La Vachère d'A Côté

11 avril 2018

Ah, les vaches.... leurs éleveurs... les chèvres...

J'ai plusieurs articles en attente (d'écriture, rien n'est rédigé), et plein de photos...

Mais je manque un peu de temps, avec un bébé qui ne dort pas en ce moment, et qui passe la majeure partie de son temps éveillé dans mes pattes ou à vouloir regarder l'écran.

Je m'y mettrai, bientôt.

 

En attendant, sachez juste que j'aime mon métier, même si le remplacement me manque terriblement ; que ça se passe, je crois, super bien, en tout cas je n'ai pas eu d'échos négatifs sur mon travail, même plutôt le contraire.

Je suis presque à la moitié de mon troisième mois, donc troisième pesée chez certains éleveurs.

Première pour d'autres, en caprins, qui commencent tout juste la campagne avec les mises-bas saisonnières.

 

Pour ceux que je revois, les rapports sont de plus en plus simples et cordiaux, voire amicaux ; on blague, on est contents de se voir, on discute à bâtons rompus, et suivant les fermes, je me permets même d'aller trainer un peu entre les vaches, voire d'aider à la traite pour une, mais chhhut... je ne suis pas sensée le faire.

 

Je suis subjuguée par les levers et couchers de soleil sur mes hauts plateaux quasi désertiques et franchement arides, les reliefs me laissent pantoise. J'admire, m'emplis les yeux et le coeur de beauté, et manque trois fois par kilomètre, au minimum, de me planter dans le talus ou dans le trou (à ce niveau, c'est plus des fossés mais des précipices).

 

Je me régale... Je reviens vite raconter !

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11 février 2018

Ca continue...

J’ai continué et fini ma semaine, pas seule pour la fin.

 

Jeudi matin, encore une petite ferme de vaches, au pot, sous la neige.

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Un éleveur sympa, qui m’a dit avant qu’on se quitte "c’est agréable d’avoir un peseur qui connait les bêtes et le métier !"

 

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L’éleveur trait sa vache au pot, m’amène le pot et le nom de la vache, je vide le pot dans mon seau, entre le nom de la vache dans le smartphone, pends le seau au crochet (ou peson) que j’ai taré avant de commencer, lis la valeur, l’entre dans le téléphone en hectolitres (donc 8,3L, je rentre 83) qui m’indique le numéro de flacon correspondant pour l’échantillon, prélève mon échantillon avec la louchette spéciale, et vais vider mon seau dans la boille ou le tank. Et on recommence.

 

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Jeudi soir, une des plus éloignées du secteur : une petite cinquantaine de vaches, bâtiment flambant neuf et super bien isolé (heureusement, vu la température...), salle de traite Westfalia 2x4, et bagues au paturon pour le contrôle des vaches. C’est super simple.

 

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Les vaches rentrent sur le quai, avec le "bâton" (le truc bleu sur une des photos d'un article précédent) je bippe le tube de mesure (une puce est sous chaque caoutchouc, à la base), le smartphone l’enregistre, puis je bippe la bague (donc la vache correspondante ; sur cette ferme les bagues sont aux pattes avant, pour éviter les méprises avec les bracelets de traitements). Donc pour le poste de traite 1, j’ai le tube A par exemple, et la vache 1a. Etc pour les autres.

 

Quand une vache est finie, je récupère le tube (je l’échange contre un vide), bippe la puce à la base, lis la graduation, et entre directement la quantité sur le smartphone. Je prélève mon échantillon, et on continue.

 

Si je prends du retard, je peux stocker les tubes (dans un seau, une caisse...) à la verticale, et entrer la quantité ensuite, sans risquer de m’emmêler les pinceaux ou d’échanger le tube de Jolie avec celui de Licorne.

J’ai fait cette traite avec le Chef, qui m’a supervisée et expliqué le fonctionnement.

 

Quand il n’y a pas de bague de paturon, même concept, sauf qu’au lieu de bipper la vache, on entre manuellement le nom ou le numéro d’oreille. 

 

Pas compliqué, on a le temps, une vache met quelques minutes à se traire.

 

A part la prise en main de l’application, rien de nouveau pour moi.

 

Et il y a eu vendredi soir.

Premier troupeau de chèvres.

L’horreur.

 

Déjà, dégât sanitaire à la maison, heureusement l’homme était en congé, donc il a assuré. Mais j’ai pas vu l’heure, et suis partie à la bourre.

 

J’ai fait la pesée avec un collègue, qui ne fait que les chèvres.

 

Là, c’est sur ordinateur. Et manuellement.

 

Je suis arrivée la machine à traire tournait, une trentaine de Saanen étaient sur le quai de traite. Il y avait des chats aussi (j’aime pas les chats, de moins en moins à vrai dire. Depuis la mort du Chacon et la disparition de La Chat, il y a plus ou moins un an, je ne veux plus en entendre parler.

Le bruit était assourdissant, j’étais vraiment pas à l’aise d’être en retard, même si j’ai été excusée sans problèmes.

 

Ici, pas (encore) de bagues ni de bip de tubes : la trayeuse passe devant le quai de traite, et donne (crie) les numéros d’oreille de chaque chèvre : cinq chiffres à chaque fois... 

on les note sur une feuille volante, en face de chiffres "fixes" de 1 à 30 à peu près. La trayeuse compte les chèvres, et les marque de 5 en 5.

Ainsi, elle nous donne le tube de "la 12" par exemple, on regarde sur la feuille à quel numéro d’oreille ça correspond (genre 83072), et tape sur l’ordinateur ce dernier numéro. Touche entrée, ça met la ligne de la chèvre en surbrillance, je rentre la valeur en hectolitres (à moins de 400g la bête est "non contrôlée"), puis touche "espace" pour revenir à la boîte de dialogue de sélection d’animal.

 

On prélève, et on continue. L’intérêt, là, c’est qu’aucun flacon d’échantillon n’est attribué à une chèvre : la première chèvre prélevée va dans le flacon n°1, et ainsi de suite. Heureusement, quand on sait que j’aurai des troupeaux jusqu’à plus de 500 têtes...

