Pouceurs, pouceuses
J'ai beau être totalement asociable, pas aimer les gens et tout, j'ai toujours un réflexe quand je vois quelqu'un sur le bord de la route, surtout quand il fait froid, moche, ou nuit : je ralentis, regarde vite fait la tronche de l'individu, et en général je m'arrête.
La ferme où j'étais depuis le début de la semaine (le Grand Manitou m'a appelée à 21h15 pour m'envoyer ailleurs) est à 20km de ma maison (de la porte à la porte). Et la route passe par une commune qui est essentiellement composée d'un lycée pro et agricole.
Du coup, c'est souvent que, soit à la sortie de ma ville (oui, je vis en ville, pour les soirées pizzas-bières-zombies c'est plus simple), soit au niveau du lycée, il y aie des gens, en général des jeunes, qui font du stop.
Parfois c'est juste pour aller à la commune à côté, à 3km ; parfois, ils veulent traverser le département.
Des fois, juste rentrer chez eux.
Alors, sauf quand je suis vraiment à la bourre (en comptant le quart d'heure savoyard), je m'arrête et je les ramasse.
Je jette mon sac à main derrière, dis au chien d'être sage, s'ils sont plusieurs je jette tout en vrac sur le côté pour dégager une place ou deux sur la banquette, et j'embarque.
Quel que soit leur état de propreté, d'ailleurs ma connasse de frangine va dire qu'ils ont plus de risques de se salir en s'asseyant dans ma voiture que de pourrir mes sièges. Elle a pas tout à fait tort.
Et, quand j'ai du temps, comme ce soir où j'ai pris deux jeunes hommes, comme en janvier, un jour où il pleuvait à seaux, j'avais dix-quinze minutes d'avance (la course que je devais faire avait été plus rapide que prévue) et j'avais ramassé une fille et un garçon qui voulaient aller à 30-35km de là... je les emmène le plus loin possible.
En janvier, je les ai avancés le plus loin possible sans me mettre en retard, au delà du dernier rond-point merdique, à une dizaine de kilomètres de leur destination. Ce qui restait, c'est une route très fréquentée, et merdique à cause des camions. Je mets un temps monstre pour parcourir ce morceau en général. J'aurais eu dix minutes de plus, je les aurais posés où ils voulaient, c'est pas pour dix ou quinze minutes...
Ce soir, en rentrant, gros carrefour, il fait nuit, c'est presque 20h. Je vois vite fait deux silhouettes en noir qui tendent le bras, un coup d'oeil au rétro pour vérifier, c'est bien ça.
Bon.
Je suis seule avec mon chien, il fait pas hyper froid mais quand même quand on piétine ça va vite.
y'a déjà au moins dix bagnoles qui sont passées sans ralentir.
Je m'arrête, me retourne... z'ont pas vu. Un coup de klaxon, ils ont pas l'air d'y croire... Leur destination c'est la ville un peu plus loin que la mienne, à une quinzaine de kilomètres. Vu l'heure, ils vont en chier...
Personne ne m'attend, le Viking travaille tard, et ce soir encore plus. Mon manger est près y'a plus qu'à réchauffer... Je leur propose de les emmener à destination.
Ils acceptent, mais un peu emmerdés, je suis pas trop fatiguée ? je veux qu'ils me payent l'essence ? non, non, et non. C'est gentil, mais si j'avais été fatiguée ou quoi, je leur aurais pas proposé...
On a discuté pendant le trajet, de leur métier, du mien, de films, d'internet... Je finis par les poser à un endroit que je connais, juste à côté d'une salle de concert où je suis déjà allée.
Ils me remercient encore, me souhaitent bon courage, bonne continuation, et merci encore, etc...
Puis je rentre, tranquillement.
Cet aprèm, en allant travailler, en passant près du lycée, un jeune faisait du pouce aussi. J'avais de la marge un peu, donc je m'arrête. Lui, il allait seulement à l'hosto à trois kilomètres.
Il m'a dit qu'il venait de la mairie, où il a déclaré sa petite fille... il vient d'avoir une petite fille !
Il était tout ému, fatigué, et réalisait pas vraiment.
Ca fait plaisir de rencontrer des gens heureux comme ça.
Tout ça pour dire que ça m'arrive souvent de prendre des auto-stoppeurs. Je me souviens comme ça me gavais, les fois où j'en faisais, et que personne s'arrêtait. Surtout quand il pleut, que ça caille, et que les bagnoles passent bien vite contre pour nous éclabousser.
Et contrairement à ce qui semble évident... je leur parle pas. Eventuellement je leur demande depuis combien de temps ils attendent, mais c'est tout.
Ils me racontent des trucs par contre, me posent des questions... Une fille qui pue l'étable, c'est rare !
Et le chien fait de l'effet, avec son regard bête et son sourire crétin, pis comme il est sage, et tout ça... Il a du succès !
Alors bon... j'aime pas les gens, j'aime pas les touristes, mais j'aime pas voir les gens en chier pour se déplacer en se pelant le cul.
Ou crevant de chaud.
Pis si je peux rendre service...
Et non, j'ai pas peur. Parce que j'ai le chien, (qui sert à rien mais ça dissuade un peu quand même), que j'ai un arsenal monstre dans ma voiture, des couteaux en tout genres dans mon vide-poche et sous mon siège, et que... bah... C'est moi qui conduis :D
Et si ça me prend l'idée de piler ou de zigzaguer, je le fais !
Et faut arrêter de croire les bobards de la télé aussi.
Les auto-stoppeurs, c'est rare quand c'est des tueurs psychopathes. Et même, c'est rare quand ils s'attaquent aux pauvres jeunes filles faibles et sans défense (qui crachent leurs poumons) !
La douleur est une information
Série pas très gaie ces derniers temps, ça changera, vous en faites pas. Mais là c'est un article chiant, vous pouvez le sauter.
Je m'interroge pas mal en ce moment.
