Korpiklaani - Idja

La vie en Ardèche se déroule, régulière, sans trop de surprises.

La vie, en somme, avec ses nouveautés, ses changements, ses engagements. Ses mariages, ses naissances...

Niveau bestioles, comme mon proprio m'emmerdait vraiment trop avec mes boucs, et que je ne pouvais momentanément pas courir après eux toute la journée, je les ai confiés à ma mère ; ils se sont mêlés au troupeau sans difficultés. Ils me manquent...

J'ai mon coq, donné par ma mère, Yves (pour Yves le coq) qui fait sa vie avec son Yvette, seule poule survivante, une poule noire.
Mon Yves a un plumage qui ne ressemble à rien, un peu blanc, un peu roux, un peu moucheté de noir... tous les matins il vient taper à la fenêtre de la cuisine pour nous rappeler de lui donner les miettes du petit-déjeuner. Il est super sympa, toujours par là. Pas câlin, mais pas emmerdant : quand la chienne du proprio l'avait attaqué et qu'il s'était réfugié dans un trou sous un talus, il m'a laissé le choper, le prendre aux bras, et le caresser.

Tous mes lapereaux sont morts, systématiquement après les jours d'orage ou de pluie. Lapins hydrophobes ?

On verra l'an prochain, en attendant mes trois gros font leur vie tranquilles.

Non, le gros évènement de la semaine concerne la chienne, La Folle.

Il y a presque deux ans, en février 2015, elle avait zigouillé et bouffé un cabri d'une semaine chez ma mère.
On a voulu croire que c'était un accident, l'odeur du lait du bébé, elle lui a léché le cul et s'est emballée, etc...
On restait méfiants avec les jeunes, avec nous parfois, ayant été très menaçante à deux ou trois occasions, quand on la caressait, notamment une fois où ses dents ne sont pas passées loin de ma figure.

On faisait avec son hyperactivité ; elle avait parfois des incontinences, urinaires et fécales, sympas les surprises le matin au réveil au rez-de-chaussée...

Quand elle attaquait Le Monstre, on veillait, se disant que quand il en aurait marre de se faire laminer il se défendrait.

Je reste très vigilante au quotidien, la différence entre un Bébé-Soleil et un bébé chèvre n'est pas énorme, et en plus il peut y avoir de la jalousie, le Viking donne beaucoup d'attention au Bébé-Soleil...

Mais là, c'est allé trop loin : mardi soir, quand la centaine de chèvres du voisin descendait pour aller à la traite, elle s'en est pris à une chèvre.
Une adulte.
Les circonstances sont floues, l'identité de la chèvre aussi (une "jolie" chèvre ? Ou la vieille carne sur deux pattes et demie qui ne descendait même plus avec le troupeau tellement elle boitait ?)
Quoi qu'il en soit, elle l'a éventrée, lui a sorti les tripes, et l'a mangée toute vivante.
Quand le proprio est arrivé, nous a prévenus... la chèvre était encore vivante. La chienne couverte de sang. Inacceptable...

Pour le moment elle passe toujours ses journées dehors, avec une muselière en nylon.
On ne peut pas l'attacher, elle deviendrait encore plus cinglée, et probablement dangereuse.
On ne peut pas l'enfermer, on n'arrive déjà pas à être infaillibles quand elle a ses chaleurs, alors à long terme.
Construire un enclos ? Avec son coup de saut et sa manie de creuser, il faudrait faire un truc de plus de deux mètres de haut, et profondément enterré.
La donner ? À qui ? Et avec quelles conséquences, pour la personne autant que pour la chienne, qui est trop fragile psychologiquement...

On n'a pas trouvé d'autre solution.
Le Viking a pris la décision, j'ai fait les démarches, téléphone, rendez-vous...
Et c'est moi qui l'accompagnerai chez le véto lundi matin, à 9h.

Je sais qu'elle ne souffrira pas, j'ai assisté à l'euthanasie d'une vache, j'ai lu Fourrure...

J'ai le coeur lourd.
D'un côté je suis soulagée : finies les conneries systématiques, les fauteuils tachés, la merde et la pisse quand on s'y attend le moins.
Finis les hurlements de surexcitation dès que quelqu'un bouge à l'étage, et ce, quelle que soit l'heure... y compris quand on se retourne un peu trop fort dans le lit au milieu de la nuit.
Finie l'angoisse de jongler entre le Soleil, la chienne, surveiller toujours les bruits partout.
Et tout le reste.

Mais du coup, un chien en moins.
La chienne de l'homme que j'aime, sa fifille.
Plus d'oreilles pointues dressées, plus d'absence de queue, plus de blagues sur son gros nez rose.
Plus de poils incroyablement doux à caresser...

J'éprouve un terrible sentiment d'échec. Quand j'ai récupéré cette chienne à la Mesnie, avec le retour de son maître, elle était déjà cassée : le départ du Viking pendant six mois l'a rendue folle. Elle était chez ma mère, aimée, caressée, soignée, nourrie... mais elle n'avait plus son maître et ne l'a pas supporté.
Quand il est revenu, ça n'a pas inversé la tendance.
Et je n'ai pas su trouver les clés, les solutions, pour la calmer, l'apaiser.
Pas réussi à la faire se coucher de tout son long au soleil comme mes deux mâles (et comme tous les chiens), elle est toujours en tension, accroupie, haletante.
Pas réussi à la sécuriser suffisamment.

Je suis la première à dire qu'un taureau qui a le regard qui a chaviré une fois doit être éliminé le plus vite possible.
Notre chienne a vrillé plusieurs fois.
Quand elle a tué le cabri, quand elle a attaqué les chats, quand elle attaque Le Monstre, quand elle a essayé de me mordre au visage quand je la caressais, quand elle a fait la même au lauzeur qui la caressait (on lui avait trouvé la présence de ses chiots comme excuse), et toutes les autres fois...
Mais là, il ne s'agit plus d'une jeune bête qui nous appartient. Il s'agit d'une chèvre adulte, au voisin.

Et il y a le Bébé-Soleil.
C'est déjà suffisamment éprouvant d'avoir peur tout le temps, sans qu'en plus le danger vienne du foyer...

Je culpabilise aussi d'être soulagée de ne plus avoir ce souci.
Et je culpabilise de n'avoir pas su réparer cette pauvre chienne.

J'ai le coeur lourd, je compte les heures.
On l'enterrera lundi, au Domaine.
En famille.

Bordel, que j'aimerais pouvoir remonter le temps et annuler tout ça !

 

Excuse moi Idja. J'ai pas assuré. Excuse moi...

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