 

Mais ça va HYPER VITE. 

 

Dans l’absolu, je ne suis pas trop inquiète : je ferai au moins quatre pesées accompagnée (dont trois avec ce collègue très compréhensif et rassurant, et disponible si j’ai besoin d’aide), et j’ai déjà travaillé en usine, à la chaîne. Je me souviens que les premiers temps on galère, on n’arrive pas à suivre, et assez rapidement on prend le rythme, puis on a même du temps en plus. Quand je faisais les 3x8, je m’endormais souvent debout pendant deux ou trois heures, tout en travaillant, et sans me presser. Et je me permettais même de "prendre du retard" pour souffler, quand j’étais en bout de chaîne, en rattrapant sans difficultés.

Pas de raisons que ça soie différent.

 

J’ai exprimé mon inquiétude face à mon collègue, avec ma dyscalculie et les numéros à rallonge, et la complexité du logiciel.

Il m’a rassurée, il trouve que j’apprends très vite, et pour les numéros, m’a dit qu’ils sont assez récurrents. En clair, il ne se fait pas de souci pour moi !

C’est rassurant et encourageant, moi qui avais l’impression de ramer...

 

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Mardi matin je refais une traite avec lui, un autre élevage, juste en face de là où on était. Un roto cette fois-ci. Je ferai des photos, je n’ai encore jamais vu ce système en action.

Mais de ce qu’il m’en a dit, c’est folklo niveau logistique la pesée là bas...

 

Sinon, lundi matin, toute seule en tout électronique, la ferme de vaches juste à côté de celle de jeudi soir, une des plus éloignées de mon secteur. Une soixantaine de bêtes d’après le téléphone.

Ensuite, mardi soir, chez mon voisin, à 2km de la maison. 

 

Mercredi matin, en chèvres encore, avec le collègue, mais pas de pesée le soir parce que c’est la St Valentin, et le restau qui embauche le Viking sera ouvert.

 

Ensuite, jeudi matin, rendez-vous avec le Chef dans une ville voisine, pour qu’il m’explique le dépôt des échantillons.

Vendredi, à voir suivant l’organisation.

 

Et puis la semaine suivante, j’ai deux pesées par jour. 

Et puis ensuite...

 

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Rebelote pour le planning, l’organisation des journées...

 

J’espère y arriver...

 

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07 février 2018

Peseur... qu’est-ce que c’est que cette bête ?

Un peseur laitier est un employé du Syndicat du Contrôle Laitier. Il travaille avec les contrôleurs laitiers, les conseillers, et les éleveurs.

 

Le contrôle laitier est un service, payant (évidemment) proposé aux éleveurs laitiers, bovins, caprins, ovins.

 

Suivant la formule souscrite par l’éleveur, une ou deux fois par mois (deux traites qui se suivent, matin-soir ou l’inverse, ou seulement une traite, en alternance : matin un mois, soir le mois suivant) un agent (contrôleur, peseur) assiste à la traite, mesure la quantité de lait produite par l’animal grâce aux true-tests, appareils calibrés qu’on branche en dérivation sur le tuyau de lait des griffes, et qui prélèvent en même temps. Ou en pesant le lait à l’ancienne, avec un crochet peson, pour les traites au pot.

 

A chaque bête, l’agent prélève un peu de lait, qu’il réserve dans un flacon numéroté.

Les échantillons sont envoyés à Cézeyriat, dans l’Ain (en ce qui nous concerne), où ils sont analysés pour évaluer les taux butyreux (matière grasse), protéiques (matière sèche) et cellulaires (inflammation, infection... de la mamelle ou de l’organisme). Les cellules sont plafonnées à 200.000 ou 300.000/mL de lait, suivant les laiteries. 

A noter que, maintenant, on peut également déterminer le statut gestationnel des vaches, à la demande.

 

Suivant le choix de l’éleveur, il peut recevoir les résultats tels-quels, ou avoir un "conseil" avec : dans un cas comme dans l’autre, ces analyses servent à évaluer la santé de la mamelle et de la bête en général (l’éleveur de lundi m’a montré une vache à qui la véto à fait une ablation totale d’un onglon postérieur : elle avait une infection profonde dans l’onglon, qui ne passait pas, il a fallu amputer. Cette vache était à plusieurs millions de cellules ; du jour où l’onglon a été enlevé, le taux est redescendu d’un coup, et elle fait partie des plus basses à présent), l’état de la ferme (une mauvaise hygiène ou routine de traite, un paillage insuffisant, un curage trop rare... peuvent provoquer des cellules), de la machine à traire (mal réglée, une machine à traire provoque aussi des cellules, la prolifération de germes, et des blessures), la composition de la ration (une ration mal équilibrée donne des taux inappropriés, voire des cellules, encore).

 

Les techniciens, conseillers... peuvent avoir des entretiens particuliers avec les éleveurs, au cours duquel ils analysent toutes ces données et donnent des conseils adaptés et personnalisés à l’éleveur et sa ferme.

Mais ça, c’était la branche de Philomenne, que vous pouvez lire ici.

 

J’ajouterai aussi que le peseur n’est pas simplement le gus qui vient poser ses flacons dans la salle de traite ou l’étable mensuellement. C’est aussi un lien hyper important entre les éleveurs (même si on est soumis au secret professionnel, évidemment), avec le "monde extérieur", un interlocuteur privilégié pour plein de choses : pas vraiment un ami, mais plus qu’un étranger, souvent les éleveurs se confient.

En plus le peseur a son passé (bon, moi, c’est particulier je crois), et l’expérience des autres fermes, des autres systèmes. 

De passage, il voit plus facilement les dysfonctionnements, et les solutions possibles.