Déjà, je me rends compte que, plus j'en apprends, moins j'en sais.
Le remplacement n'est pas forcément la meilleure des écoles : face à un problème, une situation donnée, je me retrouve face à plusieurs possibilités et solutions.
Par exemple, un vêlage : je le tire ? je le tire pas ? j'attends ? j'aide ? je savonne ? je graisse ? je mouille ? je fais rien ? elle doit être debout ou couchée ?
Suivant les agriculteurs, chacun combine le bazar à sa sauce.
D'autant plus que cette année, je n'ai eu que des gros veaux.
Sinon, il y a aussi des situations (là j'en ai plus en tête) où il y a plusieurs possibilités d'action/solution, qui sont aussi bonnes les unes que les autres. Comment choisir ?
Chaque fois qu'une bête est malade, je suis confrontée à un nouveau truc complètement farfelu.
Des acidoses, des problèmes de rumination... si seulement j'avais pu en avoir plus souvent ! je sais comment réagir, même pas besoin de calculer : un sachet de rumigastril, à la bouteille ou au pistolet drogueur, et c'est reparti !
Mais là... des mammites infectieuses où il ne sort que du pus d'une traite à l'autre, des mammites à grumeaux, des grumeaux sans mammite, du lait jaune, rose, noir (ce coup là j'avais pas compris, la vache Milka était chez moi ??? ) alors que le Teepol, les tests... ne donnent rien, que la vache mange, rumine, n'a pas de température, que l'eau est propre, etc...
Une mammite collibacilaire, c'est facile : fièvre + perte d'appétit + lait dégueu voire plus de lait du tout => véto illico, antibiotiques etc.
Une fièvre de lait, idem ! véto, on fait du calcium, et en une demie-heure elle est debout.
Si ça pouvait être aussi simple... Malheureusement, plus le temps passe (ou alors je suis sur une ferme "expérimentale" ? ), moins j'ai l'impression de connaître mon métier.
Mais je voulais pas parler de ça.
Je voulais parler (c'est quand je me suis violemment auto-trépanée dans la crêche parce que je crachais mes poumons que j'y ai pensé) de la douleur.
Des sensations.
Je vais avoir 25 ans, j'ai l'impression d'en avoir 95, et d'être passée sous un bus.
Je devrais être en bonne santé, souple, opérationnelle, en bon état.
Mais j'ai l'impression qu'un rien me casse.
Je me coince le dos pour rien, dès que j'ai deux jours de congé (genre un week-end) je chope la mort, quand je suis un peu trop contrariée ou tendue (ferme où ça se passe pas très bien, tensions au boulot parce que foins ou vêlages rapprochés, etc...), une de mes côtes, côté droit, et haute hein... la deuxième ou troisième sous la clavicule... saute. Ca fait super mal, elle dépasse, c'est visible à l'oeil nu en plus.
J'ai les reins en compote, j'en chie pour me baisser, et ça craque et grince de tous les côtés. Toutes les articulations se déboîtent, les sciatiques sont des vieilles copines.
Là où quelqu'un de normal aura mal deux fois dans sa vie, elles se pincent toutes les quatre ou cinq semaines, et dans ces cas là ça peut aller de la simple raideur dans la jambe parce que j'ai "mal au cul" à l'impossibilité de bouger (enfin, théorique l'impossibilité) du bout de l'orteil jusqu'aux doigts. En passant par la jambe, la fesse et tout le dos.
Je ne peux pas me permettre d'être arrêtée souvent. Donc j'ai une solution, une balade à cheval à cru. Obligée de me détendre, ça atténue la chose.
Mais y'a pas que ça ! en plus des tendinites à toutes les articulations (doigts, poignets, coudes, épaules...)je chope, cette année, très facilement la crève. Je suis pourtant couverte, mais au moindre coup de stress (genre là le cinq février), je mouche, je tousse, et c'est parti mon kiki.
Fièvre tous les deux trois jours, pendant une journée ; pas forcément très élevée, mais gênante.
Là, pour la première fois de ma vie de "grande" ça a viré à la bronchite.
Donc, je tousse.
Ca fait vibrer toute la cage thoracique, la tête, j'ai des abdos d'enfer, je manque de dégueuler une fois par jour, je dors mal, je fais peur aux vaches, et à force de tousser je me coince, du coup quand j'ai une quinte je me retrouve à genoux parce que ça a pincé les sciatiques.
Super trop cool.
En réfléchissant, je me rends compte qu'il n'y a pas UN JOUR sans que j'aie mal quelque part. Mais vraiment.
Je ne crois pas être douillette, et tout ce que j'ai évoqué au dessus ne m'a pas valu d'arrêt officiel du médecin depuis un bail. D'ailleurs chaque fois que je vais le voir il angoisse, quand on s'est rencontrés j'étais passée sous mon destrier trois jours plus tôt, la fois suivante j'avais une tendinite au point de ne plus pouvoir toucher mon nez (et ce, depuis quatre jours, je devais traire et garder une ferme), etc...
La fièvre ne m'empêche pas de soigner, je suis juste un peu plus lente, je me sens "déconnectée", distante, mais je bosse. A l'heure.
Le dos, on fait avec, les doigts qui déconnent, idem.
Je vais voir l'étiopathe en général le vendredi ou le samedi matin, pour être sûre d'avoir un jour ou deux de repos ou d'activité légère derrière, histoire que je refasse pas tout sauter.
Mais je me pose cette question : est-ce que c'est normal ?
Je ne me drogue presque pas, quand j'ai trop mal et que ça me gène pour dormir (ou que je tousse vraiment trop) un demi efferalgan codéiné, et c'est tout. Pour un début de migraine, du doliprane. Du pschitt pour le nez, et c'est à peu près tout.
Je préfère avoir de la fièvre, au moins le corps fait son boulot, si je prends des trucs la maladie est juste repoussée.
