La Vachère d'A Côté

11 mars 2016

Peur à retardement

Suite à l'article de Philomenne, sur le meurtre de la contrôleuse laitière en Aveyron, une prise de conscience s'est faite doucement... Un souvenir, pas enfoui puisqu'il est bien présent, mais très atténué, estompé.

Un véritable traumatisme vécu pendant mes derniers mois de remplacement.
Une ferme très sympa, dont j'avais déjà parlé ; le jeune Troriche je crois que je l'avais baptisé.
Ce jeune homme donc, associé a un célibataire de 50 ans, très gentil, très doux, qui a un chalet à côté de la ferme, mais qui vit encore aux trois-quarts avec sa mère.
Un monsieur discret, timide, super généreux.
Mais fragile.
Un lourd passé de dépressions nerveuses, avec des crises parfois grave.
Il vient de faire un séjour en maison de repos, l'associé fatigue, il part en vacances dix ou quinze jours, tranquille : je suis là.
J'ai à charge de faire tourner le troupeau, en cas de questions ou autres, je m'adresse à l'associé restant qui doit se reposer un peu.
Dès le début, ça commence bizarrement. Pour "simplifier les choses" dans le bâtiment pourtant fonctionnel, il a empilé deux balles rondes de paille au milieu de la case des génisses. Sauf que les génisses mangent le filet, se grattent dessus, et au final gaspillent beaucoup plus de paille que si on avait fait comme d'habitude, en paillant par la porte du couloir...
Ensuite, il décide de percer une porte dans le fond de la case des veaux. L'écurie est un couloir, les trente vaches sont attachées côte à côte, l'aliment est distribué au DAC et on trait avec des griffes à décro montées sur rail. Juste à côté de la porte (coulissante) de la laiterie, un renfoncement abrite quatre places attachées pour les veaux, avec porte-seaux et rateliers, veaux cul à cul, quatre (ou six ? ) places attachées côte à côte pour les génisses, et enfin un box de deux ou trois mètres sur quatre (à vue de pif et de mémoire) pour les veaux, avec râtelier, abreuvoir, porte-seaux... On vide le fumier très simplement, toutes les semaines, à la fourche en le déposant ou jetant dans l'évacuateur qui passe dans le couloir. Les vaches sont à cul côté veaux, avec donc l'évacuateur et le couloir (et le rail des griffes).
Tout le long du couloir il y a des fenêtres, orientées à l'est, qui éclairent le bâtiment.
C'est le fond de ce dernier box qu'il veut percer. Pour mettre une porte coulissante pleine.
J'ai beau lui dire que quand même, les veaux ont besoin de lumière et d'étanchéité, pas de courant d'air, il tient à son idée. Soit disant ça sera mieux pour le fumier, pour sortir les veaux, et je ne sais quoi.
Je ne veux pas y participer, j'ai déjà bien assez de boulot avec les vaches et les pâtures, le tonneau d'eau, les génisses à surveiller pour les chaleurs...
Il perce le mur avec le stagiaire.
Le parc des génisses commence à être râpé, je vais installer le prochain et mettre le couloir de fils entre les deux. Rien de plus simple, en théorie, tout est sur place, je n'ai qu'à remettre les piquets et le fil.
Sauf que A., l'associé fragile, a tout démonté, tout entassé en vrac en tas. Sans retirer le fil des piquets. C'est un tas de noeuds monstrueux. Je mettrai plus d'1h30 pour faire mes 200m de couloir...
Le parc, au bout, est dans le même état, et pire ! Il en a fauché la moitié. On ne sait pas pourquoi. Juste fauché et laissé sur place, alors que c'était déjà pas très haut. Je ne sais pas combien de temps elles vont tenir là-dedans...
Deux heures de mieux pour arriver à tout faire...
Pour emmener le jus jusque là, normalement c'est hyper simple : on raccorde à deux endroits et c'est réglé !
Mais là, pas possible. De toutes façons A. démonte mes raccords...
Parfois, quand j'arrive le matin, je trouve l'écurie allumée... Alors que le laitier n'y entre pas, et que je sais que j'ai tout éteint la veille.
Puis, je change les vaches de parc, les emmène un peu plus loin. Je dois faire des voyages avec les tonneaux d'eau.
Ca se corse, je ne trouve pas les clés des tracteurs... A. les a gardées et cachées, il a peur de malveillances.
Un jour, je vais chercher le tonneau (avant d'emmener les vaches en champ) et le mets à remplir pendant la traite, dans le but de l'emmener quand je sortirai les bêtes.
Quand je sors de l'écurie après avoir soigné, il y a toujours mon tonneau, plein, mais plus le tracteur. Plus AUCUN tracteur. A. est injoignable...
Les vaches n'auront pas d'eau ce jour là, puisqu'il a oublié les tracteurs dans des prés éloignés...
Une autre fois, il me demande de lui expliquer le fonctionnement de Bovitel, le logiciel de gestion de troupeau du GDS ; celui avec lequel on fait les déclarations diverses : naissances, sorties, etc.
Je passe deux heures à tout lui expliquer, point par point, il prend des notes à la main. Notes un peu aléatoires, mais il ne comprend pas la moitié de ce que je lui explique...
Tous les jours il coupe des quantités de bois astronomiques, qu'il stocke dans des grands casiers, qu'il empile un peu partout dans la cour et autour de la ferme.
Il se met en tête de construire une douche dans un coin de la cour, pour que je puisse me laver après le boulot - bien que j'habite à dix minutes en voiture...
Un jour, il débarque comme un furieux dans le bureau attenant à la laiterie, débranche le téléphone et l'emmène, en me sortant des explications totalement embrouillées et incompréhensibles.
Ça devient de plus en plus difficile de lui parler. Il court, littéralement ; il tourne en boucle, répète quinze fois les mêmes choses, quand je lui parle de quelque chose ou lui pose une question, il dit un truc totalement sans rapport.
Le matin, alors que je bois du café depuis le début, il me sert d'office un nesquik à l'eau chaude, comme lui. 
C'est franchement inquiétant, et usant. Si encore il me laissait bosser, mais il interfère  dans tout !
Sa mère tourne comme une toupie, inquiète et démunie.
Le stagiaire essaye de le surveiller, mais il est mineur.
La mère du stagiaire essaye de le contenir, l'influencer, sans résultat.
Jusqu'au final : jour férié, pluvieux, il attelle la faucheuse et part, sous la pluie (annoncée pour quelques jours), faucher les parcelles. Je n'ai même pas le temps de comprendre ce qu'il se passe.
Il fera le tour de presque toutes leurs parcelles. Deux, trois tours sur les périmètres et bordures et c'est tout. Sous la pluie. Beaucoup trop vite. Même dans les pentes.
Des voisins inquiets de voir le tracteur aller à cette vitesse folle et manquer de se retourner à tout bout de champ (c'est le cas de le dire) préviennent par téléphone la mère du stagiaire. 
Elle n'a pas le temps d'arriver que A. a déjà disparu : panne sèche en milieu de pré, il est reparti en courant pour prendre l'autre tracteur.
Il sera intercepté je ne sais plus où, et interné contre sa volonté.
J'apprendrai ensuite, de la bouche du jeune associé effondré, et très délicatement, que dans la voiture qui l'emmenait à l'hôpital il m'a accusé d'avoir volontairement, et violemment, pris l'ascendant, d'avoir bidouillé sur Bovitel contre son avis et sa volonté, d'avoir trafiqué je ne sais quoi sur les vaches...
Il avait pris tous les téléphones de la maison et de la ferme et les avait cachés dans différentes granges.
Il avait caché l'ordinateur dans un carton à la cave, et la prise de l'ordinateur et son chargeur sous son lit.
Il a planqué (et bien en plus, ils ont mis plus de dix jours à le retrouver, au fond d'une armoire reléguée au fond d'un garage fermé depuis un bail) le Livre d'Elevage.
Et je ne sais plus quoi d'autre...
En moins de deux semaines, j'ai assisté à une chute vertigineuse.
Et avec le recul, et l'article de Philo, l'événement d'Aveyron... J'ai peur. Et si...?
Il était devenu parano, persuadé que je voulais le déposséder...
Et si...?
C'est un des gros événements de cet été 2014 qui m'ont fait craquer...
Le reste de l'été a été pas piqué des hannetons lui non plus. Un mois et demi après l'internement de A., j'ai été arrêtée par le docteur, et incapable de reprendre mon boulot...

