Il y a quelques jours, j'ai reçu un appel en absence pendant la sieste : Madame Sans-Soucy, l'éleveuse de veaux de lait de novembre !
Elle me disait qu'elle avait appelé le Grand Manitou pour être remplacée le 21 (aujourd'hui), qu'elle m'avait demandé moi, pour plus de praticité (moi je connais la ferme), et comme on s'appelle régulièrement, elle concluait en me disant que ça me ferait des vacances !
En effet, entre 140 bovins débiles, et 15 vaches, un taureaux, et 12 veaux, y'a pas photo !

Donc après organisation des quatre partis (Grand Manitou, le patron des 140, madame Sans-Soucy et moi), tout est réglé : j'ai eu quatre jours de congé le week-end du 15, donc mardi-mercredi au 140 Connasses, jeudi glande (et câlins en visite aux bisounours) et aujourd'hui aux veaux de lait.

J'ai réglé mon réveil une heure plus tard, et effectivement...
J'ai senti comme un parfum de vacances. Grasse matinée (6h ! youhouuu ! ), le chien Zébulon qui fait des fêtes, mes deux chiens avec moi, retour en haut dans le petit bâtiment.

Les vaches m'ont évidemment toutes reconnue, et saluée ; même Nin-Nin a montré qu'il se souvient bien de moi, et avec respect : il n'a pas essayé de tester comme parfois.

Les plus gros veaux encore là aussi m'ont reconnue, et celui qui était tellement malade en novembre, qui avait failli y passer, que j'avais soigné, retapé, et même habillé en lui faisant une tunique de sacs remplis de paille est venu me faire des fêtes ! il s'est précipité à la barrière pour faire des caresses quand je suis arrivée.

Prise de repère, découverte du mot immense et décoré qu'elle m'a laissé pour les consignes, je suis bien, seule, les chiens jouent dehors, j'ai l'impression de prendre possession d'un châlet pour le week-end.

C'est un peu le cas. Je vais lentement, très lentement (j'ai l'impression), mais je finis largement dans les temps !
Ca tête bien, se passe bien, les gestes sont là.

Ca sent un peu Noël, j'avais fait, pour dépanner, deux jours les 25 et 26 décembre. Un Noël particulier, passé presque seule, et dans le silence.
Les branches de houx accrochée partout (pour les dartres) accentuent cette impression.

Je vais, je brasse, je vire, je nourris.
Par moments, le courant d'air de la porte m'amène le parfum légèrement mentholé de l'haleine des vaches.
Il pleut à seaux, j'entends le crépitement des gouttes sur le toît. Mais on est à l'abri, à la lumière, dans le calme, et cette odeur fraîche de pluie et de rumination, mêlée à celle de la paille bien séchée que je viens d'étaler sur l'aire, fait comme un gonflement dans la poitrine.

Je caresse, je gourmande les veaux qui préfèrent se balader que têter, je rigole en voyant la grande croisée aubrac qui manoeuvre super bien entre les mamans.

On est bien.

Un petit traitement à administrer à tous les veaux, à la seringue, à base de plantes (ça sent super bon !), une piqure pour un qui est un peu fiévreux... Les vitamines des vaches, le regain... Toutes ces odeurs m'apaisent.

Quand finalement je me pose pour boire le café, je découvre que la patronne m'a laissé un croissant aux amandes pour le petit-dèj. Merci !
Et comble de chance, mon café est super bon.

Dernier tour dans l'aire pour mettre de l'eau aux veaux, jeter un dernier coup d'oeil.

Dernière grosse surprise de la matinée : Prune, vieille peau très craintive (elle se fait brutaliser par toutes les autres) vient me réclamer un câlin, alors que je pouvais tout juste la toucher en liberté habituellement !
Je m'exécute de bonne grâce, la gratte, la frotte, la caresse, pendant dix bonnes minutes.

sans-Soucy, la mascotte, ne s'en mêle même pas, et viendra juste faire une bise et une caresse au moment où je partirai.

Je suis bien.

Zébulon le chien est content, je l'attache dehors pour la journée.

Ca sent le frais. Presque les vacances...

De retour à la maison, je fais une proposition à l'Apprenti : vu que j'ai été en congés hier, que ce week-end on n'a rien de prévu, et que demain la patronne fait ses colis de viande... Je vais lui proposer de prolonger mon remplacement d'une journée : pour elle, ça lui laissera tout loisir de faire ses paquets et de les livrer, quant à moi, ça me fera un week-end occupé, une parenthèse de calme et de sérénité dans le rythme habituel du mois de février.

Après tout... j'occupe mes week-end comme je veux, et j'ai besoin de souffler.

Et il faut absolument que je sente à nouveau cette odeur fraiche et légèrement mentholée, qui m'a fait voir la journée en vert pendant un instant.