De la même façon, les anti-douleur, j'évite : si j'ai mal quelque part c'est qu'il y a une raison, tant que je ne suis pas en train de me rouler par terre aveuglée, je n'y touche pas : au moins, je ne bourrinerai pas bêtement.
Je sais aussi que la plupart du temps, quand je relâche la pression, je tombe malade. Genre quelques jours de congés, etc... C'est normal ça aussi.
Donc la crêve qui traine et la fièvre ne posent pas souci.
Mais les douleurs... ça m'interpelle.
Il y a des jours avec et des jours sans, et dans cette affaire je ne parle pas des douleurs "artificielles" : un bleu, un doigt coincé dans une porte (j'y suis habituée, en général je force jusqu'à ce que je comprenne que la porte ne PEUT PAS se fermer, qu'il y a ma main dedans) ou une énième auto-trépanation (sur un linteau, un mur, une barre à mine qui traine FORCÉMENT pile à environ 1m75 ou 76,5 de haut, dans le passage. Plus d'une fois je me suis retrouvée sur mon cul sans comprendre comment ni pourquoi, en colère qu'on m'aie foutue par terre aussi vicieusement, emmerdée à l'idée que les vaches ou mon chien m'aient vue, et ne sentant même pas la bosse qui pousse déjà.
C'est devenu une habitude, je crois qu'il y a des marques depuis le temps, genre "taper ici". Et je ne sens presque plus rien. Sauf quand j'appuie fort bêtement pour voir si j'ai mal, "là").
Donc, pour en revenir à mon sujet, les doigts qui lancent, voire qui ne plient plus, les dards de douleur blanche et aigüe dans les épaules, la douleur lourde et sourde des reins, celle, violette, du dos un peu plus haut ; la pointe noire bleutée et acide entre les omoplates : la 5e cervicale qui se bloque régulièrement ; l'aiguille qui chauffe au rouge dans ma poitrine, entre mes côtes à droite, vers celle qui saute : l'impression d'une douleur qui pulse, toujours par là, latente, et à intervalles réguliers s'allume brusquement puis se résorbe très vite. Pour revenir quelques minutes plus tard.
Les crampes/contractions (?) dans le bas ventre, qui peuvent me plier en deux et lâcher des bordées de jurons : douleur rouge celle-ci.
Et j'en passe...
Des coupe-souffle incroyables, à se retrouver des fois une patte en l'air en attendant que ça passe. 1, 2, 3, Soleil !!!
Que faut-il faire ? Je cours les médecins, osthéos, étiopathes, marabouts... pour essayer de rééquilibrer ce merdier. J'ai pas de scoliose, ne porte des talons que rarement, et quand je sens que je vais me déboiter un truc, j'essaye de pas forcer.
Le pire, c'est que je sais, en général, où quand et comment j'ai tout fait sauter. Mais je sais pas y remettre seule.
Je crois que le jour où je serai "en équilibre", autant squelettiquement que viscéralement, voire mentalement (pas gagné ça), j'arrêterai de cracher mes poumons et d'avoir mal partout.
Mais que je travaille ou que je glande, ça merde. La dernière fois que je me suis fait redresser le dos, je suis restée chez moi pendant deux jours, dès le premier jour de glande j'ai senti que ça se rebloquait !
Est-ce que c'est normal ?
Que faut-il faire ? l'accepter, ou combattre la douleur, avec des médocs, des trucs du style ?
L'ignorer ?
Continuer à s'étirer en sentant parfaitement les muscles qui sont coincés, les tendons qui peuvent plus, les os qui se réajustent vaguement (ou sortent de leurs logements), même si ça fait mal, tirer ?
Faire le cochon pendu deux heures par jour, la tête en bas ?
Se muscler encore plus pour essayer de garder tout ce monde à sa place ?
Mettre le viking à contribution (un jour il va me dégueuler sur les pieds... "dis, mon doux mâle que j'aime, tu peux tirer juste sur le bout du majeur s'il te plait ?" et quand il s'exécute, sentir et entendre très distinctement tous les os se désolidariser les uns des autres, les trois phalanges du doigt, le poignet, le coude, l'épaule, et si je suis par terre, toutes les vertèbres voire le bassin. Parait que c'est gerbant de sentir sa copine se désintégrer dans ses mains. Presque autant que quand, en s'asseyant sur les genoux, sa hanche fait un bruyant "cloc........... cloc" juste sur sa cuisse... il est devenu tout blanc ce jour là ! )
ou alors... postuler pour le rôle d'Emily dans "Les Noces Funèbres" s'il est adapté en film avec des vrais gens ?
=> http://www.youtube.com/watch?v=Lgc5SHbCcys&feature=related
Misanthrope et touristophobe
Novembre/décembre 2010, pour aller bosser...
Avec 4 pneus, sur une route comme ça, ça passe à 70-80 sans aucun souci ni danger... Quand on sait conduire...
Des chaînes ? Pour quoi faire franchement ?
La route avait pas été déneigée sur les cinq derniers kilomètres, et le camion nétait pas passé :
Ce n'est pas forcément très très clair quand j'écris, mais je n'aime pas les gens. Pas du tout.
Et les touristes, c'est pire. Je les exècre, les méprise, les hais, si je pouvais les découper en petits morceaux en les faisant souffrir longtemps, je crois que je le ferais.
Tous ces blaireaux, là, ces espèces de beaufs qui viennent "au ski", nous pourrir les routes, qui se la pètent alors qu'ils sont pas fichus de conduire sur trois flocons de neige...
Dès le début des saisons, en même temps que les pneus neiges, j'enfile ma colère.
C'est comme une armure d'énergie, qui me file une patate d'enfer, et me rend intouchable.
Je ne suis déjà pas très polie avec les gens qui me gonflent, mais dans ces périodes, je suis capable de les cogner.
Ils ne respectent rien, ni personne.
Mon secteur englobe malheureusement trois "domaines" de ski, je me tape donc tous ces abrutis pendant l'hiver.