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02 mars 2016

La Mesnie s'agrandit !

Suite à une proposition de ma soeur ferrailleur, nous avons (j'ai) pris la décision de prendre des lapins à la maison pour faire un élevage de terrines.

Une fois l'emplacement des futurs clapiers arrêté, les clapiers en question réservés sur leboncoin (coup de bol, ils étaient sur la commune), il a fallu préparer leur installation et les monter.
Après moults échanges de sms avec la frangine, des photos du tour de la maison envoyées, j'ai arrêté mon choix : ils seront face au Nord, adossés au mur de la ruine au bout du jardin.
À l'origine la terrasse allait jusqu'au bout ; je ne l'ai pas connue, quand on est arrivés l'an dernier c'était déjà effondré.
Il a donc fallu virer les gadins (certains gros comme mon torse), terrasser un peu, aplanir, remblayer...
On a fini par y arriver, malgré les boucs qui se sont mis en tête de nous... Hem... "Aider".

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L'après-midi, montés tous les trois dans la voiture, on va chercher les boîtes à zoreilles, qui étaient nettoyées mais montées dans le jardin des vendeurs.
Pas plus mal, on a pu constater que tous les éléments y étaient, et surtout se faire une idée du fonctionnement du merdier.
C'est une vingtaine (?) de plaques de béton de différentes formes et tailles, assemblées avec des picots métalliques et des tiges filetées boulonnées.
On a un peu galéré, surtout sous le crachin glacial de ce 29 février, mais on y est arrivés (merci encore les garçons, moi, j'ai pas pu faire grand-chose).

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Les cabris se sont bien évidemment empressés de grimper dessus pour manger le lierre et faire les cacous.

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Le lendemain, il faisait super beau, on est allés au Domaine voir la famille, les gamins (on n'y avait pas fait notre visite dominicale), et on est rentrés avec les lapins gentiment donnés par ma soeur : deux femelles, une grise et blanche et une blanche avec un oeil bleu (que j'ai baptisée Bowie), et un mâle blanc cendré, un peu comme les chats siamois.

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Et c'est parti !
La confrontation boucs-lapins a été assez marrante, les caprins détalant comme des flipettes au moindre mouvement d'oreilles.
Ça n'a pas trop duré, même s'ils restent méfiants.
Quant aux lapins, ils sont tranquilles.
Ma soeur a mis la grise avec son mâle hier, je vais surveiller, attendre un jour ou deux avant de mettre Bowie à la saillie (qu'ils se soient bien adaptés au pays), et avec un peu de chance dans un mois et quelques on a des petits.
Bientôt, ce sera au tour des poules...

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21 février 2016

Retour du printemps et des cueillettes

Hier, ma soeur, son homme, et leurs deux filles sont venus à la maison ; plus exactement, vendredi je suis allée au Domaine avec mon frère, et on est revenu avec la Grenouille, la plus grande de mes nièces (qui va sur ses trois ans).

De temps en temps, depuis quelques mois, on la prend un soir, la nourrit, la couche, et sa mère la récupère le lendemain. Ou alors elle vient passer l'après midi à la maison, et laisse sa fille pour qu'on la ramène le lendemain.

Etant donné qu'elle est petite et n'a jamais quitté ses deux parents d'un coup très longtemps, ou alors en restant chez elle (et les parents partent, l'avantage de vivre tous au même endroit), on fait ça progressivement.

Elle a déjà pris ses marques à la maison, adore le grenier (comme tout le monde), connait le pays... Donc quand elle le demande ou qu'elle est d'accord, elle dort à la maison.

Ça permet aux parents de souffler, ça nous fait plaisir, et la petite s'éclate.

 

Tout ça pour dire que vendredi, donc, on est rentrés avec notre nièce.

Samedi les parents sont venus passer la journée chez nous, on a fait des jeux de société, et après la sieste ma soeur m'a embarquée autour de la maison pour une récolte.

Donc, toutes les trois (la petite dormait, on avait la plus grande), accompagnées des deux chiens mâles, des boucs, et il me semble du chat, on a ramassé de la doucette.

J'espérais encore de la neige et du froid, mais bon... Force est de constater que le printemps arrive.

Donc on a ramassé un panier de salade tendre, en luttant régulièrement avec les boucs qui 

1- veulent voir ce qu'on ramasse de si intéressant par terre et sur les murs

2- constatent que c'est super bon ce qu'on a dans le panier.