 

J’ai un souvenir fort d’une discussion que j’avais eue avec mon ami Nicolas, peseur Breton perdu en Haute-Savoie : on fait partie, les contrôleurs, peseurs, conseillers, remplaçants... d’un genre de "péri-agricole" ; souvent perçus comme des touristes par les éleveurs (on est salariés, hein... donc les congés payés, etc... même si on ne les prend pas, on a l’étiquette), finalement on vit autant qu’eux les difficultés quotidiennes du monde agricole. Les liens qu’on tisse avec certains font que les problèmes nous font souffrir autant qu’eux ; et étant les représentants des bureaux qui font payer leurs services, on s’en prend, aussi, souvent plein la gueule. 

Des fois c’est lourd.

(D’ailleurs, Nico, si tu as des trucs à rajouter... n’hésite pas ;) )

 

En résumé, la pesée, c’est quand même important. Moi, quand j’étais vachère, j’aimais beaucoup les jours de contrôle, ça me permettait de revoir les peseurs, que j’aimais beaucoup, et de prendre des nouvelle de mes agriculteurs et mes troupeaux.

Nico (toujours lui) les connaissait presque aussi bien que moi, ce qui nous permettait de parler de vaches en particulier...

 

Demain je pèse chez le gars qui déneige le secteur, il m’a dit que peut-être il sera en retard, suivant ce qui tombe cette nuit. Il trait au pot.

C’est pas grave, j’ai toujours un livre dans mon sac, et au pire, je ferai le fumier et monterai les pots en attendant...

 

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06 février 2018

C’est parti pour de bon !

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Hier soir, j’ai reproduit cette action que j’ai tellement souvent réalisée en Haute-Savoie : mon listing, mon téléphone, je numérote, vérifie cinq fois que c’est le bon numéro (j’avais oublié ma dyscalculie, c’est un peu handicapant en fait), et appelle.

"Allô, monsieur J. ? C’est La Vachère, la nouvelle peseuse ! Chef m’a dit que je devais peser le matin chez vous, demain matin, c’est bon ? À quelle heure ? La ferme est où exactement ? D’accord, merci beaucoup, à demain !"

 

Première pesée "en autonomie", normalement je fais avec quelqu’un pendant une semaine, mais là, personne n’est dispo.

 

Ça commence bien, suite à un quiproquo, la liste de pesée n’est pas disponible sur l’application smartphone. 

J’envoie un sms à Chef, qui me rappelle pour préciser deux-trois trucs, convenir du programme de la semaine, et m’envoyer la liste par mail.

 

On n’a plus d’encre, je dois donc recopier la liste à la main. Numéro de flacon, nom, numéro national, numéro de travail, numéro de lactation, numéro de contrôle, lait précédent.

Une vingtaine de vaches, allant de Cajoline (toujours tarie) à Mimosa (pas encore vêlée).

J’aime bien ces listes, ça me permet de faire un peu connaissance avec le troupeau et l’éleveur avant la rencontre : combien de lactations, durée de la lactation, quantité de lait, race... et surtout prénom : par exemple, je peux deviner que cet éleveur est gourmand, qu’il aime ses vaches, et a des soucis de reproduction. C’est pas mal non ?

 

Après une nuit agitée (ces saloperies de dents, pauvre Lutin), rebelote pour mon rituel têtée-habits-café-madeleines.

Je situe à peu près la ferme, les vues aériennes des sites de guidage sont une invention formidable.

Je roule tranquillement, il fait pas trop froid, 0°C environ, mais je me méfie du gel. J’arrive sans encombres, escortée par des chiens.

 

8 vaches à traire, des montbéliardes cornues, au pot (deux pots). Quelques top-models, jolie mamelle, morpho superbe (aaaah... Giroflée, 4e veau, une silhouette de génisse... Frou-Frou, grande, fine, haute, belle tête, et Victoria, nouvelle achetée, malheureusement écornée, mais très grande, baraquée, costaud... superbe !), et surtout douces et câlines...

 

D’ailleurs, vous voyez ? Je les ai vues moins d’une heure ce matin, j’ai déjà retenu des vaches (les noms je les ai tous en tête, mais je ne suis pas allée cajoler chacune d’elles) ! Je suis indécrottable...

 

Et, bonus : j’avais raison sur tous les points pour cet éleveur. Il est gourmand, et le reste aussi ! 

On a discuté un moment, je lui ai suggéré de clôturer un bout plat (s’il a) contre l’étable, pour sortir les vaches un moment chaque jour, histoire de repérer plus facilement les chaleurs, assainir un peu les pieds avec la neige, et les délasser. L’idée lui a plu.

Le mois prochain, il faut que je le note, je lui suggérerai de repérer la "souffleuse" (le terme exact m’échappe pour le moment), la vache qui mène dès qu’une copine est ou va être en chaleurs, et de la lâcher sous surveillance dans l’étable, si besoin...

 

Je suis rentrée, 15-20 minutes de trajet. Mais la journée n’est pas finie.

Café-croissant avec le Viking et le Lutin, ensuite douche intégrale au savon parfumé, et lessive de tous mes vêtements : la prochaine pesée est jeudi matin, et l’homme a une tolérance toute relative à l’odeur de vaches. Les années chaotiques et compliquées au Service ont laissé des traces chez lui aussi...

 

Dans l’après-midi, le Chef vient à la maison faire le point, récupérer le contrat, m’expliquer deux-trois trucs, programmer plus avant le mois, et répondre à mes questions.

Et voilà.

 

C’est officiel, signé... je suis peseur laitier.

 

La vie est étrange, ou alors j’ai beaucoup de chance. À 30 ans, en 14 ans, j’ai déjà signé trois (TROIS !) CDI. 

Chaque fois que j’ai décidé de prendre/reprendre sérieusement une activité professionnelle, j’ai un cdi qui s’est présenté, et un contrat signé dans les jours suivants (trois semaines pour le Service, le temps de trouver un logement).

 

Et, après discussion avec mon Normand, on est tombés d’accord : je me réserve la possibilité de reprendre ma vocation : vachère remplaçante.

 

Les gens du secteur à qui j’ai parlé m’ont regardée comme s’ils voyaient une licorne, après que je me sois présentée : une remplaçante, expérimentée, passionnée, qui maîtrise tous les systèmes, la fabrication, ET LES TRACTEURS !!! Et les pentes ! Miracle ! 

