C'est l'automne, avec ses fruits, ses parfums, sa fin de belle saison, ses projets. Son recommencement.

Cette année, plus précisément cet été, j'ai été gâtée : la Grenouille, qui a deux ans et demi et commence à parler, est de plus en plus attachante. 
Je me suis découvert un don de "tata universelle" avec la Puce-Crevette.
Ma plus jeune soeur a mis au monde, fin mai, une merveille de petit garçon, dont je suis folle.
Ma belle-soeur a fait de même trois mois jour pour jour après.
Et la Grenouille va avoir un petit frère ou une petite soeur incessamment sous peu.
Mes "dons" avec les animaux d'élevage mutent vers d'autres animaux : les petits d'homme.
Quand je vais au domaine familial - relativement régulièrement - je déplore de n'avoir que quelques heures, et seulement deux bras, deux jambes et une bouche pour m'occuper de mes petits.
J'essaye de ne pas trop m'immiscer dans l'élevage de ces mômes qui ne sont pas à moi.
Mais rien ne me rend plus heureuse, folle de joie, que d'entendre les éclats de rire de mon neveu de quatre mois quand il me voit, de faire des concours de sourires avec lui, de le dévorer de bisous, de le chatouiller quand je lui change sa couche et d'échanger des câlins avec quand il se frotte contre moi. 
À part, peut-être, d'entendre la Grenouille qui assène un "Tata" catégorique quand il s'agit de prendre la douche, se préparer pour la sieste, faire une chose ou une autre, ou aller courir dans les bois et donner des carottes aux chevaux.
Sa façon de me demander de faire la magie sur ses bobos, de se jeter dans mes bras ou sur mon dos pour des raisons souvent fallacieuses (une voiture qu'elle a entendu dans sa tête - le chemin est presque impratiqué - le débarquement du bouc et de ses chèvres, ou les chevaux qui arrivent d'un bon pas pour faire des caresses).
Les discours incompréhensibles qu'elle tient quand elle montre quelque chose : sa bassine pleine de plumes, ou n'importe quoi.
Quand je suis avec eux, plus rien d'autre n'existe. Le Viking pète régulièrement les plombs, quand je suis penchée sur le bébé il pourrait faire la danse du ventre que je ne m'en rendrais pas compte.
Je découvre un nouveau monde. J'ai hâte de voir le troisième arriver, pour connaître ce nouveau quelqu'un.
Quand je n'arrive pas à m'endormir, ils sont les images que je convoque pour chasser les monstres : leurs rires, leurs sourires, leurs bouilles mutines.
Peut-être, bientôt, ça sera mon tour. J'espère.
En attendant, je profite de mes petits anges, je leur donne toute mon attention et mon amour. 
Quand je constate la violence de mes sentiments à leur égard, j'appréhende un peu le jour où j'aurai mes propres petits.
Ça a commencé avec la Grenouille. Une énorme bête virulente dans le ventre, qui pourrait me rendre méchante. Un chat sur sa proie, un chien enragé. Toujours une antenne, une oreille tendue en direction du petit, prête à me précipiter au premier signe de douleur ou de malaise.
Un truc qui grogne et se gonfle, comme un animal en colère, quand il y a des tiers étrangers au cercle familial. Je veille. Qu'on ne s'avise pas de regarder mes protégés de travers.
Rien n'existe plus en dehors d'eux. Satisfaire leur faim, leur soif, leur confort. Et les entendre rire si possible.
Quand ma plus jeune soeur me confie son fils, je ne fais rien d'autre. Je l'observe dormir, je le berce, je lui parle et joue avec, le promène. Sans interruption.
Quand la Grenouille est sous ma garde, je suis capable de traverser tout le domaine en la portant sur mon dos juste parce qu'on veut aller voir le fond du vallon. 
Ces deux crapauds (le fils de ma belle soeur je le revois dans deux semaines) ont énormément contribué à me rééquilibrer. Quand on doit s'occuper d'eux, on n'a plus le temps de penser à ce qui ne va pas. On ne pense qu'à s'émerveiller devant cette Vie.
Et le reste du temps, chez nous, je m'occupe.
On fait du bois, je fais la maison, ménage, lessive, cuisine...
Je câline mes animaux (d'ailleurs La Chat vient de s'installer sur mes genoux en ronronnant), joue avec mes cabris.
J'élève des orchidées, des plantes.
Je commence à en avoir une petite collection, six ou sept pieds, toutes différentes, qui luxurient et fleurissent.
Je réfléchis à l'amélioration du grenier, une meilleure organisation des plantes vertes (mes orchidées sont sur le séchoir à châtaignes, avec trois ou quatre autres plantes ; une petite étagère à côté, devant la fenêtre au sud, supporte six ou huit autres pots. Quant au pied de la fenêtre, il y a l'avocatier du Microbe) pour en simplifier l'entretien et la manipulation. Mon énorme bégonia suspendu sous le toit permet d'assommer régulièrement ceux qui passent trop près, tandis que la suspension du spatiphyllum s'est cassé la gueule et attend une réparation.
On a rallumé la chaudière pour avoir de l'eau chaude. La vie suit son cours, avec des rêves et des projets...