Ma soeur a, à cette occasion, réveillé mon démon de la bouffe gratuite, qui fait que ce matin j'y suis retournée pour trouver d'autre doucette, et des pissenlits.

En tout, il nous a fallu deux heures de cueillette pas intensive pour une méga salade pour trois.

Pas de photos pour le moment...

En plus, pour ne pas se plaindre, la journée d'aujourd'hui a été magnifique, grand soleil, chaud, j'ai sorti le short et enlevé mes pulls, ouvert toutes les portes et fenêtres de la maison, et digéré vautrée sur un coussin dans le jardin. L'après-midi j'ai ramassé quelques orties sous mes fenêtres pour une soupe ou une purée.

La vie pourrait être plus dégueulasse quand même.

Si le temps le permet, j'y retournerai tous les jours de la semaine, je n'ai qu'une dizaine de mètres à faire pour trouver des plantes "propres" (sous-entendu, sur lesquelles les garçons n'ont pas pissé), la circulation nulle de par chez nous, le label bio du propriétaire et les cinq promeneurs par mois me garantissent des salades et récoltes diverses parfaitement saines.

Mon Viking n'a pas fini de se plaindre que je lui fais bouffer des fleurs et que je ne suis qu'une sale hippie !

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Du cachemire maison

Le beau temps revient (même si le froid n'a pas tellement été présent), les jours rallongent... Et les bêtes perdent leurs poils.

Les trois chiens déposent une moquette quotidienne au rez-de-chaussée, au point qu'on devrait passer l'aspirateur tous les jours.
Les boucs, quant à eux, perdent aussi leurs poils. Surtout Ladakh à vrai dire, qui a une toison un peu bizarre : frisée et cotonneuse sur l'encolure, et très douce sur toute l'avant-main.
Le reste est doux mais plus raide.
Et le tout est particulièrement dense et épais.
J'ai donc essayé, "pour voir", de le brosser.
J'ai fait ça à l'arrache, avec une brosse à chiens qui ressemble à une brosse à cheveux métallique.
Je n'ai retrouvé que deux jours après où j'avais rangé la brosse à picots fins et courbés (à côté des gamelles des chats - je m'en sers pour limiter les dreads à La Chat), donc j'ai pas essayé "pour de bon"
Cependant, en une peignée de dix minutes, j'ai récupéré deux poignées de poils fins, hyper doux, que j'ai tortillés pour voir la gueule que ça a une fois filé.
Je ne pense pas avoir de quoi me tricoter une chaussette avant les quinze prochaines années ceci dit, mon Ladakh n'est pas grand, pas pure race, et seul. 
En plus, je vois pas trop l'intérêt, si ça m'amuse un peu je ne me vois pas me lancer à grande échelle là-dedans.
Je vais quand même essayer de le brosser un peu régulièrement, par curiosité pour voir ce que j'en sors, pour pouvoir me la péter avec mon cachemire maison, et pour le soulager, manifestement ça le gratte un peu ces poils morts.
Pas de photos des boulettes, mais une ou deux du brossage.

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Et une de Lazare 

 

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27 novembre 2015

Crise d'adolescence

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Il a commencé de façon fracassante avec sa fugue sans conséquences de l'autre côté de la montagne ; il a continué toute la semaine.

Je parle évidemment de Lazare, qui, depuis quelques jours, est infernal (quoi que ce matin, ça a l'air plus cool).
Je ne sais pas si c'est le vent, la neige, la pluie, les éclaircies, le froid, ou tout mêlé, mais il passe son temps à chercher les conneries, et à défier l'autorité (c'est à dire moi).
Il commence dès le réveil : quand je vais leur ouvrir, il sort de l'enclos dans l'écurie, trèèèès lentement, et, alors que Ladakh sort, lui il fait demi tour et file dans l'autre partie du bâtiment, qui ne leur est pas autorisée.
Dès le départ il a une attitude à claques : oreilles dressées en arrière, tout hérissé, la queue en pétard retournée sur le dos, tête haute... C'est simple, on dirait son père.
Et il n'a absolument rien à foutre de ce que je lui dis.
Il fait exprès de faire ce qui est interdit : monter sur le toît du four, ou, comme mercredi,  ouvrir la porte de la cave pour aller y foutre le bordel. J'avais le bébé dans les bras et n'ai pu le chasser assez vite, il a eu le temps de manger presque un demi kilo de carottes, un poireau, et de retourner toute la cave. Joie.
Quand j'ai pu l'engueuler, il m'a regardé et s'est éloigné d'un air hautain, genre "personne n'a autorité sur moi".
Ça me fait franchement rigoler, je ne peux pas le nier, même si c'est parfois emmerdant.
Hier, quand le propriétaire est venu livrer la remorque de bois qu'on avait chargée, j'ai voulu chasser la faune du passage pour qu'il puisse manœuvrer ; Ladakh, bien que tête à conneries, est beaucoup plus facile finalement, il m'a suivi sans râler.
Lazare, lui, j'ai dû le trainer par le collier, et il a réessayé plusieurs fois de passer entre mes jambes, à côté, parfois en courant.
Juste par esprit de contradiction, pour rien d'autre ! 
Et toujours avec cette attitude de dominant !
Il a même tenté la provoc ultime : il s'est mis en position et attitude de combat : tête basse, oreilles dressées en arrière, hérissé, la queue retournée... 
Il était très beau.
Mais je ne me suis pas laissée impressionner, et il a rapidement laissé tomber.
Le pire, c'est que "il est grand maintenant", probablement trop pour des câlins, d'après lui. Il adopte la même attitude quand je veux le caresser.
Cependant, il continue de bêler pitoyablement pour appeler sa môman quand je m'éloigne à pied rapidement...
Je préviens les garçons de ne pas abuser quand il est de cette humeur. Il n'a pas de cornes et n'est pas bien gros, mais s'ils le brutalisent, même à peine, injustement, qu'il lui font peur, ou font simplement un peu trop d'autorité, ils risquent de le braquer pour de bon.
Ladakh est beaucoup plus dangereux avec ses cornes, il a vite appris à se tenir : je ne tolère pas le moindre mouvement de cornes à mon égard, que ce soie de l'agacement ou de la colère. Parce que c'est moi, mais ça peut être les enfants aussi... Et en retour, j'interdis aux garçons de le tirer par les cornes quand il n'a pas fait de bêtises, il a un collier, c'est pas pour faire joli.
Pour Lazare c'est plus délicat, il faut décoder les attitudes et le regard.
Je crois que c'est la première fois qu'il teste et remet en question comme ça. Il doit se sentir assez fort maintenant.
Ça n'empêche pas qu'on joue à la bagarre, mais je veille à ce que ça reste un jeu.
Ce matin, il était tout bien. Un peu réticent à faire un câlin au début, et puis... Il s'est détendu.
Un peu déçue, j'aurais voulu le prendre en photo quand il fait le beau. Ça sera pour la prochaine fois.
Je verrai plus tard dans la journée, mais j'ai l'impression que la crise d'ado est passée.
Ça va, si c'est toujours aussi simple....

