Il y a un sujet que je veux aborder depuis longtemps, sans trop savoir par quel bout le prendre.

 

C'est celui des relations avec les patrons, et de l'intimité qui s'instaure.

 

Comme je l'ai déjà dit et répété, le milieu agricole est complètement à part ; les rapports aussi.

 

En effet, QUI, ayant un boulot normal, peut se vanter de manger tous les jours chez son chef, ou son patron ? 

Qui est capable de relater un petit déjeuner, avec tartines, café ou chocolat chaud, et casse croûte ?

Qui boit le café, dans un coin de la cuisine, en silence, à 5h du matin ?

 

On a ce côté là de l'intimité : comme Philomenne le décrit si bien, on voit régulièrement le boss en caleçon ou slip...

Il y a les matins, la tête dans le seau, cheveux comme passés à la brosse des vaches (la grosse rotative.... :D ), à peine au saut du lit. 

Il y a le fait qu'on mange dans SA cuisine, qu'on va pisser dans SES chiottes, se laver les mains dans SA salle de bains, et éventuellement baver sur les coussins de SON canapé pendant la sieste. 

 

Quel que soit l'âge ou le statut marital, on connait beaucoup de choses de celui qui nous commande. Sa maniaquerie de la propreté (ou pas), du rangement, etc...

 

Et toujours, le patron, en plus d'être un homme comme les autres, a une famille.

Ca, c'est l'autre côté de l'intimité : on boit le café avec sa mère, discute le bout de gras avec son père (et souvent on répond à leurs questions super indiscrètes), on joue avec les gamins, et on discute avec sa femme.

 

Bon, moi, je crains un peu, je me souvient plus facilement du nom et de la tête des vaches que des gones... mais ils le savent et en rigolent.

 

Parfois on vit même avec eux, presque membre de la famille : quand on est loin et logés... dans ces cas là, c'est la bonne nuit après la tisane le soir, les mômes dans les bras ou nichés contre nous pour qu'on leur lise un livre ou regarde un peu la télé, éventuellement les rencontres inopinées devant les WC dans la nuit, en pyjama et les cheveux façon Méduse. Et c'est des patrons, des chefs. 

Quand on est dedans depuis toujours ou presque, ça ne surprend plus.

 

Ce genre de proximité est quand même un peu délicate : à la base c'est pas des amis, c'est des gens chez qui on va travailler, et le repas de midi, le café du matin, ne sont pas forcément la marque de la "superpotisation".

 

J'en avais déjà parlé, régulièrement ils se confient, plus ou moins clairement, franchement, petit à petit, au fil des "missions", sur leurs états d'âme et leurs soucis.

Il y a presque forcément un retour, on raconte, on lâche...

 

Certains, comme le Grand Manitou chez qui je suis cette semaine, pourraient être notre père ; comme aussi les Grands Pervenche, dont le fils, mon Patron, a quatre moins de moins que moi. Le Big Boss également.

Beaucoup en fait.

Ca m'arrive, des fois, quand j'ai un trop plein sur le coeur, de m'épancher un peu, demander conseil. 

 

D'autres fois, j'aborde des sujets bien plus délicats.

 

Mais il y a toujours une certaine distance qu'on garde instaurée. 

 

Sauf dans un cas, chez les Pervenche. J'y ai passé toute la semaine du 20. Le jeune était en vacances, je suis restée à la maison avec les parents, vraiment pas vieux (la cinquantaine tout juste) et la petite dernière, 15 ans.

 

Ce sont les gens les plus gentils que je connaisse je crois. Très vite la "connexion" a été rétablie entre nous, et on a parlé, parlé parlé. Le papa est un amoureux de vieilles mécaniques, heureux possesseur d'une 202 comme neuve grâce à ses soins, d'une autre à retaper, d'une R8 (pas Gordini, une "civile"), d'une Sirocco... qui ne demandent que du temps et un peu de matos.

La maman est d'une gentillesse, d'une écoute, d'une générosité et d'un amour incroyables.

Leurs trois enfants, Patron compris, sont sur le même modèle.

 

On ne faisait pas beaucoup d'heures, on a beaucoup dormi (le patron sur son lit, la patronne sur son fauteuil, la "Petite" et moi chacune sur un canapé), j'ai eu une vraie vie de famille pendant une semaine.

 

J'ai pu explorer l'atelier merveilleux du Chef, dans lequel il y a tellement de merdier qu'une chatte n'y retrouverait pas ses petits, mais où on peut trouver tout le reste. Du matos en tout genre, un vrai bonheur.

Il m'a aussi ouvert l'appentis de la R8 et de la vieille 202, on a parlé mécaniques et astuces de bricole (il est mécano agricole, du genre surdoué et génial), et avec la patronne parlé de tout et rien.

 

Quand à la Petite, on a blagué, discuté... 

 

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la maman. Le Patron était revenu dimanche, et ils m'ont invitée au dit anniversaire.

La Vachère, la remplaçante quoi, la salariée occasionnelle... Invitée à l'anniversaire, au milieu de la famille "stricte" : papa, maman, Patron, Grande fille et son homme, et Petite soeur !

 

C'est là, je crois, que j'ai vraiment réalisé que ce sont des amis, avec un grand "A". On s'apprécie énormément mutuellement, je me confie à eux presque comme à mes propres parents.

 

Quand la ferme a brûlé cet hiver, j'ai filé directement chez eux pour en parler à la Maman. 

On parle de tout, et essentiellement de sujets "sensibles" et qui nous touchent.

Je leur demande conseil... et inversement.

 

Ca me faisait déjà cet effet, l'année dernière, d'avoir trouvé une famille. Mais là c'est vraiment définitif.

 

Ca fait tout drôle. 

Ca fait tout chaud aussi.

 

Ce sont également les seuls patrons à qui j'ai parlé de ce blog. Je ne sais pas s'ils l'ont lu, déjà. Mais quand j'arrive, le Chef me salue toujours par "tiens ! voilà la vachère d'à côté !". Ca nous fait rigoler.

 

Depuis ce midi, j'essaye de "digérer" le concept. Le passage du statut "patronal" au statut familial. 

 

On a beau être habitué aux rapports biscornus avec les gens, ça fait toujours un choc.

 

D'un autre côté, de parler de mes projets de vie et professionnels avec le Grand Manitou, c'est spécial aussi hein.

 

Tout comme parler librement de sexualité et sentiments avec le Big Boss. 

 

Hem...

 

Je pense qu'on peut l'expliquer par le fait que des collègues de boulot comme on peut en avoir, je suppose, dans un bureau, j'en ai pas, et que ma vie sociale est à peu près aussi animée que mon chat Ludovic. 

 

Voici, d'ailleurs, en cadeau, le dit chat.

Je raconterai son histoire un jour.... D'ici là, je vais digérer !

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