Ce soir, je suis rentrée de ma pesée en pleurant à chaudes larmes et gros sanglots.

Pas en raison de la pesée, de l’éleveur, ou de problèmes sur son troupeau (même s’il est plutôt poissard), ni en raison de soucis personnels.

 

C’est beaucoup plus simple, et crétin.

Cet éleveur utilise le même savon à mamelles que Monsieur Violette.

Quand je suis rentrée dans l’estanco où il y a l’évier, les savons, produits, et où il met ses lavettes à tremper, je me suis pris une grosse, très grosse bouffée de nostalgie et de mélancolie.

 

Avec l’éleveur on a discuté un moment de vaches, de leurs personnalités, j’ai évoqué ma Gala douce, qui se cachait derrière moi-même quand elle était grande, pour que les autres ne l’embêtent pas, de mes Rosine et Oasis, quand j’étais ado…

 

C’est peut-être un peu tout ça.

 

Donc, j’ai salué l’éleveur et son père, suis montée dans ma voiture, ai quitté la ferme, et me  suis mise à sangloter.

Un sentiment de manque, de chagrin, de bonheur enfui m’a submergé comme une vague.

Ma ferme à Bisounours me manque depuis le dernier jour où j’y ai travaillé. J’y pense souvent, même si j’évite de trop me pencher sur le sujet, ça fait encore trop mal.

Cet éleveur était le plus humain que j’ai rencontré, les rides qui plissaient son visage quand il souriait, toujours largement, illuminaient tout même quand les journées étaient sinistres.

Sa mère, douce, chez qui on buvait du thé au jasmin dont je n’ai jamais retrouvé le goût nulle part, et qui nous faisait toujours des pâtisseries à tomber par terre.

Son fils cadet, dont j’étais un peu amoureuse, tellement gentil et avec un si beau sourire.

Et, évidemment, le troupeau, sur lequel j’ai déjà écrit des tartines.

 

Ces gens et cette ferme m’ont rendue plus heureuse et vivante, et entière, que peu depuis. A part ma  fille.

 

Sauf que c’est fini, fini fini, je ne pourrai plus jamais revivre tout ça, sauf en pensées et en rêves.

Il a liquidé une bonne partie du troupeau, arrêté le lait (en théorie), et on a tous vieilli.

 

Il ne me reste que des souvenirs, et des odeurs… Et ça me chagrine…