C’est la dèche en remplaçants dans le coin.

J’ai comme l’impression qu’au bout de vingt minutes de discussion les éleveurs seraient capables de sauter dans leur voiture et tout me laisser, pouf, comme ça, si seulement je leur disais "allez... c’est bon va... sauvez-vous, je gère tout".

C’est vertigineux.

 

C’est un peu bizarre aussi. C’est presque les mêmes vaches, les mêmes gens, la même "moi"... mais ici je ne suis encore personne, déjà tellement riche des années passées et des expériences, mais personne ne le sait vraiment.

Je rentre dans les fermes par une autre porte, mais je suis tellement à l’aise et euphorique que ça me semble normal.

En même temps, j’ai déjà tellement fait cette démarche, contacter, rouler, me présenter, observer... que c’est dans la continuité.

 

Et donc, j’envisage de proposer mes services, à l’occasion, et uniquement à mes conditions : à moins de 20 minutes de la maison, avec des horaires de traite arrangeants pour nous (genre tôt le matin et tôt l’après-midi), traite qui ne dure pas deux heures, possibilité, si besoin, d’emmener ma fille...

Dit comme ça, c’est un peu la recherche du loup blanc, mais parti comme c’est parti, ça va bien me trouver quand j’aurais envie de m’occuper d’un troupeau pour de bon !

 

Ca fait un bien fou de retrouver les vaches, les agriculteurs, et la route. J’en profite.

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05 février 2018

Musique !

Cinq heures du matin. La mélodie de "Washington Square", de Chinese Man, fait entendre ses premières notes. Je me réveille pour de bon, éteins mon réveil.

Je fais téter ma fille, lui explique tout bas que je vais aller travailler pendant qu’elle dort, papa reste avec elle, je reviens après, et la recouche endormie.

Lui n’a pas bougé, ni bronché.

 

Je descends silencieusement, enfile mes vêtements préparés la veille devant la cheminée : pantalon en grosse toile plein de poches, sous-pull thermique, pull.

Café-madeleines, j’hésite à remonter embrasser le Viking, renonce, quand... "tap tap tap..."... des petits pas en pyjama se font entendre à l’étage. Je guette... l’heureux papa n’a rien entendu, il dort comme un bienheureux, n’a pas bougé.

Bon.

Je monte... en haut, à la barrière, un petit lutin blond : "maman ?"

Un câlin tout chaud, plein de bisous, un rappel de la matinée à venir et des caresses plus tard, je la recouche, sur son père que j’embrasse.

 

Cette fois-ci c’est la bonne. Un dernier coup d’oeil, je me chausse, et sors.

 

Il neige, dru. Et ça tient. Super, l’heure de route va être simple.

Je referme la porte, repousse les volets - il faudra les lubrifier, ça grince - déneige la voiture et m’installe.

 

Quand je démarre, la voix de Joakim Brodén et la musique martiale de Sabaton éclatent dans l’habitacle.

 

L’excitation me noue les tripes.

Je manoeuvre, je pars.

 

Une heure à traverser les Monts d’Ardèche, au volant d’une voiture que je connais mal, de nuit, sous la neige qui s’accumule. Rythmée par la musique de The White Buffalo, Sabaton, Skuggsja, Chaman...

 

Je croiserai le premier chasse-neige à 6h30 pile.

 

Enfin, 6h50, j’arrive sur le parking de covoiturage où ma nouvelle collègue et formatrice du jour m’attend. On repart, elle montre le chemin.

 

Quand on arrive, c’est déjà préparé. 

 

Une bouffée d’émotion me fait tourner la tête quand je sens ces parfums, entends ces bruits... on salue, je me présente, et pendant que ma collègue s’installe, moi je charge mon nouveau matériel dans ma voiture.

 

L’éleveur appuie sur le bouton... c’est parti.

 

Hier soir, le Viking m’a sermonnée : "tu ne touches PAS aux vaches !!! Tu ne nettoies pas une seule mamelle ! Je te connais ! Et t’es pas là pour ça !!!"

 

Evidemment, j’ai désobéi.

 

J’étais euphorique, avec l’éleveur on a discuté, blagué, mon passé et mes compétences l’ont fait rêver : ils ont besoin de remplaçants, dommage que je sois si loin, en plus je fais aussi les tracteurs, et tous les systèmes, ah, vraiment, c’est dommage.

 

Ma collègue m’explique, le "bâton", le smartphone, les puces dans les tubes de tru-test...

 

Le reste, je connais déjà. La technologie est passée par là, mais à part ça, le métier n’a pas changé.

 

Fin de la traite, l’éleveur nous paye le café, on discute encore, du métier, de la météo, de l’avenir, des vaches...

 

Et puis il faut rentrer. Mon bébé me manque, le Viking est en congés.

Je recommence demain matin. 

 

Voilà, c’est acté. 

Je suis de nouveau peseuse au contrôle laitier.

 

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04 février 2018

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10 septembre 2017

13 lunes environ

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Je ne poste plus depuis pas mal de mois. 

Des fois ça me manque, mais il y a plusieurs raisons, que je trouve excellentes.

D'abord, je ne suis plus vachère. Peut-être que je reprendrai mon activité, pas en Service de remplacement mais en indépendante, un jour pas trop lointain ; mais pour le moment, je ne travaille pas, je suis à la maison et ça me va.

Deuxièmement, ce blog est celui de la "Vachère d'à côté", pas de "L'ardéchoise des plateaux", ni de mes galères de femme au foyer. 

Ensuite, eh bien...

 

Comme certains le savent, comme d'autres l'ont peut-être deviné, il y a 13 lunes environ, une petite créature, rose et pâle et blonde, s'est installée dans notre vie. 

Pendant 9 mois je l'ai couvée, hébergée, ai savouré ces mutations physiques et mentales. Après avoir accompagné si souvent mes vaches adorées dans ces épisodes, j'ai pris mon ticket pour le tour.

