IMG_2463

Je ne poste plus depuis pas mal de mois. 

Des fois ça me manque, mais il y a plusieurs raisons, que je trouve excellentes.

D'abord, je ne suis plus vachère. Peut-être que je reprendrai mon activité, pas en Service de remplacement mais en indépendante, un jour pas trop lointain ; mais pour le moment, je ne travaille pas, je suis à la maison et ça me va.

Deuxièmement, ce blog est celui de la "Vachère d'à côté", pas de "L'ardéchoise des plateaux", ni de mes galères de femme au foyer. 

Ensuite, eh bien...

 

Comme certains le savent, comme d'autres l'ont peut-être deviné, il y a 13 lunes environ, une petite créature, rose et pâle et blonde, s'est installée dans notre vie. 

Pendant 9 mois je l'ai couvée, hébergée, ai savouré ces mutations physiques et mentales. Après avoir accompagné si souvent mes vaches adorées dans ces épisodes, j'ai pris mon ticket pour le tour.

 

J'ai vécu ces changements, ces sensations, de deux façons, d'un côté en les savourant, émerveillée, et de l'autre de façon plutôt clinique, ressentant dans ma chair ce que j'avais observé chez mes animaux et mes soeurs, me disant "alors, c'est ça".

Depuis le début le Viking est là, partageant (bon gré mal gré) mes humeurs, états d'âme, changements physiques et hormonaux.

Subissant mes sommes intempestifs des premiers mois (yééééé ! 20h de sommeil sur 24h !), qui me rendaient capable de m'endormir au milieu d'une phrase, alors que j'étais réveillée depuis moins d'une heure...

Découvrant, avec moi, les premiers mouvements de cette petite chose, à 12 semaines de grossesse, qui lui a donné un bon coup de pied alors qu'elle se contentait d'onduler sous mes doigts...

Râlant quand il se prenait d'autres coups de pied dans la figure (ah oui, tu veux faire un bisou sous le nombril ? Bim dans ton pif !) ou quand je faisais une fixation sur un hypothétique sandwich jambon-beurre-cornichons...

Toujours présent, attentionné, aimant.

 

Et puis, à la fin, après une semaine de folie au boulot, avec des horaires indécents, 24h sans rien avaler, et seulement 2h de mauvais sommeil, il a vaillamment pris le volant pour nous conduire, pendant 1h30 de routes ardéchoises sinueuses, à la maternité.

Du début à la fin il a été là.

 

On a accueilli notre petite ardéchoise qui ressemblait à un gnome fâché, et depuis, on ne l'a plus quittée.

L'un comme l'autre on l'entoure, on la couve, on l'élève, la rassure.

JE la nourris, puisque, fidèle à mes bêtes, j'allaite.

 

Elle dit Papa et Maman, mais ne fait pas de différence ni de favoritisme ; si j'ai donné presque tous les bains ("pour moi c'est pas un plaisir de prendre un bain, je veux pas lui infliger ça"), on est presque au même niveau pour les couches changées, les vomis épongés, et surtout les endormissements et réconforts.

 

Les nuits hachées, les bercées, le "Kyrie des Gueux" chanté jusqu'à la nausée, les fous-rires partagés à deux ou trois, les jeux de bébé, le peau à peau tellement doux (même si ça tient chaud), les réflexions et imagination pour composer les repas, les dents qui percent et pourrissent la vie pendant plusieurs jours... sont notre quotidien, MON quotidien, puisque papa travaille.

 

Moi, j'ai choisi de ne pas retravailler, pas tout de suite en tout cas. Je ne fais pas d'enfant pour le faire élever par d'autres, et je ne vois pas l'intérêt de gagner le smic pour le dépenser en frais de nounou, transports divers, et en prime ne pas profiter de mon bébé.

 

Donc, j'ai raccroché la cotte de vachère, pour enfiler les t-shirts distendus et tâchés de lait de maman.

Je ne passe pas mes journées à glander, loin de là.

Mes boucs sont chez ma mère, intégrés au troupeau ; Yves le coq a disparu un jour de juin, La Chat en février, quant à mon chacon, Hannibal, il est mort en décembre, probablement une faiblesse cardiaque.

On a déménagé sur les plateaux, pour le boulot du Viking. On n'a pas de terrain, et on a des voisins.

Donc il me reste mes lapins (6 petits ont survécu cette année, sur le triple à l'origine), et mes deux chiens, Le Monstre et Le Chacal. 

 

Et Bébé-Soleil. Que j'occupe, soigne, embrasse, nourrit, surveille, câline... je la porte énormément, sur mon dos ou devant, avec des écharpes de portage colorées, ça me permet de vaquer un peu aux tâches de la maison.

Elle dort peu en journée, c'est compliqué ; alors j'ai peu de temps pour moi.

On se promène aussi, on mange des mûres (et de la terre, des cailloux, des pissenlits, de l'herbe, de l'oseille sauvage...), on regarde plein de choses...

 

Les vaches me semblent bien lointaines, d'autant plus quand j'ai mon petit poulpe agrippé à mon cou, qui renverse la tête en arrière pour quémander des bisous.

 

 

Je pourrais écrire des centaines de lignes sur les sentiments qui m'animent ; dire que quand elle dort, elle me manque, que depuis un peu avant sa naissance la peur s'est installée dans ma vie, peur de la perdre, qu'il lui arrive quelque chose...

Que je suis persuadée que si elle mourait, je n'y survivrais pas.

Je pourrais décrire ma façon de vérifier qu'elle respire toujours, quand mon coeur arrête de battre jusqu'à ce que je réalise qu'elle est toujours vivante.

 

Mes envies de la dévorer, de boulotter tout son petit corps rose et doux.

 

Dire que je ne vis que pour entendre son rire.

 

Mais c'est tellement bateau, presque toutes les mères ressentent la même chose.

 

Moins courant, je pourrait parler de l'amour et l'admiration que j'éprouve pour mon Viking de bonhomme, qui s'est trouvé aussi un rôle sur mesure dans sa peau de papa-poule protecteur.

Le plaisir que j'ai à passer du temps avec ma famille, mes soeurs, ma mère, ma tante, mes beaux-frères et frère.

 

L'étonnement et le plaisir, l'affection envers Gros-Goret, vieil ami de mon homme et parrain au top de notre Soleil, présent malgré la distance, impliqué et totalement gaga.

 

 

Mais c'est pas le sujet de ce blog. Alors j'évoque tout ça, sans m'étendre.

 

Il est en pause, j'ai beaucoup moins de temps (Philo, j'essaye de te répondre... mais y'a toujours une petite main pleine de doigts et des petits yeux fragiles qui veulent s'en mêler !).

Et surtout... JE SUIS MAMAN !!!

 

Le jour et la nuit, semaine et week-ends... jamais de cesse. Comme en agriculture. Sauf que c'est d'une petite d'homme qu'il s'agit, et pas celle du voisin : la mienne.

 

J'ai trouvé dans ce nouveau métier un bonheur et un épanouissement jamais égalés avec les vaches.

Alors je n'en parle pas, parce que c'est beaucoup trop courant et commun, et que je ne veux pas étaler la vie de mon bébé sur internet.

 

Mais voilà.

 

Depuis treize lunes environ, je suis maman. Et comblée.

Tout va bien donc.

 

(au moment où je finis cet article, l'homme est en haut, pour la 4e fois depuis 20h, pour la rassurer parce qu'elle se réveille en pleurant. Un héros je vous dis !)