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Le chat sur la photo, c'est la chatte qui était ici quand on est arrivés ; maintenant elle rentre d'elle même dans la maison (il y fait chaud), et ça s'est apaisé avec les autres bêtes...

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21 novembre 2015

Laisse tomber la neige...

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Ca fait pas de bruit.
C'est ce qui me plait.
Le "silence".
Tous les matins, je me réveille vers 7h, au moment où le soleil passe la montagne et éclaire la chambre. Jusqu'à présent au moins une des deux fenêtres était ouverte la nuit, alors j'entends les oiseaux, les criaillements des geais, le torrent devant la maison.
Je me lève, descends les escaliers en pestant contre les chiens (la chienne surtout) qui jappe de joie. Je mets tout le monde dehors, et profite du silence retrouvé.
Tous mes gestes sont mesurés, j'amortis les portes de placards, la pose de ma tasse sur la table, pour rester au calme.
Quand je vais ouvrir mes bouquillons, je le fais à mi-voix.
Je profite, j'aime ce calme et ce silence qui baignent la maison et la vallée.
Le microbe est loin d'être bruyant (sauf quand il est fatigué, là ses nerfs prennent le relai, et il est infernal), alors on peut passer des heures côte à côte en silence. Quand il descend les escaliers, se déplace, il le fait en légèreté.
Le Viking, c'est pas la même.
En bon gros metalleux barbu poilu adepte de Abbath, Vreid, Sodom ou Slayer, il donne l'impression de passer à travers le plancher à chaque pas (et ne parlons pas des escaliers), écoute sa musique très fort, n'est pas gêné par le bruit, et n'a pas vraiment d'angoisses. Il peut jouer des heures sur l'ordinateur, volume plutôt fort, et ne s'inquiéter qu'au bout de longues minutes d'aboiements acharnés de ce qu'il peut bien se passer.
C'est en partie pour ça que j'aime tant le silence : j'ai toujours des oreilles en alerte, ne supporte que difficilement même la radio ou la musique en sourdine.
Je guette, plus ou moins, tous les sons.
Les cloches et sonnettes de bétail : c'est mon Lazare, les chèvres du proprio, ou les moutons d'en haut ? 
Un bêlement : Les chèvres encore, Ladakh qui a perdu son frère, une bête coincée dans une clôture ?
Le bruit de la pluie, quand on est au grenier : j'ai rien laissé dehors ? Les fenêtres sont fermées ?
Un aboiement, un son de voix, un oiseau qui crie différemment, un miaulement, un bruit de rocher, de vent, d'eau...
Tout me sert à me situer.
Quand j'entends la patou du troupeau qui aboie, suivant d'où ça vient, je sais ce qui va suivre : un promeneur va arriver d'ici ou de là, par exemple.
Mais c'est surtout par sécurité, pour pouvoir anticiper, que j'ai besoin d'entendre.
Si une chèvre ou un de mes cabris se coince, dans un grillage ou autre, il faut pouvoir intervenir rapidement, instantanément si possible.
Si une fenêtre ou une porte a été mal fermée, je dois entendre le moindre craquement, le moindre bruit louche dans la maison : un de mes boucs est susceptible de ravager le rez de chaussée... (souvent le même, d'ailleurs... Ladakh...)
Si la patou s'excite plus bas sur le chemin, il faut que je surveille, que mes chiens n'effrayent pas trop les passants.
Et puis, après toutes ces années à travailler des heures d'affilée dans le bruit, à vivre en Haute-Savoie où la circulation est omniprésente, j'ai besoin de silence.
Quand on va chez mes beaux-parents, ou ailleurs, le bruit de la ville me prend la tête, me rend folle, m'épuise.
Quand je suis fatiguée, notamment en fin de journée, je deviens encore plus sensible. Les bruits de manger, de bouche, de déglutition (Le Viking, champion de la catégorie "sanibroyeur"), les petits tapotements, les petits bruits de tissu, n'importe quoi, me font friser les nerfs et mal aux dents. Les mouches et les punaises, qui sont légion au grenier, me rendent hystérique.
Je suis infernale.
J'adore cuisiner, et quand j'ai passé du temps au grenier en compagnie de mon homme qui joue sur l'ordinateur, ou dehors à faire du bois, etc, j'aime me poser, au calme et au silence, nouer mon grand tablier, et préparer à manger.
Lentement, silencieusement.
Changer de sens stimulé, et "basculer" sur l'odorat.
J'en ai déjà parlé, je suis hyper "sensuelle", le nez très sensible (toujours autant ; et quand je suis au grenier, je sens l'odeur de pommes épluchées dans la cuisine a rez-de-chaussée...), l'ouïe particulièrement fine (pas pour autant que je comprends au premier coup ce qu'on me raconte, parce que justement, une bonne part de mon oreille est branchée sur les bruits extérieurs), un toucher relativement développé...
Ce matin, j'ai senti la neige avant qu'elle tombe : hier Lazare est monté avec le troupeau de chèvres, Ladakh aussi, mais seul le deuxième est rentré.
Expédition sur le rocher à huit heures du soir, essayer de le repérer.
J'ai emmené Le Monstre, parce que lui, il fonctionne au bruit : il a peu d'odorat, ou alors il ne s'en sert pas. Il écoute. Et, de nuit, pour retrouver un bouc qui répond à son nom et porte une sonnette, c'était le plus efficace.
On est rentrés bredouilles, alors ce matin j'y suis retournée.
Tout dans l'air annonçait la neige : la clarté des sons, l'air froid "au fond" sur ma peau, ce froid caractéristique qui a aussi un goût particulier.
L'odeur. Cette odeur de froid...
J'ai senti le changement.
J'ai aussi trouvé Lazare, bon ado en crise, qui faisait le kéké avec les chevrettes de l'année, et s'est hérissé, oreilles en arrière, en manière de rébellion, quand il a compris que je venais le chercher.
Et, cet après-midi, on a assisté aux premiers flocons.
Le gros s'est mis à tomber silencieusement (et à tenir) pendant qu'on était dans la cuisine, Le Viking cuisinant un moelleux au chocolat pour mon quatre-heures, moi faisant des sudoku, le Microbe dans le salon sur sa tablette... Le tout dans un calme et un silence paisible... 
L'hiver s'installe. La neige est là, va nous permettre des parties de luge sans fin, et va étouffer les sons "parasites".
Si ça c'est pas un gros morceau de bonheur...
En photo, les chaussons aux pommes cuisinés par Le Microbe.