 

J'ai vécu ces changements, ces sensations, de deux façons, d'un côté en les savourant, émerveillée, et de l'autre de façon plutôt clinique, ressentant dans ma chair ce que j'avais observé chez mes animaux et mes soeurs, me disant "alors, c'est ça".

Depuis le début le Viking est là, partageant (bon gré mal gré) mes humeurs, états d'âme, changements physiques et hormonaux.

Subissant mes sommes intempestifs des premiers mois (yééééé ! 20h de sommeil sur 24h !), qui me rendaient capable de m'endormir au milieu d'une phrase, alors que j'étais réveillée depuis moins d'une heure...

Découvrant, avec moi, les premiers mouvements de cette petite chose, à 12 semaines de grossesse, qui lui a donné un bon coup de pied alors qu'elle se contentait d'onduler sous mes doigts...

Râlant quand il se prenait d'autres coups de pied dans la figure (ah oui, tu veux faire un bisou sous le nombril ? Bim dans ton pif !) ou quand je faisais une fixation sur un hypothétique sandwich jambon-beurre-cornichons...

Toujours présent, attentionné, aimant.

 

Et puis, à la fin, après une semaine de folie au boulot, avec des horaires indécents, 24h sans rien avaler, et seulement 2h de mauvais sommeil, il a vaillamment pris le volant pour nous conduire, pendant 1h30 de routes ardéchoises sinueuses, à la maternité.

Du début à la fin il a été là.

 

On a accueilli notre petite ardéchoise qui ressemblait à un gnome fâché, et depuis, on ne l'a plus quittée.

L'un comme l'autre on l'entoure, on la couve, on l'élève, la rassure.

JE la nourris, puisque, fidèle à mes bêtes, j'allaite.

 

Elle dit Papa et Maman, mais ne fait pas de différence ni de favoritisme ; si j'ai donné presque tous les bains ("pour moi c'est pas un plaisir de prendre un bain, je veux pas lui infliger ça"), on est presque au même niveau pour les couches changées, les vomis épongés, et surtout les endormissements et réconforts.

 

Les nuits hachées, les bercées, le "Kyrie des Gueux" chanté jusqu'à la nausée, les fous-rires partagés à deux ou trois, les jeux de bébé, le peau à peau tellement doux (même si ça tient chaud), les réflexions et imagination pour composer les repas, les dents qui percent et pourrissent la vie pendant plusieurs jours... sont notre quotidien, MON quotidien, puisque papa travaille.

 

Moi, j'ai choisi de ne pas retravailler, pas tout de suite en tout cas. Je ne fais pas d'enfant pour le faire élever par d'autres, et je ne vois pas l'intérêt de gagner le smic pour le dépenser en frais de nounou, transports divers, et en prime ne pas profiter de mon bébé.

 

Donc, j'ai raccroché la cotte de vachère, pour enfiler les t-shirts distendus et tâchés de lait de maman.

Je ne passe pas mes journées à glander, loin de là.

Mes boucs sont chez ma mère, intégrés au troupeau ; Yves le coq a disparu un jour de juin, La Chat en février, quant à mon chacon, Hannibal, il est mort en décembre, probablement une faiblesse cardiaque.

On a déménagé sur les plateaux, pour le boulot du Viking. On n'a pas de terrain, et on a des voisins.

Donc il me reste mes lapins (6 petits ont survécu cette année, sur le triple à l'origine), et mes deux chiens, Le Monstre et Le Chacal. 

 

Et Bébé-Soleil. Que j'occupe, soigne, embrasse, nourrit, surveille, câline... je la porte énormément, sur mon dos ou devant, avec des écharpes de portage colorées, ça me permet de vaquer un peu aux tâches de la maison.

Elle dort peu en journée, c'est compliqué ; alors j'ai peu de temps pour moi.

On se promène aussi, on mange des mûres (et de la terre, des cailloux, des pissenlits, de l'herbe, de l'oseille sauvage...), on regarde plein de choses...

 

Les vaches me semblent bien lointaines, d'autant plus quand j'ai mon petit poulpe agrippé à mon cou, qui renverse la tête en arrière pour quémander des bisous.

 

 

Je pourrais écrire des centaines de lignes sur les sentiments qui m'animent ; dire que quand elle dort, elle me manque, que depuis un peu avant sa naissance la peur s'est installée dans ma vie, peur de la perdre, qu'il lui arrive quelque chose...

Que je suis persuadée que si elle mourait, je n'y survivrais pas.

Je pourrais décrire ma façon de vérifier qu'elle respire toujours, quand mon coeur arrête de battre jusqu'à ce que je réalise qu'elle est toujours vivante.

 

Mes envies de la dévorer, de boulotter tout son petit corps rose et doux.

 

Dire que je ne vis que pour entendre son rire.

 

Mais c'est tellement bateau, presque toutes les mères ressentent la même chose.

 

Moins courant, je pourrait parler de l'amour et l'admiration que j'éprouve pour mon Viking de bonhomme, qui s'est trouvé aussi un rôle sur mesure dans sa peau de papa-poule protecteur.

Le plaisir que j'ai à passer du temps avec ma famille, mes soeurs, ma mère, ma tante, mes beaux-frères et frère.

 

L'étonnement et le plaisir, l'affection envers Gros-Goret, vieil ami de mon homme et parrain au top de notre Soleil, présent malgré la distance, impliqué et totalement gaga.

 

 

Mais c'est pas le sujet de ce blog. Alors j'évoque tout ça, sans m'étendre.

 

Il est en pause, j'ai beaucoup moins de temps (Philo, j'essaye de te répondre... mais y'a toujours une petite main pleine de doigts et des petits yeux fragiles qui veulent s'en mêler !).

Et surtout... JE SUIS MAMAN !!!

 

Le jour et la nuit, semaine et week-ends... jamais de cesse. Comme en agriculture. Sauf que c'est d'une petite d'homme qu'il s'agit, et pas celle du voisin : la mienne.

 

J'ai trouvé dans ce nouveau métier un bonheur et un épanouissement jamais égalés avec les vaches.

Alors je n'en parle pas, parce que c'est beaucoup trop courant et commun, et que je ne veux pas étaler la vie de mon bébé sur internet.

