respect le plus élémentaire que de saluer poliment mes compagnes de travail avant de leur toucher les tétines.

Certaines ont un peu plus, quand elles demandent ; grandes grattes sur les joues, sous les yeux, caresses sur les babines, sous la gorge.... elles savent se faire comprendre.

Puis le rythme de travail s'intensifie un peu, je redonne à manger, parfois une petite pause pour souffler, accoudée à ma pelle, en parlant à la vache en face qui me regarde. En l'appelant par son nom.

De même, je nomme mes veaux et génisses à chaque fois que je les manipule, nourris, paille, aborde...

 

Puis, quand je commence à traire, que certaines sont en travers, d'autres couchées... depuis l'autre bout de l'écurie je les appelle et leur demande de bouger : "Chimène, tourne ! Cerise, monte ! Vadrouille, debout ! Allez Aphrodite, lève-toi !"

Elles se reconnaissent, je sais : leurs oreilles bougent. 

Mais une vache, c'est plein d'humour, feignant comme pas deux, et têtu. 

Des fois, Cerise sait très bien que je dois passer et qu'elle doit monter sur la stalle plutôt que patauger les deux postérieurs dans la chaine à fumier ; ou quand elle est couchée et bloque Ablette, que je lui demande de se lever... Et elle fait la sourde.

Je le SAIS.

Alors je crie. "CERISE !"

Même depuis l'autre extrémité de l'écurie, et ça marche. Cerise se lève, ou monte, ou tourne.

Certaines (genre encore Cerise, mais pas que) ont des sales habitudes quand elles sont branchées : elles shootent dans la griffe avec leurs pieds sales (ou pas), piétinent, ou Cerise qui a la mamelle très décrochée bouge les pieds, à peine, et ça fait souffler les manchons. Dès que j'entends souffler, ou une griffe bouger, des manchons s'entrechoquer... J'élève la voix : "Cerise ! (ou Vahinée, ou Elysée, ou Vadrouille... ), tes pieds !"

Et là la vache lève la tête, secoue les oreilles, voire la tête entière d'un air exaspéré, mais arrête de bouger ses pieds.

 

Pareil, elles savent très bien (surtout certaines : Ablette, Vadrouille, Aphrodite, Clémentine...) qu'elles ont une queue, et ce que c'est.

Les "Ablette, ta queue bordel !" c'est à chaque traite. Et soit elle est de mauvais poil ou a mal au dos, donc secoue toujours la queue, soit ça va, elle la range. Mais elles savent !

 

Tout ça pour dire, donc, qu'un bovin peut s'éduquer comme un cheval : il connait son nom, les ordres de base (et plus complexes), les bonnes et mauvaises manières...

Ce n'est par contre pas du tout le même tempérament. La plupart du temps, quand on demande quelque chose à une vache, elle ne l'exécute pas immédiatement, comme un chien par exemple quand on lui demande de s'assoir, ou un cheval de donner son pied.

A part Dunette, je ne connais pas beaucoup de vaches "vives" dans leurs réponses.

Pas parce que c'est plus lent à comprendre, ou à décider ; mais simplement parce qu'elles réfléchissent au bien-fondé de notre demande.

Quand je demande à Déméter de tourner la tête pour passer, elle va le faire très vite parce que c'est devenu "réflexe" et qu'elle en a ras les cornes que je me prenne les pieds dans ses cornes et me vautre lamentablement sur son dos ; mais si je demande à Violette de tourner la tête, elle va mettre les oreilles en arrière pour mieux me voir, évaluer la situation, jauger ma demande, et enfin tourner la tête.

Pour traire, quand je demande de tourner (à Amande par exemple), elle va d'abord basculer son poids à gauche, puis lever le postérieur droit, le poser un peu plus à droite, basculer le poids à droite, ramener son postérieur gauche... et se sera décalée de 10cm. En général, ça suffit, puisque Violette aura un peu bougé dans l'autre sens, pour que je puisse passer entre elles.

 

J'ai toujours souvenir de Monsieur Contre-en-Haut, qui a 40 vaches (je crois) abondance attachées en hollandaise : une grande allée centrale, les crêches, et les vaches face à face.

Quand il les rentre, il ouvre toutes les portes, et elles vont chacune de leur côté, à leur place. Si certaines ont un doute, lui est au milieu de l'allée centrale, à les guider. "avance.... avance... là !" "non ! recule... descends... encore... voilà, tourne !" et ses vaches qui obéissent.

