Ca fait un bail que j'ai pas donné de nouvelles.

Depuis le 13 janvier, j'ai quitté mes bisounours. Ca a été une grosse claque dans la gueule, je m'y attendais pas, j'avais commencé à m'organiser à la ferme pour y passer l'hiver, et du jour au lendemain, BAM. Mobilisée à perpète, 15km de chez moi (contre 25 chez les Bisounours), mais le jour et la nuit.

J'ai 60 vaches à traire en salle de traite 2x6 ; en tout, près de 140 bestiolles, en comptant le renouvellement.
Il y a un salarié, jeune, avec qui je bossais au début ; à présent, on se relaie plus souvent qu'autre chose.

J'ai plein de jours de congés, en milieu de semaine, comme ça. Jours dont je ne peux pas faire grand chose, à part dormir. Ca fait du bien.

Le troupeau aussi est différent : là-bas, ils considèrent que les vaches sont des animaux stupides. Et vu qu'elles ne le sont pas, elles en rajoutent une couche.
Du coup j'ai un troupeau de connasses décérébrées. Un mois et demi de fréquentation, elles commencent à peine à se "décoincer" et me montrer que certes, elles sont crétines mais elles le font exprès. Mais c'est pas encore ça...
En salle de traite, elles chient, régulièrement, pour rien. parfois les quais et la fosse sont crépis, moi aussi, et je pleurerais assise par terre de lassitude, de ras-le-bol, du manque de mes vaches à moi.

La machine à traire est très vieille, c'est un système à la con, mais intéressant. Un coup à prendre...

Tout le fonctionnement du bâtiment et des soins est très bien pensé et organisé, ce qui fait qu'on se fatigue un minimum, on force très peu, et on va vite : le valet de ferme, que j'ai mis un moment à prendre en main, en est l'élément principal.

Moi je l'appelle le Tagazou, il est vert, c'est un "Avant" ; il est articulé au milieu, et les roues arrières sont directrices. Génial, mais heu... déroutant.

Je me lève à 5h pour y travailler, contre 6h avant. je fais moins d'heures, c'est plus facile physiquement, mais nerveusement, moralement, j'en chie.

Des fois j'ai peur, comme pour mon dernier article. Et puis ça passe.

J'ai beaucoup trop de temps pour cogiter, du coup ça brasse. Les évênements des derniers mois sont beaucoup trop vifs, douloureux, les interrogations, remises en question trop lancinantes. Et pas une seule bête pour faire un câlin de réconfort, je ne peux même pas avoir mes chiens avec moi sur la ferme.

Ce temps de merde, cet hiver incertain, ça colle la noille aussi.

Il y a parfois des moments de grâce, un rayon de soleil, une tâche de lumière dans la vallée en dessous, les veaux qui jouent... Une vache (une seule !) qui fait quelques caresses...


Je prends quelques respirations, à l'occase : une visite tous les 7-10 jours à mes bisounours, où je me frotte, me serre, contre mes grosses bêtes, où je m'emplis de câlins et de douceur, me couvre de bave et de poils.
Me laisse complaisamment lécher, manger par les veaux, les génisses, les vaches.
J'y suis retournée hier, presque une heure à me rouler sur Aphrodite, à me frotter aux génisses, à m'enfouir la tête dans les oreilles d'Eurydice. Même Déméter m'a fait UN CALIN !! elle qui est d'habitude la moins câline de toutes...
Mais ces séances me laissent mélancolique. Elles me manquent encore plus fort quand je les quitte.

Je suis en manque affectif ruminant, j'ai une énorme carence de contact.

L'Apprenti n'est pas assez velu ou baveux, ni massif, pour y remédier pleinement.


Quelques sorties les week-end, en faisant attention, parce que ma nouvelle voiture est là, et loin d'être finie de payer.

J'ai prévenu le Grand Manitou : à la fin de ce remplacement (normalement à la fin du mois de février), j'ai un urgent besoin de VACANCES. Des vraies.

Quitter la région Rhône-Alpes, trop chargée à mon goût en plein de choses lourdes, pour aller voir ailleurs si j'y suis. L'Alsace, la Bretagne, le tyrol... Ailleurs.
J'aurais voulu trois ou quatre semaines, si j'ai une semaine ou dix jours ça sera le maximum : une de mes fermes est en galère terrible, et ils me demandent moi.
En détresse morale, financière, et la santé en vrac. La totale.

Sauf que je n'assurerai pas si je n'ai pas de quoi souffler... On verra.


En tout cas, cette région Rhône-Alpes, j'en peux plus.
Les Savoie me sortent par les trous de nez, l'Ain je ne veux pas en entendre parler, l'Isère et le Lyonnais c'est hors de question, quant aux autres... Il me font peur à présent. J'hésite.

Je suis libre, je peux aller n'importe où. Quand je serai libérée de mes engagements ici, on ira ailleurs. On réfléchit où.

De toutes façons, on peut difficilement se louper : si c'est pas mieux là-bas, on ira ailleurs...

Ma résistance a beau être très élastique, j'arrive en bout de course là. Les rêves et les projets que je fais me donnent un peu de mou, l'énergie pour tenir encore un peu... et encore un peu...

 

J'ai été, tout au long de cette année, dans des états "pires" que celui-là, parfois au bord du Lac. Sans jamais sauter.

 

Cette fois-ci, ce n'est pas de cette amnière, c'est beaucoup plus "sourd" et profond. Un malaise toujours là, qui me fait me balancer sur place pour essayer de garder contenance.

 

J'ai vraiment besoin d'air.