La ferme que j'ai gardée lundi et mardi est à 100m du pied des remonte-pentes ! J'ai eu du bol, je n'ai jamais croisé grand monde, c'est une station "familiale", donc moindre mal. J'y étais pour 5h45 le matin, je repartais vers 8h-9h, j'y retournais entre 15h30 et 16h, pour repartir vers 19h30. 17km à chaque fois, que de la montagne, c'est chez Monsieur Culotte.
Quand j'arrivais le soir, je les voyais tous redescendre, roulant au pas, tête à cul, en plein milieu de la route.
Par contre, là où ça a été plus ardu, c'est la fin de la semaine : ferme un peu plus bas qu'une des stations, je ne prenais pas la même route quand j'y allais ou en repartais.
Pour y aller, y être à 5h30, une demie heure de route (25 km) qui va pas trop mal, seule au monde, y'a personne.
Une fois fini de soigner, c'est 8h45 en général ; je reprends ma voiture, mon chien, et je continue la route, direction la station. A l'intersection, je descends au lieu de monter, la route est pas si facile, ça monte et ça descend, ça tourne, et surtout... Ca glisse.
Tout au frein moteur, je descends en troisième, à l'entrée des épingles je rétrograde en seconde, je vais tout doux, de mon côté de la route, mais ça n'empêche pas que la barrière passe assez près des fois... mais ça passe.
Quand je suis seule, je me démerde, je connais la route, ma voiture (je l'ai depuis début décembre, j'ai déjà fait 3000km avec), les règles de base de la conduite sur neige et glace... Y'a pas de raisons que ça ne passe pas !
Sauf si y'a des gros cons en face...
Quand finalement j'arrive à la nationale, le calvaire est pas fini : je dois prendre à l'Est, direction... d'autres stations !!!
Les gens roulent, sur la nationale PROPRE, SECHE, avec de la neige juste en moraines sur les talus... A 60 !!!
Quand j'arrive à 90 derrière, forcément, ça fait drôle... Et quand je les double (même si j'ai été "calme", que je ne les ai pas inondés d'appels de phares et klaxonnés en faisant des bras d'honneur... oui, je suis comme ça, je le disais ! ), ils sont offusqués, en colère, c'est inacceptable qu'une clio rouge conduite par UNE FILLE les double !
Je passe le premier village, puis la commune... Là aussi c'est rigolo : juste au milieu, il y a une intersection : la route qui va tout droit, celle que je prends, et celle qui monte à gauche, direction deux ou trois stations de plus !
Là, ça bouchonne, déjà qu'on est limité à 50 en ville, mais là MON DIEU CA TOURNE !!!! >_<
Quand j'arrive enfin à m'extirper de ce bordel, je continue ma route, avec toujours quelques dépassements sauvages, voire agressifs...
Dernière étape : j'arrive dans la commune où est situé le centre de vacances où bosse le Normand. Bon. Gros souci, y'a des départs de pistes à 500m, et tout un domaine à 2km, et un autre plus loin...
Il ne me reste qu'un rond point, 100m, et j'y suis ! Le parking est privé, donc j'ai de la place et au pire, je me mets du côté des saisonniers, côté "livraisons".
SAUF QUE.
Y'a un putain de bus JUSTE DEVANT L'ENTRÉE du centre, avec un troupeau de gros cons de touristes, équipés, qui essaye de monter dedans. Pouvait pas se foutre sur le parking en face de l'autre côté de la route, non...
Je passe sur la manoeuvre limite dangereuse pour faire demi tour et m'enfiler dans le peu de passage qui reste (heureusement, la clio est pas grosse), et je roule sur le parking : une "allée" ou deux voitures peuvent passer de front en étant large, et les bagnoles garées perpendiculairement, à droite.
Il y a TOUJOURS un débile qui tire une luge sur le goudron avec un môme dedans ; deux trois crétins qui essayent de traverser le parking EN SKI ; une famille qui marche étalée sur tout le passage.
Je fais ronfler le moteur, patiner les pneus, et quand je les double, j'accélère : ils se font crépir de bouillasse/saumure, bien fait ! z'avaient qu'à pas se foutre au milieu.
J'en aurai fini pour une partie de la journée...
Quand je repars, je m'attends au pire, je vais les croiser à la descente normalement... Pas de quoi s'affoler, les enflures qui roulent avec les chaines sur la route propre et sèche, j'ai l'habitude...
J'ai eu une ferme, pendant deux semaines, il y a deux ans : vacances de parisiens ! pour y aller, je devais passer sous la station de télécabines (c'était presque au même endroit, à 2km du centre de vacances du Normand).
Je devenais folle, je mettais 10 minutes pour traverser le parking de 200m, et en plus ils étaient outrés que je soie en colère : ben oui, ils ont payé, "ils nous font vivre", ils ont tout à fait le droit de pique niquer au milieu de la route !!! et en plus, c'est les vacances, on est détendu, faut pas s'énerver, y'a tout le temps !
Moi, j'avais 80 bêtes attachées à soigner, dont 30 à traire... Pendant ces deux semaines je n'ai pas mangé, je passais mon temps à dormir, rouler, bosser, rouler, dormir.
J'avais 30km à faire, quatre fois par jour ; soit 120km en une journée, plus 8 à 9h de boulot très dur et physique.
Quand je rentrais chez moi, le matin, je mettais entre 1h et 1h30 pour faire les 30km ! C'était les 10 premiers kilomètres, je mettais entre 40min et 1h10 pour les faire... J'étais épuisée...
Cette société et ces gens me dégoûtent.
J'ai appris hier que les touristes, en plus d'être sans gêne, ont tous les droits et l'immunité : les garde-champêtres et autres "représentants de la loi" n'ont pas le droit de les verbaliser en cas de stationnement hyper génant ou autre : c'est pas bon pour le tourisme...
Dans le centre du Normand, les saisonniers ne peuvent rien dire, ils doivent se laisser cracher sur la gueule si ça en amuse !
