Après les championnats de rodéo de cet été sur la commune (j'y ai seulement assisté, j'ai passé l'âge de ces conneries), l'"automne" est venu, avec ses tentations, ses résolutions... et ses propositions.

 

C'est ainsi que j'ai fait (encore) une traite un soir pour dépanner un de mes éleveurs de pesées (il habite juste à côté, et j'aime beaucoup aller chez lui : salle de traite par l'arrière super lumineuse, vaches bien dans leur tête et calmes, et jolies, éleveur sympa...) ; dans la foulée, une pesée s'est passée un peu différemment ailleurs.

Je n'étais pas très à l'aise sur cette ferme : pas très gros troupeaux, mais il y en a deux : une cinquantaine de vaches, environ 120 chèvres.

Je comprenais mal leur humour, leur façon de faire (c'est la première fois que je vois laver la salle de traite à la brosse et au savon après chaque traite, et une partie de l'aire d'attente entre chaque lot au jet)... Je restais perplexe.

Et un jour, en pesée, plusieurs vaches au pot au cours de la traite. La salle de traite est une tpa (traite par l'arrière) de 12 postes, les mêmes que chez le Grand Manitou. Avec le décrochage automatique, il faut passer le poste en "manuel" quand on trait au pot, sinon le décro, ne voyant pas de lait, débranche la vache rapidement.

Là, ils avaient la tête ailleurs, et ont oublié le manuel plusieurs fois.

Jusqu'à présent, je restais bien dans mon rôle de peseuse, sans toucher une vache hormis pour remonter une griffe qui souffle ou en remonter une qu'un vache aurait décroché d'un coup de pied.

Je devais avoir aussi la tête ailleurs, puisque, par réflexe, voyant des vaches décrocher trop tôt et personne en salle de traite (ils râclent les logettes, font boire les veaux...), sans réfléchir ni me poser de question, j'ai rebranché les vaches en question, appuyant sur les boutons de démarrage de la griffe, celui du mode manuel... sans réfléchir ni même regarder mes mains. Pour faire clair, le pilote automatique s'est activé.

Sauf qu'un des éleveurs est arrivé dans la salle de traite à un de ces moments et m'a vue.

Je me suis sentie un peu mal, un peu coupable, prise en flagrant délit de zèle pour accélérer la traite (si je n'avais pas rebranché les vaches, elles auraient été plus longues à traire ensuite...), à toucher à des trucs que je n'étais pas sensée toucher.

J'ai expliqué sans fioritures, "tu avais oublié le décro, donc ça les a débranchées, je les ai rebranchées du coup", et il me semble que c'est ce moment là qui a été un peu "charnière", un basculement subtil.

On avait pas mal discuté, ils connaissaient mon passé et mon parcours, mais j'avais soigneusement gardé mes mains dans mes poches jusqu'à présent, donc je pouvais très bien être simplement grandde gueule.

Le dimanche qui a suivi, en fin de journée, j'ai reçu un sms de la part d'un des associés : il est élu à deux trois trucs, avait une réunion prévue le lendemain matin, leur apprenti est en cours, est-ce que je peux venir traire ?

 

Et voilà.

Je suis à nouveau salariée au service de remplacement, affectée à cette ferme, pour quelques heures par mois pour mandat pro.

Je commence à bien connaître les vaches (au bout de trois traites et quelques pesées), j'ai bien pris mes marques. En vaches je n'ai fait que la traite.

 

Et là, je vais faire la semaine entière. En chèvres. La compagne de l'élu conduit le troupeau de chèvres, et ils veulent partir en vacances avec les enfants. Donc l'apprenti (que je connais, fils d'autres de mes éleveurs de pesées, et je l'apprécie beaucoup) sera aux vaches, tandis que je serai aux chèvres.

Lundi matin j'ai fait les vaches (côté gauche de la laiterie), lundi soir j'ai fait tout aux chèvres (côté droit).

La patronne a trait les vaches avec l'associé restant, pendant que je m'occupais des biques ; elle était à côté, prête à répondre aux questions et sollicitations, mais pas derrière mon épaule non stop.

Elle a géré comme rarement ma "formation", me donnant les indications précises et claires dont j'avais besoin, et me laissant me débrouiller tranquillement.

 

Pour la première fois depuis bien longtemps j'ai retrouvé cette galvanisation, cette énergie et cet enthousiasme.

J'ai retrouvé les gestes appris et mis au point pendant ces années ; balayer un couloir d'alimentation, repousser au balai la farine et les granulés, dérouler une balle ronde, faire un tas de fourrage à la fourche et le pousser le long du couloir, secouer les tas de fourrage pour les dépoussiérer et rendre plus appétents...

Des gestes qui m'avaient manqué sans que je m'en rende compte, des sensations (j'ai des épaules !!!) que j'avais oubliées... j'en aurais pleuré.

Je suis super motivée, le contrôle laitier reste prioritaire, on s'organise en fonction des pesées. Et entre les pesées, les traites.

Ou pendant, parfois. Ca dépend de la tête de l'éleveur, de mon humeur, et du troupeau... des fois je reste à ma table, des fois je suis sous les vaches.

 

Je suis de retour.