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05 novembre 2015

Hospitalité

Dans le milieu paysan, l'hospitalité et la façon de recevoir comptent beaucoup.

Evidemment, ça a évolué au fil du temps.
Les grands-parents de mon beau-frère sont "à l'ancienne", et quand ils le reçoivent avec ma soeur et les enfants, les repas sont gargantuesques : plusieurs entrées, plats, viandes, desserts... Et il faut faire honneur à chaque.
La grand-tante de mon beau-frère c'est pareil (en plus d'être hyper bavarde) : elle est très généreuse, haute en couleur, et c'est toujours un traquenard de la saluer : quelle que soie l'heure elle sort la totale : saucissons, fromages, boissons diverses, quiches, tartes... !!! Quand on ne vient que pour le café, il faut arriver le ventre vide, car le café se transforme en collation, voire repas.
On ne part pas de chez eux "avec la faim au ventre" !
Chez les agriculteurs chez qui j'ai travaillé, c'était différent.
Tout d'abord parce que les vieux de ma soeur et beau-frère sont retraités (du milieu paysan, certes, mais retraités), ensuite parce que nos statuts sont différents.
Quand ils (ou on) va chez ces anciens, on est de la famille et on vient de loin. Deux bonnes raisons d'avoir un statut différent.
Chez mes agriculteurs, j'étais une "étrangère", et surtout une salariée.
Eux étaient en activité encore, et je ne venais pas pour discuter ou commenter la tapisserie.
Quand c'était le cas, visite de courtoisie, c'était différent, j'étais une invitée.
Cependant, c'était rare que ma présence ne soie pas honorée par un café ou quelque chose à boire, parfois même de trucs à grignoter.
Suivant l'heure, les maisons, c'était du sirop, parfois l'apéro (j'ai souvenir de fin de journées à l'Ayze, ou au Bordeaux, mémorables).
Quand je remplaçais pour des mariages, parfois j'étais invitée au vin d'honneur, ou au repas (en fonction des heures). Sinon, j'avais droit à un petit truc, une bouteille (chez mes "sauvages de la montagne"), un bout de gâteau...
C'était toujours dans la simplicité et la générosité.
J'en suis toujours extrêmement reconnaissante.
Certains, rares, ne sont carrément pas aimables ni accueillants, parce que ma tête leur revient pas, que c'est des sales cons... Ça n'a jamais influencé ma façon de traiter les vaches. 
Une des particularités de ce milieu, c'est que la vie file et continue. 
On ne peut pas suspendre le temps et les activités sous prétexte qu'il y a du monde.
Evidemment, je choisissais mes moments quand je rendais visite, je ne me pointais pas à l'heure de la traite si c'était pour rester les mains dans les poches, ni ne débarquais pour le café à 8 heures du matin pendant les foins.
J'ai peu de notions de l'hospitalité citadine ; j'ai grandi à la campagne, évolue dans un milieu rural, n'ai pas d'intimes de la ville, et habite dans une région particulièrement "sauvage".
Ceci dit, certaines choses me paraissent toujours évidentes : proposer quelque chose à boire au visiteur de passage venu rendre visite ; proposer de rester pour le repas si c'est l'heure et que la personne est plutôt loin (quelqu'un que je peux pas voir ou ne connais pas du tout, évidemment, c'est pas la même).
Pour le quatre heures, idem, proposer un bout de chien à manger, un thé, un café ou autre.
Par ici, les gens sont restés très simples aussi.
Par exemple, un des voisins, chasseurs, nous a apporté trois bons morceaux de sanglier peu de temps après l'ouverture de la chasse. Je n'étais pas là, c'est le Microbe qui a ouvert, il a dû lui faire peur : il était malade comme un chien, gros coup de froid au ventre, et ressemblait à un zombie. Il était tellement dans le coaltar qu'il n'a pas pensé à le faire entrer, mais je compte bien rattraper le coup la prochaine fois.
On a une habitude aussi, dans la famille et à la Mesnie : quand quelqu'un doit arriver un peu tard, qu'il fait déjà nuit, ont allume la lumière extérieure.
C'est un réflexe, si le Microbe, le Viking ou n'importe qui manque à l'appel une fois la nuit tombée, on allume le perron.
On voit la lumière de loin ; et c'est tellement plus accueillant quand on rentre au foyer le soir...
Quand on est tous là, je nous calfeutre : hors de question de fermer un seul volet, ça me rend claustrophobe, je ne supporte pas d'être enfermée (même pas pour dormir, c'est toujours volets - voire fenêtres - ouverts. Je me lève avec le jour en général), mais j'éteins les lumières extérieures, on est au chaud, au nid.
Quand je reçois du monde (ce qui arrive régulièrement malgré tout, les amis du Microbes, les miens, on espère ceux du Viking) je ne sais pas faire autrement que continuer notre vie quotidienne ; je ne sais pas faire plus qu'ouvrir et partager notre quotidien, sans tellement changer nos habitudes : on a la vie douce ici, et quand ils viennent c'est les vacances.
Alors, on vit. Je passe du temps avec mes invités, mais je ne me force pas non plus à leur consacrer toute mon attention h24. Je supporterais très mal qu'on agisse comme ça avec moi. Je propose des activités évidemment, mais je m'épuiserais à accorder toujours de l'attention aux gens. Ils sont grands...
En plus de ça, j'ai besoin quand même un peu de souffler, je ne suis pas une surfemme. Un peu comme "Super Pépette", sur Youtube, explique avec sa théorie des cuillères, mon énergie n'est pas illimitée. 
Alors, on propose un petit bout de notre vie, à partager...
Ceci dit, j'espère qu'avec tout ça je suis une hôtesse acceptable. Je pense que oui, sinon mon amie et sa fille, et Mister Vroum-Vroum, le meilleur ami de mon frère, ne reviendraient pas... ;)

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28 octobre 2015

Un peu de poésie...