 

Mais voilà.

 

Depuis treize lunes environ, je suis maman. Et comblée.

Tout va bien donc.

 

(au moment où je finis cet article, l'homme est en haut, pour la 4e fois depuis 20h, pour la rassurer parce qu'elle se réveille en pleurant. Un héros je vous dis !)

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08 octobre 2016

Ultime sursis

Korpiklaani - Idja

La vie en Ardèche se déroule, régulière, sans trop de surprises.

La vie, en somme, avec ses nouveautés, ses changements, ses engagements. Ses mariages, ses naissances...

Niveau bestioles, comme mon proprio m'emmerdait vraiment trop avec mes boucs, et que je ne pouvais momentanément pas courir après eux toute la journée, je les ai confiés à ma mère ; ils se sont mêlés au troupeau sans difficultés. Ils me manquent...

J'ai mon coq, donné par ma mère, Yves (pour Yves le coq) qui fait sa vie avec son Yvette, seule poule survivante, une poule noire.
Mon Yves a un plumage qui ne ressemble à rien, un peu blanc, un peu roux, un peu moucheté de noir... tous les matins il vient taper à la fenêtre de la cuisine pour nous rappeler de lui donner les miettes du petit-déjeuner. Il est super sympa, toujours par là. Pas câlin, mais pas emmerdant : quand la chienne du proprio l'avait attaqué et qu'il s'était réfugié dans un trou sous un talus, il m'a laissé le choper, le prendre aux bras, et le caresser.

Tous mes lapereaux sont morts, systématiquement après les jours d'orage ou de pluie. Lapins hydrophobes ?

On verra l'an prochain, en attendant mes trois gros font leur vie tranquilles.

Non, le gros évènement de la semaine concerne la chienne, La Folle.

Il y a presque deux ans, en février 2015, elle avait zigouillé et bouffé un cabri d'une semaine chez ma mère.
On a voulu croire que c'était un accident, l'odeur du lait du bébé, elle lui a léché le cul et s'est emballée, etc...
On restait méfiants avec les jeunes, avec nous parfois, ayant été très menaçante à deux ou trois occasions, quand on la caressait, notamment une fois où ses dents ne sont pas passées loin de ma figure.

On faisait avec son hyperactivité ; elle avait parfois des incontinences, urinaires et fécales, sympas les surprises le matin au réveil au rez-de-chaussée...

Quand elle attaquait Le Monstre, on veillait, se disant que quand il en aurait marre de se faire laminer il se défendrait.

Je reste très vigilante au quotidien, la différence entre un Bébé-Soleil et un bébé chèvre n'est pas énorme, et en plus il peut y avoir de la jalousie, le Viking donne beaucoup d'attention au Bébé-Soleil...

Mais là, c'est allé trop loin : mardi soir, quand la centaine de chèvres du voisin descendait pour aller à la traite, elle s'en est pris à une chèvre.
Une adulte.
Les circonstances sont floues, l'identité de la chèvre aussi (une "jolie" chèvre ? Ou la vieille carne sur deux pattes et demie qui ne descendait même plus avec le troupeau tellement elle boitait ?)
Quoi qu'il en soit, elle l'a éventrée, lui a sorti les tripes, et l'a mangée toute vivante.
Quand le proprio est arrivé, nous a prévenus... la chèvre était encore vivante. La chienne couverte de sang. Inacceptable...

Pour le moment elle passe toujours ses journées dehors, avec une muselière en nylon.
On ne peut pas l'attacher, elle deviendrait encore plus cinglée, et probablement dangereuse.
On ne peut pas l'enfermer, on n'arrive déjà pas à être infaillibles quand elle a ses chaleurs, alors à long terme.
Construire un enclos ? Avec son coup de saut et sa manie de creuser, il faudrait faire un truc de plus de deux mètres de haut, et profondément enterré.
La donner ? À qui ? Et avec quelles conséquences, pour la personne autant que pour la chienne, qui est trop fragile psychologiquement...

On n'a pas trouvé d'autre solution.
Le Viking a pris la décision, j'ai fait les démarches, téléphone, rendez-vous...
Et c'est moi qui l'accompagnerai chez le véto lundi matin, à 9h.

Je sais qu'elle ne souffrira pas, j'ai assisté à l'euthanasie d'une vache, j'ai lu Fourrure...

J'ai le coeur lourd.
D'un côté je suis soulagée : finies les conneries systématiques, les fauteuils tachés, la merde et la pisse quand on s'y attend le moins.
Finis les hurlements de surexcitation dès que quelqu'un bouge à l'étage, et ce, quelle que soit l'heure... y compris quand on se retourne un peu trop fort dans le lit au milieu de la nuit.
Finie l'angoisse de jongler entre le Soleil, la chienne, surveiller toujours les bruits partout.
Et tout le reste.

Mais du coup, un chien en moins.
La chienne de l'homme que j'aime, sa fifille.
Plus d'oreilles pointues dressées, plus d'absence de queue, plus de blagues sur son gros nez rose.
Plus de poils incroyablement doux à caresser...

J'éprouve un terrible sentiment d'échec. Quand j'ai récupéré cette chienne à la Mesnie, avec le retour de son maître, elle était déjà cassée : le départ du Viking pendant six mois l'a rendue folle. Elle était chez ma mère, aimée, caressée, soignée, nourrie... mais elle n'avait plus son maître et ne l'a pas supporté.
Quand il est revenu, ça n'a pas inversé la tendance.
Et je n'ai pas su trouver les clés, les solutions, pour la calmer, l'apaiser.
Pas réussi à la faire se coucher de tout son long au soleil comme mes deux mâles (et comme tous les chiens), elle est toujours en tension, accroupie, haletante.
Pas réussi à la sécuriser suffisamment.