 

Quand je vois les "pro éthologie équine" qui parlent d'aspirations et autres joyeusetés, avec une chambrière ou autre, et de "pression" pour faire tourner un cheval... Et de "l'importance" que ça a... Je rigole doucement. Dans chaque étable attachée, quand les vaches sont bien éduquées, un simple claquement de langue, sifflet, ou juste notre présence, position, ou regard nous permettent de mobiliser les hanches, les épaules ou le corps entier de la vache, à droite ou à gauche, d'un pas ou d'un demi-cercle.

Et ce sur un troupeau entier, parfois 60 vaches !

 

Tout ça, donc, pour dire qu'une vache c'est pas plus con qu'un cheval.

 

Ensuite, l'autre sujet de cet article : les léchouilles.

 

En observant les vaches entre elles, j'ai pu constater que, fréquemment, elles se lèchent mutuellement. 

Bon, je passe sur Dunette, une "gentille vache" selon les termes du maquignon ("elle a l'air d'être une gentille vache celle là"... bin oui, je crois que c'est la plus "adorable" du troupeau, pas chiante, facile à vivre, intelligente, douce, jolie...), qui est toujours détrempée de bave parce que ses voisines, qui qu'elles soient, passent des plombes à la lécher...

Sinon, tous les jours, les vaches lèchent la tête, les oreilles, l'encolure, la gorge, le garrot, une partie du dos... de leurs voisines.

Je me suis un peu (pas longtemps) interrogée. Est-ce que c'est pour se rendre service, ou par véritable affection ?

 

Eh bien je crois que c'est vraiment un "acte social" comme on dit des chevaux.

Chez ces derniers, en général c'est ce qu'on appelle le "grooming" : se gratouiller mutuellement le garrot du bout des dents.

Chez les vaches, c'est un geste de soumission (les plus faibles qui le font aux dominantes), mais aussi un geste d'affection, de reconnaissance (dans l'autre sens).

C'est un geste d'amour (la mère à son veau, et le veau à sa mère).

C'est également un acte d'"attachement", qui crée un lien.

De reconnaissance dans le sens "toi, je sais qui tu es".

 

C'est pour ça que les vaches nous lèchent.

 

Pour nous remercier de les nourrir, de les caresser, de les soigner.

Pour nous prouver leur affection : elles n'ont pas de bras pour nous serrer, pas de bouche adaptée pour faire des bisous.

Pour nous prouver aussi leur "loyauté" (j'aime pas asservissement, et autres "reconnaissance de notre domination").

 

C'est la seule raison valable que j'ai trouvé, pour expliquer pourquoi un veau non sevré (donc qui a encore le réflexe de têter tout ce qui passe à sa portée) va me lécher les mains, les poignets, les avant-bras, quand je le caresse (mon Inô en est coutûmière) ; pourquoi une génisse qui ne manque pas de sel, pas de bouffe, pas de paille, pas d'eau va me suivre dans la case quand j'y suis, et me lécher comme une forcenée.

 

Certaines bêtes lèchent parce qu'elles manquent de sel, de minéraux ; elles vont lécher notre peau qui est salée, boire ou lécher l'urine des copines, lécher les murs, les râteliers... C'est facile à repérer.

Mais des bêtes qui ne manquent de rien vont nous lécher... par amitié. 

 

C'est pourquoi, même si c'est très douloureux, je ne vais pas les repousser brutalement ; je vais les caresser, et détourner leur tête, doucement. 

Leur montrer que j'accepte et reconnais leur acte pour ce qu'il est. 

 

Certaines, plus... "humanisées" ? vont savoir faire des câlins "à l'humaine", en serrant leur tête contre nous ; je pense notamment à Cannelle, qui le fait souvent. Ou Douchka.

D'autres, quand elles sentent qu'on a vraiment le coeur en petits morceaux, ou qu'on a un trop-plein d'amour qui nous étouffe, vont nous serrer contre elles quand elles sont couchées, encolure enroulée autour de notre petit corps, tête posée sur les genoux ou dans nos bras, yeux fermés, à profiter.

Farandole, Flora, Finnoise, Gala, Cannelle bien sûr... me font régulièrement ce cadeau.

Ma Poneydragon me l'a offert une fois. 

 

 

Finalement, un cheval, c'est peut-être plus farouche qu'une vache... ;)

 

(et sur ce, je file retrouver mes câlinours)