Mon Viking me disait que lui, c'est lui... Mais en théorie, si ils voient un des "bénéficiaires" en train de pisser dans le couloir par exemple, ils n'ont le droit de rien dire, ils doivent le laisser finir... Bon, le Viking, lui, pisserait sur le gars. Mais il est spécial mon mâle...
Et quand je me mets en colère face à ce sans-gêne, cette toute puissance, on me dit "c'est eux qui font vivre le pays".
Mon cul oui !!!!
Avant le tourisme, la Haute Savoie existait déjà, elle s'est juste enrichie !
On n'a AUCUN besoin d'eux, si les mentalités et le système économique changeaient, on pourrait très bien vivre sans ! il suffit de viser moins grand, d'arrêter les frais avec les remonte-pente, les télécabines et autres merdes du genre, les stations hideuses, les canons à neige, ces fléaux...
Tout cet argent économisé serait utilisé pour autre chose de vraiment utile...
On perdrait beaucoup moins d'argent à refaire les routes tous les ans (parce que ces cons mettent les chaines alors qu'il y a pas un pèt de neige des fois... depuis trois hivers que je suis ici, à aller sur des routes des fois très merdiques, à ouvrir la route parfois même, je n'ai JAMAIS eu à sortir les chaînes... cherchez l'erreur....), à nettoyer les alpages... Il y aurait moins de pics de pollution, d'accidents en tout genre...
Le tourisme, c'est un fléau, un truc qui devrait être interdit...
Et à cause de ces cons qui ont tous les droits, en plus, je ne vois plus mon homme... Une heure par jour maximum, deux quand j'ai du bol... Et certains soir il ne rentre même pas...
Ces touristes... je les vomis. Et tous ces cons de Savoyards et Savoysiens, obsédés par leur profit, qui les laissent tout faire sans ouvrir leur gueule, je les méprise.
Aucun de ces pauvres crétins orgueilleux n'aura le dernier mot avec moi... Je suis là de plein droit, je suis prioritaire sur leur ski, leurs vacances, j'habite ici à l'année, j'y travaille, et c'est moi qui ramasse leurs déchets quand je parque les alpages. Quand eux se promènent, moi je vais bosser, y compris parfois le samedi et le dimanche.
Et le premier qui essayera de se mettre en face ou de me les briser menu, voire qui essayera de me secouer ou de me sortir de ma voiture parce qu'il est pas content, il aura ce qu'il cherche : même malade comme un chien, même si je crache mes poumons ou fais fondre la neige à cause de la fièvre, je le rotopilerai...
Des fois j'ai envie de mettre un panneau sur ma voiture, mon pull : "vachère TRES en colère, ne pas la provoquer, ou c'est à vos risques et périls"...
Mais tous ces abrutis, qui laissent leur semblant de cerveau chez eux, ils trouveraient ça "folklorique", "pittoresque", comme les inconscients qui foutent les poussettes avec les gamins sous les pieds des chevaux surexcités en médiévale...
Je vous ai dit que la première qu'on a faite cette année, la jument du président est tombée, coup de chaud ? des parents avaient laissé/encouragé leur gamine de quatre ans passer sous les cordes qui font les barrières de la lice... La jument d'1m80 et son cavalier en armure sont tombés à 50cm de la petite... à peine plus et on récupérait la petite à l'aspirateur....
Ils sont totalement inconscients, débiles, moutons, et en plus de ça, totalement irrespectueux.
Honnêtement, je n'ai aucun respect pour ce genre de personne. Et ils sont malheureusement la majorité.
Un jour, je serai riche, et j'achèterai un MonsterTruck pour aller bosser en saison....
Ca n'arrive qu'aux autres, ce genre de catastrophe !
Billet court, et pas rigolo DU TOUT.
On lit le journal, on entend à la radio, parfois on voit à la télé : maisons brûlées, plusieurs centaines de tonnes de foin parties en fumée... Ca n'arrive qu'aux autres ; à ceux qu'on ne connaît pas, on en est protégés, cachés de l'autre côté de notre média.
Parfois, une ferme, plus de stock de fourrage, bêtes sauvées in extremis, pompiers héroïques.
Et les circonstances "agravantes" : vent qui souffle et attise, eau qui gèle..
Ca n'arrive qu'aux autres, ça ne peut pas nous arriver à nous, ni à des proches, des gens qu'on connaît.
Ma voiture rouge est grise de cendres, la neige est noire, tout autour de la maison.
Deuxième jour dans un décor de cauchemar, bâtiment d'élevage épargné, du bon côté du vent.
Trouver comment se blinder, pas des évènements, mais de soi, arriver à se verrouiller pour ne rien laisser transparaitre. C'est pas moi qui ai besoin d'aide et de soutien, c'est eux.
Cheveux, vêtements qui sentent la fumée, cotoyer ces "survivants", avoir peur pour certains d'entre eux.
Et arriver à dormir, le soir, faire taire le magnéto, couper la lumière, faire abstraction des images d'horreur qui tournent, la fumée, le vent, le noir, les poutres cassées. Leurs yeux, leurs regards.
Finalement, arriver à sombrer, pour passer la nuit à se retourner dans son lit, à rêver, revivre cette journée et plus encore.
Au réveil, café, s'habiller, et y retourner. Pour eux. Pour les vaches.
Finalement, le malheur se rapproche très vite, quand il a trouvé la porte. Ca n'arrive pas forcément qu'aux autres. Et ça fait un mal de chien.
L'électronique c'est fantastique
Comme on n'arrête pas le progrès, et que l'agriculture a aussi le droit d'avancer, on se retrouve avec de plus en plus de gadgets, un peu partout.
C'est comme les téléphones tactiles, les premiers étaient relativement aléatoires ; je me souviens encore du téléphone d'un ami, en 2007-2008, je n'avais qu'à le regarder pour qu'il active tous les boutons en vrac ! Et si j'avais le malheur d'approcher un doigt du machin, il buggait.