Je suis la première à dire qu'un taureau qui a le regard qui a chaviré une fois doit être éliminé le plus vite possible.
Notre chienne a vrillé plusieurs fois.
Quand elle a tué le cabri, quand elle a attaqué les chats, quand elle attaque Le Monstre, quand elle a essayé de me mordre au visage quand je la caressais, quand elle a fait la même au lauzeur qui la caressait (on lui avait trouvé la présence de ses chiots comme excuse), et toutes les autres fois...
Mais là, il ne s'agit plus d'une jeune bête qui nous appartient. Il s'agit d'une chèvre adulte, au voisin.

Et il y a le Bébé-Soleil.
C'est déjà suffisamment éprouvant d'avoir peur tout le temps, sans qu'en plus le danger vienne du foyer...

Je culpabilise aussi d'être soulagée de ne plus avoir ce souci.
Et je culpabilise de n'avoir pas su réparer cette pauvre chienne.

J'ai le coeur lourd, je compte les heures.
On l'enterrera lundi, au Domaine.
En famille.

Bordel, que j'aimerais pouvoir remonter le temps et annuler tout ça !

 

Excuse moi Idja. J'ai pas assuré. Excuse moi...

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11 mars 2016

Peur à retardement

Suite à l'article de Philomenne, sur le meurtre de la contrôleuse laitière en Aveyron, une prise de conscience s'est faite doucement... Un souvenir, pas enfoui puisqu'il est bien présent, mais très atténué, estompé.

Un véritable traumatisme vécu pendant mes derniers mois de remplacement.
Une ferme très sympa, dont j'avais déjà parlé ; le jeune Troriche je crois que je l'avais baptisé.
Ce jeune homme donc, associé a un célibataire de 50 ans, très gentil, très doux, qui a un chalet à côté de la ferme, mais qui vit encore aux trois-quarts avec sa mère.
Un monsieur discret, timide, super généreux.
Mais fragile.
Un lourd passé de dépressions nerveuses, avec des crises parfois grave.
Il vient de faire un séjour en maison de repos, l'associé fatigue, il part en vacances dix ou quinze jours, tranquille : je suis là.
J'ai à charge de faire tourner le troupeau, en cas de questions ou autres, je m'adresse à l'associé restant qui doit se reposer un peu.
Dès le début, ça commence bizarrement. Pour "simplifier les choses" dans le bâtiment pourtant fonctionnel, il a empilé deux balles rondes de paille au milieu de la case des génisses. Sauf que les génisses mangent le filet, se grattent dessus, et au final gaspillent beaucoup plus de paille que si on avait fait comme d'habitude, en paillant par la porte du couloir...
Ensuite, il décide de percer une porte dans le fond de la case des veaux. L'écurie est un couloir, les trente vaches sont attachées côte à côte, l'aliment est distribué au DAC et on trait avec des griffes à décro montées sur rail. Juste à côté de la porte (coulissante) de la laiterie, un renfoncement abrite quatre places attachées pour les veaux, avec porte-seaux et rateliers, veaux cul à cul, quatre (ou six ? ) places attachées côte à côte pour les génisses, et enfin un box de deux ou trois mètres sur quatre (à vue de pif et de mémoire) pour les veaux, avec râtelier, abreuvoir, porte-seaux... On vide le fumier très simplement, toutes les semaines, à la fourche en le déposant ou jetant dans l'évacuateur qui passe dans le couloir. Les vaches sont à cul côté veaux, avec donc l'évacuateur et le couloir (et le rail des griffes).
Tout le long du couloir il y a des fenêtres, orientées à l'est, qui éclairent le bâtiment.
C'est le fond de ce dernier box qu'il veut percer. Pour mettre une porte coulissante pleine.
J'ai beau lui dire que quand même, les veaux ont besoin de lumière et d'étanchéité, pas de courant d'air, il tient à son idée. Soit disant ça sera mieux pour le fumier, pour sortir les veaux, et je ne sais quoi.
Je ne veux pas y participer, j'ai déjà bien assez de boulot avec les vaches et les pâtures, le tonneau d'eau, les génisses à surveiller pour les chaleurs...
Il perce le mur avec le stagiaire.
Le parc des génisses commence à être râpé, je vais installer le prochain et mettre le couloir de fils entre les deux. Rien de plus simple, en théorie, tout est sur place, je n'ai qu'à remettre les piquets et le fil.
Sauf que A., l'associé fragile, a tout démonté, tout entassé en vrac en tas. Sans retirer le fil des piquets. C'est un tas de noeuds monstrueux. Je mettrai plus d'1h30 pour faire mes 200m de couloir...
Le parc, au bout, est dans le même état, et pire ! Il en a fauché la moitié. On ne sait pas pourquoi. Juste fauché et laissé sur place, alors que c'était déjà pas très haut. Je ne sais pas combien de temps elles vont tenir là-dedans...
Deux heures de mieux pour arriver à tout faire...
Pour emmener le jus jusque là, normalement c'est hyper simple : on raccorde à deux endroits et c'est réglé !
Mais là, pas possible. De toutes façons A. démonte mes raccords...
Parfois, quand j'arrive le matin, je trouve l'écurie allumée... Alors que le laitier n'y entre pas, et que je sais que j'ai tout éteint la veille.
Puis, je change les vaches de parc, les emmène un peu plus loin. Je dois faire des voyages avec les tonneaux d'eau.
Ca se corse, je ne trouve pas les clés des tracteurs... A. les a gardées et cachées, il a peur de malveillances.
Un jour, je vais chercher le tonneau (avant d'emmener les vaches en champ) et le mets à remplir pendant la traite, dans le but de l'emmener quand je sortirai les bêtes.
Quand je sors de l'écurie après avoir soigné, il y a toujours mon tonneau, plein, mais plus le tracteur. Plus AUCUN tracteur. A. est injoignable...
Les vaches n'auront pas d'eau ce jour là, puisqu'il a oublié les tracteurs dans des prés éloignés...
Une autre fois, il me demande de lui expliquer le fonctionnement de Bovitel, le logiciel de gestion de troupeau du GDS ; celui avec lequel on fait les déclarations diverses : naissances, sorties, etc.
Je passe deux heures à tout lui expliquer, point par point, il prend des notes à la main. Notes un peu aléatoires, mais il ne comprend pas la moitié de ce que je lui explique...
Tous les jours il coupe des quantités de bois astronomiques, qu'il stocke dans des grands casiers, qu'il empile un peu partout dans la cour et autour de la ferme.
Il se met en tête de construire une douche dans un coin de la cour, pour que je puisse me laver après le boulot - bien que j'habite à dix minutes en voiture...
Un jour, il débarque comme un furieux dans le bureau attenant à la laiterie, débranche le téléphone et l'emmène, en me sortant des explications totalement embrouillées et incompréhensibles.
Ça devient de plus en plus difficile de lui parler. Il court, littéralement ; il tourne en boucle, répète quinze fois les mêmes choses, quand je lui parle de quelque chose ou lui pose une question, il dit un truc totalement sans rapport.
Le matin, alors que je bois du café depuis le début, il me sert d'office un nesquik à l'eau chaude, comme lui. 
C'est franchement inquiétant, et usant. Si encore il me laissait bosser, mais il interfère  dans tout !
Sa mère tourne comme une toupie, inquiète et démunie.
Le stagiaire essaye de le surveiller, mais il est mineur.
La mère du stagiaire essaye de le contenir, l'influencer, sans résultat.
Jusqu'au final : jour férié, pluvieux, il attelle la faucheuse et part, sous la pluie (annoncée pour quelques jours), faucher les parcelles. Je n'ai même pas le temps de comprendre ce qu'il se passe.
Il fera le tour de presque toutes leurs parcelles. Deux, trois tours sur les périmètres et bordures et c'est tout. Sous la pluie. Beaucoup trop vite. Même dans les pentes.
Des voisins inquiets de voir le tracteur aller à cette vitesse folle et manquer de se retourner à tout bout de champ (c'est le cas de le dire) préviennent par téléphone la mère du stagiaire. 
Elle n'a pas le temps d'arriver que A. a déjà disparu : panne sèche en milieu de pré, il est reparti en courant pour prendre l'autre tracteur.
Il sera intercepté je ne sais plus où, et interné contre sa volonté.
J'apprendrai ensuite, de la bouche du jeune associé effondré, et très délicatement, que dans la voiture qui l'emmenait à l'hôpital il m'a accusé d'avoir volontairement, et violemment, pris l'ascendant, d'avoir bidouillé sur Bovitel contre son avis et sa volonté, d'avoir trafiqué je ne sais quoi sur les vaches...
Il avait pris tous les téléphones de la maison et de la ferme et les avait cachés dans différentes granges.
Il avait caché l'ordinateur dans un carton à la cave, et la prise de l'ordinateur et son chargeur sous son lit.
Il a planqué (et bien en plus, ils ont mis plus de dix jours à le retrouver, au fond d'une armoire reléguée au fond d'un garage fermé depuis un bail) le Livre d'Elevage.
Et je ne sais plus quoi d'autre...
En moins de deux semaines, j'ai assisté à une chute vertigineuse.
Et avec le recul, et l'article de Philo, l'événement d'Aveyron... J'ai peur. Et si...?
Il était devenu parano, persuadé que je voulais le déposséder...
Et si...?
C'est un des gros événements de cet été 2014 qui m'ont fait craquer...
Le reste de l'été a été pas piqué des hannetons lui non plus. Un mois et demi après l'internement de A., j'ai été arrêtée par le docteur, et incapable de reprendre mon boulot...