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A midi, j'ai demandé à ma maman sa recette de tarte au fromage frais ; j'ai du caillé de chèvres de côté, en tarte c'est un régal, et pas compliqué...

Sa réponse symbolise beaucoup de choses : son sens du "bricolage", elle qui a su nous nourrir tous les quatre enfants (six avec les parents) tous les jours, quel que soit l'état des finances ou l'approvisionnement des frigos et placards.

Son grain de folie, son incapacité à suivre les règles. Une recette ? Quès a quo ?

Ses facultés d'adaptation à tout ou presque...

Et puis, simplement, le principe me fait rigoler.

La recette approximative d'un plat qui n'existe pas, sa façon de partir du principe que j'ai pas besoin d'en savoir plus. Et elle a raison.

 

Le gène Mac Gyver, il est familial...

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24 octobre 2015

Collocation, le bilan

Cela fait maintenant près de huit mois que je vis ici avec Le Microbe ; presque sept que mon Viking s'est greffé à la Mesnie.

Le bilan de la cohabitation est loin d'être mauvais, même si c'est pas toujours facile.
Pour ma part, étrangement, c'est plus difficile de vivre avec le mâle qu'avec mon frère.
Son passé d"'agent de restauration" a laissé des traces.
Difficultés à composter, il a le sale réflexe de jeter les trucs à la poubelle ; gaspillage un peu limite parfois...
Il a des principes à la con souvent, aussi. Sur comment une voiture doit être maltraitée, telle ou telle chose rangée ou cuisinée...
Sans parler de sa mauvaise foi qui bat tous les records.
Mon frère, c'est presque l'opposé. Roi de la récup de trucs irrécupérables, bricoleur émérite et du dimanche, c'est le chef pour réparer n'importe quoi avec rien. Mais aussi pour inventer des trucs inutiles et même pas pratiques.
Le Microbe, selon ma mère, est "en vrac". Ca colle bien au personnage.
Souvent, il fait des trucs incompréhensibles. Par exemple, aller étendre les torchons à vaisselle dans la grange...
Quand il vivait au domaine, il avait l'habitude de prendre sa douche au rez-de-chaussée, monter au troisième pour s'habiller, et... Pendre ses serviettes au grenier (qui s'ouvre par une trappe et n'est pas aménagé). 
Il pendait son peignoir à sa fenêtre pendant des jours, des semaines. En plein hiver.
Et tant d'autres...
Ici, à la Mesnie, il est au centre de TOUT ce qui ne va pas. À tort ou à raison.
Déjà au domaine, il était responsable de tout. Alors pourquoi changer de bouc émissaire ?
Moi, ça me fait vraiment, et quotidiennement, rire, la colloc avec mes hommes.
Et la chambre du Microbe est un poème.
Faut pas déconner, je suis pas la bonniche. Il range et nettoie sa piaule.
Il m'arrive toutefois d'y rentrer.
Quand je fais les lessives, je plie et dispatche le linge. Je range le mien et celui du Viking dans notre armoire, et pose celui du Microbe sur son lit.
À ces occasions, j'ai souvent assisté à des scènes ahurissantes, que je partage avec bonheur avec le reste de la famille.
Par exemple, le lit en vrac, l'armoire fermée, la porte qui s'ouvre avec difficulté... Et un monceau de vêtements par terre, méthodiquement éparpillés en cercle. Pas en rond : en cercle, sans rien au milieu, comme s'il y avait eu une explosion. Incompréhensible.
Plus souvent, des tas de vêtements par terre : le presque propre, le pas sale, le presque sale, le encore mettable, le cracra, le pour trainer, etc... Jusqu'au "collé par la moisissure et à désinfecter avant de laver".
Il a une armoire, une vieille armoire à glaces très jolie.
Je regarde dedans sans crainte, elle ne contient que quelques papiers, des couvertures pliées, un ou deux tournevis et c'est à peu près tout.
Une fois, je rentre dans sa chambre pour poser son linge sur son lit, comme d'hab...
Je me suis écroulée de rire, et ça a duré un bon moment.
L'armoire était à la même place. 
Portes béantes.
Vide.
Tiroirs sortis. Vides aussi.
Devant, au pied, par terre sur le plancher.... TOUT.
Le Microbe avait réussi à FAIRE VOMIR SON ARMOIRE.
Je n'ai toujours pas compris ce qui s'était passé. J'en ris encore.
Tout ce préambule pour expliquer le plus gros drame de la collocation entre les garçons.
Le Viking est un peu chiant quand il s'agit de "ses affaires". Il est arrivé à la Mesnie avec un trousseau, il entend le conserver.
Malheureusement.
Maintenant... Faites le lien avec le début de l'article.
Il se trouve que le comportement pathologique de mon frère par rapport aux serviettes de toilette n'a pas changé.
Régulièrement, quand plus une seule serviette n'est disponible dans la maison, il convient de faire une descente dans la chambre du Crobe. On les trouvera toutes sans exception.
Pliées proprement devant l'armoire ouverte (jamais dedans), ou en pile derrière la porte (c'est pour ça qu'on a du mal à l'ouvrir).
En juillet, il est parti pour quatre ou cinq jours en médiévale, en Suisse.
Il y retrouvait sa copine.
À son retour, mon Viking faisait des bonds, il était fou. Quand le Crobe a vidé son sac de voyage, il y avait quelques slips, son peignoir (PARCE QU'EN PLUS IL A TOUJOURS SON PEIGNOIR), et... la totalité des GRANDES serviettes de toilette de la maison. Les quatre du Viking, plus trois ou quatre autres.
Moi j'étais écroulée de rire dans la cuisine, le mâle fulminait.
Voici donc le premier grief irréductible de la colloc.
Autre problème, c'est les chaussettes. Problème récurrent depuis très longtemps, depuis avant la fondation de la Mesnie.
Le Microbe met les chaussettes qui lui tombent sous la main. Même si elles sont pas à lui. Même si elles sont trouées. Et en plus il en met deux ou trois paires en même temps et bousille les élastiques.
Depuis deux ou trois semaines, le Viking me fait chier jusqu'à la gauche avec ses chaussettes, qu'il ne retrouve pas, il est arrivé avec tant de paires, il en a plus une seule, c'est pas possible, blablabla...
Forcément vu que c'est moi qui fais la lessive, c'est ma faute. Le Microbe, lui, il en sait rien.
Au bout d'un moment, c'est lourd, mais on fait avec.
Sinon, ce qui me fait le plus marrer dans cette vie à trois qu'on a adoptée, c'est que chaque fois que quelque chose disparaît dans la maison, on a des chances de le retrouver dans la chambre ou la voiture du Crobe.
Environ une fois par mois je fais une descente dans sa piaule - quand mes placards à vaisselle deviennent trop dégarnis.
J'y retrouve en général une dizaine de tasses, bols et mugs, une demie douzaine de verres, parfois une ou deux assiettes ou casseroles... Ces jours là, je suis bonne pour une nouvelle tournée de vaisselle.
C'est devenu le gimmick de la Mesnie. "Demande au Microbe", ou "c'est la faute au Microbe".
Surtout s'il n'est pas là.
La connexion internet a du mal, et lui il est dans l'Ain ? Je lui envoie un sms "arrête de prendre tout l'internet".
Ma pantoufle a glissé sous le canapé du grenier ? Je descends à cloche-pied au rez-de-chaussée pour l'engueuler de m'avoir planqué mon chausson, avant de remonter mettre ledit chausson.
Je cherche un string, un soutien-gorge dans mon tiroir à sous-vêtements en bordel ? Je vais l'accuser de me l'avoir pris.
Il n'y a plus de croquettes pour les chats parce que je n'ai pas vérifié mes stocks ? Je vais l'engueuler de les avoir mangées avec du lait juste pour léser mes pauvres mirons.
C'est déclinable à l'infini, et il joue le jeu.
Donc, comme je le disais, le bilan n'est pas mauvais.
Même si, comme dans toute cohabitation, il y a des hauts et des bas, dans l'ensemble ça se passe bien.
On a trouvé nos équilibres, on rit énormément.
On vit ensemble, on fait attention les uns aux autres.
On mange (sauf à de très rares exceptions près) toujours tous les trois, midi et soir. Des fois on fait à manger ensemble, on passe énormément de temps ensemble dans les mêmes pièces.
On vit en famille... Et c'est quand même super marrant.

