Cinq heures du matin. La mélodie de "Washington Square", de Chinese Man, fait entendre ses premières notes. Je me réveille pour de bon, éteins mon réveil.

Je fais téter ma fille, lui explique tout bas que je vais aller travailler pendant qu’elle dort, papa reste avec elle, je reviens après, et la recouche endormie.

Lui n’a pas bougé, ni bronché.

 

Je descends silencieusement, enfile mes vêtements préparés la veille devant la cheminée : pantalon en grosse toile plein de poches, sous-pull thermique, pull.

Café-madeleines, j’hésite à remonter embrasser le Viking, renonce, quand... "tap tap tap..."... des petits pas en pyjama se font entendre à l’étage. Je guette... l’heureux papa n’a rien entendu, il dort comme un bienheureux, n’a pas bougé.

Bon.

Je monte... en haut, à la barrière, un petit lutin blond : "maman ?"

Un câlin tout chaud, plein de bisous, un rappel de la matinée à venir et des caresses plus tard, je la recouche, sur son père que j’embrasse.

 

Cette fois-ci c’est la bonne. Un dernier coup d’oeil, je me chausse, et sors.

 

Il neige, dru. Et ça tient. Super, l’heure de route va être simple.

Je referme la porte, repousse les volets - il faudra les lubrifier, ça grince - déneige la voiture et m’installe.

 

Quand je démarre, la voix de Joakim Brodén et la musique martiale de Sabaton éclatent dans l’habitacle.

 

L’excitation me noue les tripes.

Je manoeuvre, je pars.

 

Une heure à traverser les Monts d’Ardèche, au volant d’une voiture que je connais mal, de nuit, sous la neige qui s’accumule. Rythmée par la musique de The White Buffalo, Sabaton, Skuggsja, Chaman...

 

Je croiserai le premier chasse-neige à 6h30 pile.

 

Enfin, 6h50, j’arrive sur le parking de covoiturage où ma nouvelle collègue et formatrice du jour m’attend. On repart, elle montre le chemin.

 

Quand on arrive, c’est déjà préparé. 

 

Une bouffée d’émotion me fait tourner la tête quand je sens ces parfums, entends ces bruits... on salue, je me présente, et pendant que ma collègue s’installe, moi je charge mon nouveau matériel dans ma voiture.

 

L’éleveur appuie sur le bouton... c’est parti.

 

Hier soir, le Viking m’a sermonnée : "tu ne touches PAS aux vaches !!! Tu ne nettoies pas une seule mamelle ! Je te connais ! Et t’es pas là pour ça !!!"

 

Evidemment, j’ai désobéi.

 

J’étais euphorique, avec l’éleveur on a discuté, blagué, mon passé et mes compétences l’ont fait rêver : ils ont besoin de remplaçants, dommage que je sois si loin, en plus je fais aussi les tracteurs, et tous les systèmes, ah, vraiment, c’est dommage.

 

Ma collègue m’explique, le "bâton", le smartphone, les puces dans les tubes de tru-test...

 

Le reste, je connais déjà. La technologie est passée par là, mais à part ça, le métier n’a pas changé.

 

Fin de la traite, l’éleveur nous paye le café, on discute encore, du métier, de la météo, de l’avenir, des vaches...

 

Et puis il faut rentrer. Mon bébé me manque, le Viking est en congés.

Je recommence demain matin. 

 

Voilà, c’est acté. 

Je suis de nouveau peseuse au contrôle laitier.

 

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