Maintenant, il y a les Iphones et autres tablettes, qui sont, il parait, précis.
Moi j'ai les mains qui sont restées bloquées en 2007, je suis incapable d'en tirer quoi que ce soit !
Au début de l'électronique sur les fermes, on avait les postes à décro, avec ou sans comptage du lait trait ; des trucs avec des vrais boutons "mécaniques", qu'il fallait actionner pour obtenir la commande, comme un clavier d'ordinateur.
Les isolations et circuits restaient quand même fragiles, et le matériel "étanche" l'était pas toujours (notamment les petits boîtiers carrés AlphaLaval, avec trois boutons, "Auto, start, stop" et les trois diodes : une bleue, une rouge, et une orange pour indiquer s'il y a du débit.). Il faut absolument éviter de les humidifier, les circuits grillent comme de rien, et dans les salles de traite, rien que la condensation peut les esquinter.
Sur les tracteurs, on a eu l'inverseur au volant, juste un cliquet à pousser ou tirer, et les boutons sur le levier pour les demi-paliers et les régimes (tortue ou escargot, lapin...). Fini les vitesses mécaniques qu'on passe au levier !
Je vais pas refaire la Genèse, tout ça pour dire qu'on a eu une sacrée évolution quand même, nous aussi.
Et cette semaine, je suis sur une ferme sympa que j'aime beaucoup : 70 vaches (montbéliardes et Abondances, plus quelques tarines pour le plaisir) posée au milieu d'un plateau. Les génisses sont à l'attache dans le vieux corps de ferme plus bas sur la route ; et le lait est fabriqué : Abondance, reblochon, tomme, fromage blanc, raclette aussi je crois...
Le bâtiment est récent, et la salle de traite neuve : une Boumatic, 2x8 en TPA (donc deux quais de huit places chacun, en traite par l'arrière), avec décro etc.
Boumatic, c'est rigolo, ludique, simple, pratique.
Et électronique.
Cette salle de traite ci a la particularité de disjoncter une fois par semaine, pendant le lavage en général : tout s'éteint, les chaines de décro remontent, c'est rigolo, intéressant, mais merdique.
Donc, à partir du lundi en général (elle a tendance à sauter le mardi), on détache les mousquetons des griffes quand on les installe pour le lavage : si elle tilte, on aura pas à replacer les 64 manchons dans leurs logements.
Sinon, autre différence par rapport aux tpa habituelles, au lieu d'avoir la ligne de barres d'épaules qui se lève quand on ouvre (exactement comme dans les manèges à sensations, qui secouent), c'est un grand cadre qui tourne autour d'un axe ; les vaches se calent contre la plaque inférieure du cadre, et quand on ouvre le cadre tourne, la plaque devant les vaches se lève, et elles sortent ; puis le côté du cadre qui était en haut redescend dans la continuité du mouvement pour servir de cale pour le lot suivant ; etc. Sur ce coup là, c'est le même fonctionnement que les vieux miroirs sur les tables de toilette, ou les psychés.
La porte d'entrée, au lieu d'être une "grille" qui s'ouvre vers le haut comme une chatière, c'est deux portes en tubes qui s'ouvrent.
Et il y a seulement deux boutons pour la traite. Ca n'affiche par contre pas le débit, ni la quantité de lait, ni rien.
Les commandes sont "intégrées" sur les plaques des pare-bouses.
Y'a les boutons, une diode au dessus de chacune.
Un bouton "manuel", et un "marche/arrêt". Des jolis boutons chromés, qui ne bougent pas. Quand le "manuel" est activé, la loupiote au dessus est allumée, jaune-orangé.
Quand il n'y a pas de lait qui coule dans les tuyaux, celle au dessus de "Marche/arrêt" est allumée rouge.
Et cette salle de traite, même si elle est très agréable, c'est mon cauchemar.
Parce que les boutons sont TACTILES. En quelque sorte. Ils détectent le contact, la chaleur, je sais pas. Mais ça sert à rien d'appuyer, il faut juste toucher.
Une touche sur le bouton manuel, la lumière jaune s'allume.
Une touche sur le bouton marche, la griffe se met sous vide, et la chaine du décro se détend : on peut brancher.
Quand on active une griffe, celle située à sa gauche pour le quai de gauche, et celle de droite pour le quai de gauche, remonte automatiquement à hauteur de poitrine pour qu'on n'aie plus qu'à la présenter : on retient la griffe, appuie sur le bouton, la chaine se détend, et on branche.
C'est joli à voir, c'est pratique.
Quand une griffe se met sous vide, ça fait un genre de "pch", comme les freins pneumatiques des bus et des camions. Et la griffe d'à côté remonte.
Si on veut décrocher une vache, une touche sur le bouton de droite, "marche/arrêt", et le vide se coupe, le décro s'enclenche, la griffe est débranchée et remontée automatiquement, puis redescendue pour qu'on ne soit pas gêné pour tremper les trayons et laver le lot suivant.
Le problème (parce qu'il y a évidemment un problème), c'est que même si je fais s'ouvrir les portes et s'allumer les lumières reliées à un détecteur de mouvement (comme dans les magasins, les parkings, etc...), je ne suis pas reconnue par les boutons la plupart du temps.
Je touche le bouton marche un coup : rien. Un deuxième coup : rien.
J'appuie : aucun résultat. Je recommence : ah, tiens, y'a du changement, c'est le MANUEL qui s'est activé. Génial.
Je réappuie sur mon bouton : la griffe se met sous vide, s'arrête, la chaine descend, remonte, puis redescend. Cool !
On recommence. Là, enfin, ça peut marcher. Je branche ma vache, et touche le bouton manuel pour réactiver le décrochage automatique.
Que dalle.
Je retouche : même joueur joue encore.
J'appuie : le bouton clignote lentement. Ah merde, v'là aut'chose.
Je touche : il clignote vite. Oups... qu'est-ce qui se passe ?
J'appuie : il se remet à briller sans interruption.