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Des histoires de Dragon

 

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De plus en plus ces derniers mois, je lis et apprends sur l'équitation, notamment le dressage.

D'une part parce que le Ponédragon et Sa Seigneurie doivent travailler pour garder leur (grand) dos en état en raison de leur (grand) âge, d'autre part parce que ça implique de connaître en profondeur le fonctionnement et la locomotion des animaux.
Je suis un minimum l'actualité ; la loi suisse sur les rênes allemandes m'a enthousiasmée, quand l'affaire de l'autre gros con, cavalier de la championne Matinée, m'a atterrée.
Je lis Oliveira et consorts, cherche des solutions, des techniques.
Parfois, je me lance.
Le Ponédragon me pose beaucoup de soucis.
Elle a souvent très mal au dos (j'en ai déjà parlé), mais a un coeur immense et une bonne volonté au moins égale.
Quand je lui demande simplement de faire un cercle, par exemple, montée, elle le fait mais fouaille de la queue de douleur.
Elle me hurle de tout son corps son inconfort : la queue, le nez et la bouche crispés, l'encolure raide, le pas heurté, les oreilles mal orientées.
La sentant aussi mal à l'aise, je ne peux pas me détendre - condition sine qua non pour arriver à travailler harmonieusement.
Au final, après une séance de ce genre, on arrête aussi épuisées l'une que l'autre, et complètement coincées et courbaturées.
Aujourd'hui, j'ai tenté autrement.
Je l'ai longée aux trois allures, aux deux mains. Longe attachée à l'anneau de barbe du licol. À l'origine je pensais me cantonner au pas et au trot, mais elle s'est déséquilibrée et est tombée dans le galop.
Finalement, je lui ai fait faire des transitions trot-galop, quelques foulées à chaque fois.
À main droite, ça allait. Un peu précipitée au début, et puis la fluidité est arrivée, elle engageait, ne trébuchait pas.
A mains gauche, par contre... Elle allait beaucoup trop vite, encolure crispée, oreilles coincées, au trot elle trébuchait et glissait.
Quand elle a pris le galop (après un long trot qui a fini par se réguler), elle avait des foulées bizarres, le dos et les reins coincés et raides.
Peut-être encore un contre-coup de sa chute dans le camion en août ?
J'ai essayé de demander plus quand même, mais ce n'était pas concluant.
Je lui ai refait faire un tour ou deux à l'autre main pour ne pas finir sur du négatif, et ai abandonné la longe.
En plus, Tonfou, mon beau-frère, et ma soeur forgeron étaient arrivés entre temps avec les enfants.
Ramassage d'herbe pour les lapins, la Grenouille qui voulait voir sa Tata et faire du cheval...
J'ai donc changé d'outil, posé la chambrière pour le stick, et ai tenté un peu de travail à pied.
Pas évident quand l'animal fait ma taille au garrot, et est long comme un jour sans pain.
Je lui avais déjà mis son filet (avec le mors baucher, mais sans muserolle) par dessus le licol en prévision.
Donc j'ai tenté un peu je sais pas quoi, mobiliser les hanches je crois, essayer de lui faire bouger les postérieurs, de l'incurver autour de moi.
Pas gagné DU TOUT. Pas par sa faute, mais par la mienne. En même temps, j'étais un peu crevée déjà, et intimidée par la présence de mon beau-frère qui est surdoué avec les chevaux (mais ne l'assume pas).
Mais ma jument, avec son coeur immense, a tenté malgré tout, sans se plaindre, sans bouger sa queue, attentive.
Je l'ai fait reculer, aussi, nikel.
Et puis bon. On en avait un peu marre, ma Grenouille attendait sagement à côté de sa mère... J'ai expliqué à cette dernière mes observations, lui ai refilé le stick pour qu'elle chasse le bouc et le dindon en manque d'affection, la longe et la chambrière à son père, et ai chargé la petite sur mon Dragon.
Elle connaît le truc maintenant : on se tient bien à la crinière, et voilà.
Je tiens la jument à la tête, une main posée sur le mollet de la mouflette, et c'est parti.
La jument, toujours formidable et angélique, marche doucement pour la petite.
D'ailleurs, plus tôt dans la semaine, quand j'étais au domaine, je l'ai sorti un moment du pré pour la gamine.
En ce moment elle est pas très bien, demande beaucoup d'attention et d'amour. Et des câlins.
Du coup je me démultiplie, use mes petits de bisous, caresses, câlins et chatouilles, et fais ce que je peux.
La Grenouille étant folle de chevaux, du haut de ses 29 mois, et moi de mes presque 29 ans, on en profite.
Donc, mercredi, on a pris le licol et la longe du Ponédragon et on a filé dans le pré. Forcément, les trois chevaux étaient au fond de la combe.
Grenouille accrochée sur mon dos, on est descendues, on a donné nos carottes, attrapé la grande, et on est remontées.
Ma nièce est adorable. Elle écoute, n'est pas capricieuse, sait ce qui est dangereux ou pas... Dans le pré des chevaux, elle ne reste pas à pied, pas parce qu'elle a peur mais parce qu'elle sait que les chevaux ont des gros pieds et sont un peu brutes parfois. Quand on doit jongler pour les sortir, elle sait se mettre hors de portée.
Donc elle s'est éloignée pendant que je sortais la jument du pré en négociant avec les autres pour qu'il y restent, et est revenue une fois le fil fermé pour faire un bisou à ma grande.
Je l'ai posée tout là-haut, et elle a voulu que je monte avec elle.
Ce fut épique, parce que j'ai du monter sur un capot de voiture pour monter sur ma jument, que je n'ai, évidemment, pas pensé à tenir la longe (elle n'avait que son licol plat) et que je n'avais pas moyen de la reprendre sans descendre.
Les deux autres galopaient le long de la clôture en hennissant.
Mais ma grande, imperturbable, ne disait rien.
On avait oublié de mettre un manteau, il a fallu remonter à la maison, au grand trot évidemment.
Puis on est redescendues, mais à cru, c'est douloureux pour une petite fille qui ne met plus de couches depuis longtemps...
Alors je l'ai installée en amazone devant moi. Elle était calée contre mon bras droit qui l'enserrait, je guidais la jument des jambes, de la voix, et de la longe tenue par la main gauche, et la petite tenait en plus une poignée de crins.
Et vogue la galère !
 
