Pouceurs, pouceuses
J'ai beau être totalement asociable, pas aimer les gens et tout, j'ai toujours un réflexe quand je vois quelqu'un sur le bord de la route, surtout quand il fait froid, moche, ou nuit : je ralentis, regarde vite fait la tronche de l'individu, et en général je m'arrête.
La ferme où j'étais depuis le début de la semaine (le Grand Manitou m'a appelée à 21h15 pour m'envoyer ailleurs) est à 20km de ma maison (de la porte à la porte). Et la route passe par une commune qui est essentiellement composée d'un lycée pro et agricole.
Du coup, c'est souvent que, soit à la sortie de ma ville (oui, je vis en ville, pour les soirées pizzas-bières-zombies c'est plus simple), soit au niveau du lycée, il y aie des gens, en général des jeunes, qui font du stop.
Parfois c'est juste pour aller à la commune à côté, à 3km ; parfois, ils veulent traverser le département.
Des fois, juste rentrer chez eux.
Alors, sauf quand je suis vraiment à la bourre (en comptant le quart d'heure savoyard), je m'arrête et je les ramasse.
Je jette mon sac à main derrière, dis au chien d'être sage, s'ils sont plusieurs je jette tout en vrac sur le côté pour dégager une place ou deux sur la banquette, et j'embarque.
Quel que soit leur état de propreté, d'ailleurs ma connasse de frangine va dire qu'ils ont plus de risques de se salir en s'asseyant dans ma voiture que de pourrir mes sièges. Elle a pas tout à fait tort.
Et, quand j'ai du temps, comme ce soir où j'ai pris deux jeunes hommes, comme en janvier, un jour où il pleuvait à seaux, j'avais dix-quinze minutes d'avance (la course que je devais faire avait été plus rapide que prévue) et j'avais ramassé une fille et un garçon qui voulaient aller à 30-35km de là... je les emmène le plus loin possible.
En janvier, je les ai avancés le plus loin possible sans me mettre en retard, au delà du dernier rond-point merdique, à une dizaine de kilomètres de leur destination. Ce qui restait, c'est une route très fréquentée, et merdique à cause des camions. Je mets un temps monstre pour parcourir ce morceau en général. J'aurais eu dix minutes de plus, je les aurais posés où ils voulaient, c'est pas pour dix ou quinze minutes...
Ce soir, en rentrant, gros carrefour, il fait nuit, c'est presque 20h. Je vois vite fait deux silhouettes en noir qui tendent le bras, un coup d'oeil au rétro pour vérifier, c'est bien ça.
Bon.
Je suis seule avec mon chien, il fait pas hyper froid mais quand même quand on piétine ça va vite.
y'a déjà au moins dix bagnoles qui sont passées sans ralentir.
Je m'arrête, me retourne... z'ont pas vu. Un coup de klaxon, ils ont pas l'air d'y croire... Leur destination c'est la ville un peu plus loin que la mienne, à une quinzaine de kilomètres. Vu l'heure, ils vont en chier...
Personne ne m'attend, le Viking travaille tard, et ce soir encore plus. Mon manger est près y'a plus qu'à réchauffer... Je leur propose de les emmener à destination.
Ils acceptent, mais un peu emmerdés, je suis pas trop fatiguée ? je veux qu'ils me payent l'essence ? non, non, et non. C'est gentil, mais si j'avais été fatiguée ou quoi, je leur aurais pas proposé...
On a discuté pendant le trajet, de leur métier, du mien, de films, d'internet... Je finis par les poser à un endroit que je connais, juste à côté d'une salle de concert où je suis déjà allée.
Ils me remercient encore, me souhaitent bon courage, bonne continuation, et merci encore, etc...
Puis je rentre, tranquillement.
Cet aprèm, en allant travailler, en passant près du lycée, un jeune faisait du pouce aussi. J'avais de la marge un peu, donc je m'arrête. Lui, il allait seulement à l'hosto à trois kilomètres.
Il m'a dit qu'il venait de la mairie, où il a déclaré sa petite fille... il vient d'avoir une petite fille !
Il était tout ému, fatigué, et réalisait pas vraiment.
Ca fait plaisir de rencontrer des gens heureux comme ça.
Tout ça pour dire que ça m'arrive souvent de prendre des auto-stoppeurs. Je me souviens comme ça me gavais, les fois où j'en faisais, et que personne s'arrêtait. Surtout quand il pleut, que ça caille, et que les bagnoles passent bien vite contre pour nous éclabousser.
Et contrairement à ce qui semble évident... je leur parle pas. Eventuellement je leur demande depuis combien de temps ils attendent, mais c'est tout.
Ils me racontent des trucs par contre, me posent des questions... Une fille qui pue l'étable, c'est rare !
Et le chien fait de l'effet, avec son regard bête et son sourire crétin, pis comme il est sage, et tout ça... Il a du succès !
Alors bon... j'aime pas les gens, j'aime pas les touristes, mais j'aime pas voir les gens en chier pour se déplacer en se pelant le cul.
Ou crevant de chaud.
Pis si je peux rendre service...
Et non, j'ai pas peur. Parce que j'ai le chien, (qui sert à rien mais ça dissuade un peu quand même), que j'ai un arsenal monstre dans ma voiture, des couteaux en tout genres dans mon vide-poche et sous mon siège, et que... bah... C'est moi qui conduis :D
Et si ça me prend l'idée de piler ou de zigzaguer, je le fais !
Et faut arrêter de croire les bobards de la télé aussi.
Les auto-stoppeurs, c'est rare quand c'est des tueurs psychopathes. Et même, c'est rare quand ils s'attaquent aux pauvres jeunes filles faibles et sans défense (qui crachent leurs poumons) !