Bordel... ça commence à me courir...
J'appuie longuement : ça a activé le bouton d'arrêt, la chaine se tend et commence à décrocher ! je touche le bouton de marche, c'est bon, ça a pas eu le temps de l'enlever.
Je souffle un coup, me frotte les mains sur ma cotte, re touche une dernière fois, si ça marche pas j'appelle Jean-Pierre, le vacher.
IL S'ETEIND !!!! halleluia !!!
Je surveille quelques secondes que ça ne cafouille plus, et me retourne : le vacher me regarde, hilare.
Il n'y est pour rien, c'est juste que la fois où j'étais venue, l'année dernière, au mois de mars, je passais la traite à jurer contre ces trucs... Je n'arrivais même pas à lancer le cycle de lavage ! et ça continue...
Et lui ça l'amuse....
Photo : la salle de traite ce matin pendant le lavage : température extérieure au bâtiment : -8°C, salle de traite, aucune idée, eau dans les tuyaux : 80°C. D'où cette magnifique image surréaliste...
Rêves de gosses
Quand j'étais petite, j'adorais Mac Gyver.
Du coup, je suis devenue vachère.
C'est tout pareil, sauf qu'on a plein de trucs pleins de poils qui font des câlins.
Cahouilouideloideloui ?
L'autre jour, pendant que je tirais les bouses avant de faire tourner l'évacuateur, j'ai eu la peur de ma vie en entendant des hurlements à l'autre bout de l'étable...
Ceux-ci : (enregistrés à la troisième occasion)
Les vaches, surtout celle qui hurlait, prise dans le ratelier, chargeait en même temps contre le bois.
Passé le premier réflexe de partir en courant, le second de me rouler en boule en pleurant pour que ça s'arrête, et le troisième de me mettre devant pour qu'elle se taise, j'ai rationalisé (vite quand même, les réflexes, c'est rapide), et suis allée très vite derrière la vache. Me demandant si elle s'était empalée, fait esquinter par une voisine...
Rien à voir, de l'extérieur...
Par précaution, je suis allée entre deux vaches, un peu plus loin, grimpé sur un abreuvoir, et regardé par dessus le ratelier ce qui se passait dans la crèche...
Une oie !!!!
Une des oies, en mangeant trop près des trappes de la grange, est tombée dedans, par le plan incliné, et a aterri dans la crêche !
Et les coups de buttoir contre le ratelier et les hurlements de colère... Sont destinés à l'oie !
Cette grosse rouge était furieuse qu'une oie se promène dans son manger et l'a fait savoir !
Ce n'est pas la première fois que des oies y tombent, mais jusqu'à présent c'était la journée, quand les rateliers sont fermés et les vaches dehors, donc je l'attrapais avec ma veste et la relachais.
Sauf que là... vu la réaction de la grosse, j'ai attendu que ça se calme, pour détacher tout le monde et aller m'y promener.
Pour la vidéo, ce coup là, c'était une poule ! une simple petite poule rousse, qui provoque une réaction aussi énorme !
Mais un signe aurait dû me mettre la puce à l'oreille... C'est que mon Viking pousse les mêmes hurlements si quoi que ce soit de vivant s'approche de son assiette...
Il y a des soirs comme ce soir...
Où je n'ai AUCUNE envie de me faire péter le nez par un coup de queue.
Loupé William.
Et pour couronner le tout, je me suis claqué la portière de ma voiture sur le biceps (droit) (oui, moi, c'est tout de suite le bras, la tête... je fais pas dans le mesquin "un doigt" ou "la main" je trouve ça petit, ridicule. Tant qu'à faire les choses, autant ne pas les faire à moitié).
J'en ai marre, je vais aller me coucher je crois.
Thématique de merde
Dans l'agriculture, on a des journées à thèmes.
Je parle pas des "journées clôtures", "journées fumier", etc...
Mais des "journées à thèmes" à la con, qui plaisent pas tellement.
Y'a les "journées de merde", les "journées d'eau", les "journées casse-gueule"...
Ces journées ne sont jamais prévues, on les découvre le matin en se levant.
Quand je me vautre dès le lever du lit, je sais que ça va être une journée casse-gueule. Tout au long de la journée, je vais manquer de me croûter, ou le faire vraiment.
Mettre le pied dans une des trappes de la grange, glisser sur une plaque de fumier, de verglas, dans la laiterie, me ramasser trois fois de suite au même endroit, pour finir, en fin de journée, vraiment le cul par terre.
Ou pas, dans ce cas là je considère que j'ai passé une excellente journée.
Quand le chien ou le chat a dégueulé au milieu de l'appart, ça inaugure la journée de merde.
Ce qui signifie que je vais (encore) glisser dans l'étable, mais me retrouver les mains dans une bouse.
Qu'une vache va tousser au moment où elle chie, pile quand je passe derrière. Et une Vachère crépie, une !
Que je vais me prendre une explosion de fumier parce que l'évac aura monté un monstre paquet quand je passais à côté.
Etc...
Les journées d'eau, c'est du genre quand je me vide le pichet sur les pieds en voulant boire le matin.
Après, je sais qu'il va pleuvoir et que je devrai aller courir après des bêtes dans l'herbe haute ; défaire une clôture dans ces conditions ; me vider un seau d'eau dessus dans la laiterie, passer sous une gouttière qui fuit, avoir un abreuvoir cassé qui me pète à la tronche, tenir le tuyau par le mauvais bout au moment où je l'ouvre... Ma pire journée d'eau a été quand j'ai dû démonter deux clôtures dans l'herbe haute, sous la pluie, et qu'après le patron m'a vidé une tonne à eau dans les bottes. Y'avait eu d'autres évènements du style, mais je ne me rappelle plus lesquels.
En général, ces journées à thèmes, j'en ai une par semaine.