On a descendu le chemin au pas, on l'a remonté au grand trot.
J'ai savouré ces moments, le nez dans les cheveux de ma Grenouille, plein de bisous dans son cou, on discutait. Je m'assurais que ça allait, pas peur, pas mal, tout ça...
La dernière portion du chemin, d'un commun accord, on l'a pris au galop.
Petite aux anges, moi ravie, et jument adorable.
Mon Ponédragon a prouvé, une fois de plus, que le sang ne fait pas tout.
C'est une selle française, plein papiers et tout ; elle fait 1m78 au garrot ; elle a le chanfrein bien busqué, un caractère bien trempé.
Mais elle est douce, et gentille.
La petite Morue, croisement hispano-arabe, presque dangereuse pour nous parfois, est tellement... Spéciale qu'on laisse la petite sur son dos pour la brosser sans soucis, elle prend les carottes tout doucement de ses mains, sans toucher aux minuscules doigts.
Le grand steack, Sa Seigneurie, est beaucoup plus brute.
Tout ça pour dire, à propos de la Ponédragon : elle n'a pas eu un passé facile. Débuts de championne de cso, remisée à cause d'une blessure, elle a vécu une dizaine d'années avec un monsieur très grand et costaud qui a des idées bien arrêtées.
Depuis cinq ans maintenant, elle est avec moi, et ça fait un an qu'elle est en Ardèche.
Beaucoup de changements, de mouvements.
Elle a mal au dos, est toute vrillée. Mais ne m'a jamais embarquée, jamais jetée par terre.
Et j'aime à penser que j'ai suffisamment d'écoute pour l'entendre quand elle a mal.
J'ai quelques rêves de dressage, avec Sa Seigneurie surtout, puisque je sais que elle, c'est quasiment foutu.
Elle a vingt ans, et vu son état et sa souplesse, la légèreté et le reste, c'est un peu foutu. Je ne sais même pas ce qu'elle sait déjà faire !
Si j'arrive à l'avoir équilibrée et "aux ordres" un jour, ça sera déjà énorme.
D'un autre côté, elle a tellement de coeur qu'elle y arrivera sûrement. Ce qui me fait souci dans cette histoire, c'est moi. De lui faire du mal involontairement.
Du coup, quand on travaille, je vais doucement. Lentement.
Je peux enchaîner plusieurs séances sans faire ne serait-ce que du trot.
Si la jument n'est pas bien au pas, n'a ni la bonne attitude, ni la confiance et le confort optimums au pas, à quoi ça servirait de tenter au trot, voire au galop ?
On en fait, c'est pas la question : en lignes droites dans les prés, sur les chemins, parfois un peu en détente.
Mais le VRAI travail, c'est au pas que ça se passe principalement.
Avec Sa Seigneurie, c'est différent : il sait tout faire, mais s'est démusclé.
Donc on va doucement, mais différemment.
Il m'apprend énormément de choses aussi.
Quand il est arrivé chez nous, il était monté en mors à olives fin à double brisure, et muserolle croisée.
Je veux repartir des bases, alors je le monte en mors à olives à gros canons, sans muserolle.
Il est très "bavard", a souvent la bouche ouverte en début de séance. Je le laisse faire et j'écoute.
Juste "pour le fun" je lui ai essayé le bridon du Dragon une fois, c'était ingérable : il était complètement encapuchonné.
Son problème, à lui, ce n'est pas qu'il est sur les épaules comme le Ponédragon, donc un mors releveur ne sert à rien.
Avec lui, je "m'amuse" plus. Je n'ai pas de monstrueux défauts à corriger, une locomotion foireuse, ou autre. Simplement de la gym à faire.
Alors j'essaye de progresser, d'être aussi légère que possible sur son dos, un minimum de contact dans les mains, un maximum de souplesse.
Parfois, quelques foulées en état de grâce, d'équilibre parfait.
Une symbiose. J'ai su demander, il m'a donné, et j'ai pu "recevoir" avec la posture idéale.
Dans ces cas-là, ça fait une drôle de sensation, comme une énorme vague d'énergie qui nous traverse. Le mouvement parfait.
Ce genre d'instant justifie le temps passé à souffrir, à galérer, à essayer de communiquer.
J'ai la chance d'avoir un cheval Maître d'école et facétieux, et une jument avec un coeur immense à réparer.
Tous les trois, je pense qu'on ira loin. Pas en concours, ça ne m'intéresse absolument pas. Mais dans nos progressions.
Et mes soeurs, mon beau-frère, toujours là, à soutenir, conseiller, observer, avec leur sensibilité immense, nous aident tellement...
Décidément, on forme tous une équipe magique.

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Posté par Vachere d_a cote à 10:10 - - Commentaires [3] - Permalien [#]