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02 mars 2016

La Mesnie s'agrandit !

Suite à une proposition de ma soeur ferrailleur, nous avons (j'ai) pris la décision de prendre des lapins à la maison pour faire un élevage de terrines.

Une fois l'emplacement des futurs clapiers arrêté, les clapiers en question réservés sur leboncoin (coup de bol, ils étaient sur la commune), il a fallu préparer leur installation et les monter.
Après moults échanges de sms avec la frangine, des photos du tour de la maison envoyées, j'ai arrêté mon choix : ils seront face au Nord, adossés au mur de la ruine au bout du jardin.
À l'origine la terrasse allait jusqu'au bout ; je ne l'ai pas connue, quand on est arrivés l'an dernier c'était déjà effondré.
Il a donc fallu virer les gadins (certains gros comme mon torse), terrasser un peu, aplanir, remblayer...
On a fini par y arriver, malgré les boucs qui se sont mis en tête de nous... Hem... "Aider".

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L'après-midi, montés tous les trois dans la voiture, on va chercher les boîtes à zoreilles, qui étaient nettoyées mais montées dans le jardin des vendeurs.
Pas plus mal, on a pu constater que tous les éléments y étaient, et surtout se faire une idée du fonctionnement du merdier.
C'est une vingtaine (?) de plaques de béton de différentes formes et tailles, assemblées avec des picots métalliques et des tiges filetées boulonnées.
On a un peu galéré, surtout sous le crachin glacial de ce 29 février, mais on y est arrivés (merci encore les garçons, moi, j'ai pas pu faire grand-chose).

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Les cabris se sont bien évidemment empressés de grimper dessus pour manger le lierre et faire les cacous.

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Le lendemain, il faisait super beau, on est allés au Domaine voir la famille, les gamins (on n'y avait pas fait notre visite dominicale), et on est rentrés avec les lapins gentiment donnés par ma soeur : deux femelles, une grise et blanche et une blanche avec un oeil bleu (que j'ai baptisée Bowie), et un mâle blanc cendré, un peu comme les chats siamois.

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Et c'est parti !
La confrontation boucs-lapins a été assez marrante, les caprins détalant comme des flipettes au moindre mouvement d'oreilles.
Ça n'a pas trop duré, même s'ils restent méfiants.
Quant aux lapins, ils sont tranquilles.
Ma soeur a mis la grise avec son mâle hier, je vais surveiller, attendre un jour ou deux avant de mettre Bowie à la saillie (qu'ils se soient bien adaptés au pays), et avec un peu de chance dans un mois et quelques on a des petits.
Bientôt, ce sera au tour des poules...

Posté par Vachere d_a cote à 19:33 - - Commentaires [2] - Permalien [#]