Là, c'est que des exemples, y'a les journées poussière, les journées bois, les journées "gnons" (où le vais me cogner tout, partout, et finir la journée à moitié trépanée, avec les bras, les cuisses, les hanches, bleu-noirs d'hématomes, et tellement mal partout que je ne supporterai pas le moindre contact), y'a des journées pour tout.
Certaines plus épuisantes que d'autres.
Et ça non plus c'est pas rigolo ! sauf pour les autres, parce que je pense qu'à voir, ça doit être pas mal.
Le gros souci, aussi, c'est que je perds vachement en crédibilité et autorité, quand les vaches me voient me ridiculiser comme ça....
La ferme Bisounours
En ce moment, j'en chie.
Mais grave.
Physiquement, moralement... Je sais plus si j'ai déjà été sur une ferme aussi difficile.
Une "stratégie d'élevage" complètement différente de ce que je connais ; un lot de vaches en fin de lactation ; un évacuateur à fumier qui cafouille à mort, tellement que le matin je dois sortir le fumier en deux fois ; un néon et une ampoule grillés, ce qui fait que j'ai une dizaine de vaches (en milieu de travée) pas éclairées ; etc...
Les vaches sont vives, speed, je dois toujours me méfier, esquiver.
Y'a des fuites dans les toîts, il pleut dans la grange, ça passe par les trappes, et mouille dans la crêche et mon tas de paille dans le couloir derrière les vaches.
La machine à traire est pleine de fuite, de prises d'air, les prises à lait soufflent, les pulsateurs tapent pas régulièrement...
C'est usant.
Alors je rêve, je repense à la ferme qui m'a fait la plus forte impression, la ferme Bisounours, chez monsieur Violette.
J'en ai un super souvenir.
Le matin, j'arrivais, allumais l'étable, la laiterie, bonjour mes filles... Des meuglements et des regards doux m'accueillaient.
Quand je passais dans la crèche devant, je me faisais lécher, baver, câliner...
Elles laissaient la tête dans le passage pour que je les caresse et gratouille, autant les toutes jeunes que les vieilles.
Quand j'arrivais derrière, elles se décalaient sans que je ne dise rien, sans précipitation, calmement.
Tournaient la tête pour un bisou, une caresse.
Ne tapaient jamais. N'ont JAMAIS levé un seul pied quand j'étais à côté.
Pas besoin de les piquer pour qu'elles donnent le lait, avec les postes à décro j'avais le temps de gratter celle ci, caresser celle là...
Pas vraiment de favorite pour moi, Violette, tellement grosse, en fin de gestation, que je lui grattais le ventre à la fourche, et tellement gâteuse sous l'étrille ou la main qu'elle en tombait ; elle me chargeait au galop dans le pré, quand elle me voyait, pour que je lui gratte le nombril ou les oreilles.
Aphrodite, qui refuse de rentrer à l'étable si je lui ai pas fait un câlin dans le pré avant.
Cerise, qui me suivait comme un chien alors que le patron et son vacher en chiaient pour la rentrer.
Bobine, qui veut ABSOLUMENT son câlin avant la fin de la traite.
Clémentine, avec sa tache noire sur la cuisse et sa curiosité.
Cannelle, qui arrive à me déshabiller en deux coups de langue.
Umagne, Billie, Carla, Tsigane, Tisane, Vahinée, Douchka...
La dernière fois que j'y suis allée, c'était en mars. Je me souviens de tous les noms !
Mais y'a pas que les vaches !
Les veaux, qui sont plus affamés de caresses que de lait, qui font des vrais câlins, pas forcément baveux !
Une fois j'en ai un qui avait défait le noeud de sa longe et était allé se promener autour du bâtiment, quand je l'ai appelée elle est venue en trottinant, et m'a suivie comme un chien jusqu'à sa place !
Les jeunes, génisses prêtes, celles d'un an, celles plus jeunes, qui m'empêchaient de pailler leur loge à force de me coller, mentons sur l'épaule, une tête sous un bras, la dernière qui bouffe ma fourche, et le taurillon qui bourre tout le monde pour avoir son lot lui aussi !!!
Boulot pas facile, certes, beaucoup de choses (maïs, croquettes, paille... tout en fait) à faire à la main. Mais une ambiance particulière, douce, calme, paisible.
Les bêtes ont toutes le poil super brillant, sont bien rondes...
Le patron, connu, est plein de rides de sourire, toujours en train de rire, avec des histoires incroyables et vivantes.
Sa mère, douce, gentille, qui nous fait des madeleines, des gâteaux, des pains d'épices.... pour le quatre heures, qu'on mange en buvant du thé au jasmin.
Le casse-croûte du matin, le soleil dans la cuisine lumineuse exposée à l'est, France Inter à la radio, juste le patron et moi, lui qui s'enfile ses deux litres de thé et moi mon bol de chocolat, l'odeur du pain grillé...
Paradoxalement, quand j'étais là bas j'étais pas bien, perdue, dépression saisonnière, l'hiver était presque fini mais l'année toute tordue.
J'avais le cafard, vrai, celui qui fait voir le noir partout, des fois je m'asseyais sur une botte de paille et pleurais, pour rien.
Mais je crois que l'ambiance particulière de cette ferme a fait beaucoup pour moi, la douceur de ses bêtes, la situation, sur une butte, bien exposée, avec les splendides lumières toute la journée...
C'était un vrai plaisir d'aller y travailler, je sautais du lit le matin, même si j'étais épuisée par les cauchemars.
J'ai encore toutes les odeurs de là bas en mémoire, je croise les doigts et espère pouvoir y retourner, pour me reposer.
Des fermes comme ça, c'est la seule que je connaisse je crois.
C'est vrai, on y a perdu une vache, Valence, dont j'ai déjà parlé.
Mais j'avais Farandole, ma vêle si câline, Aphrodite, sa mère si bien nommée... Athéna...
C'est aussi un des plus grands avantages de ce métier : quand on est dégouté des hommes, parfois, on tombe sur une exception.
Ma ferme Bisounours....
Une des plus chères à mon coeur !





