La douleur est une information
Série pas très gaie ces derniers temps, ça changera, vous en faites pas. Mais là c'est un article chiant, vous pouvez le sauter.
Je m'interroge pas mal en ce moment.
Déjà, je me rends compte que, plus j'en apprends, moins j'en sais.
Le remplacement n'est pas forcément la meilleure des écoles : face à un problème, une situation donnée, je me retrouve face à plusieurs possibilités et solutions.
Par exemple, un vêlage : je le tire ? je le tire pas ? j'attends ? j'aide ? je savonne ? je graisse ? je mouille ? je fais rien ? elle doit être debout ou couchée ?
Suivant les agriculteurs, chacun combine le bazar à sa sauce.
D'autant plus que cette année, je n'ai eu que des gros veaux.
Sinon, il y a aussi des situations (là j'en ai plus en tête) où il y a plusieurs possibilités d'action/solution, qui sont aussi bonnes les unes que les autres. Comment choisir ?
Chaque fois qu'une bête est malade, je suis confrontée à un nouveau truc complètement farfelu.
Des acidoses, des problèmes de rumination... si seulement j'avais pu en avoir plus souvent ! je sais comment réagir, même pas besoin de calculer : un sachet de rumigastril, à la bouteille ou au pistolet drogueur, et c'est reparti !
Mais là... des mammites infectieuses où il ne sort que du pus d'une traite à l'autre, des mammites à grumeaux, des grumeaux sans mammite, du lait jaune, rose, noir (ce coup là j'avais pas compris, la vache Milka était chez moi ??? ) alors que le Teepol, les tests... ne donnent rien, que la vache mange, rumine, n'a pas de température, que l'eau est propre, etc...
Une mammite collibacilaire, c'est facile : fièvre + perte d'appétit + lait dégueu voire plus de lait du tout => véto illico, antibiotiques etc.
Une fièvre de lait, idem ! véto, on fait du calcium, et en une demie-heure elle est debout.
Si ça pouvait être aussi simple... Malheureusement, plus le temps passe (ou alors je suis sur une ferme "expérimentale" ? ), moins j'ai l'impression de connaître mon métier.
Mais je voulais pas parler de ça.
Je voulais parler (c'est quand je me suis violemment auto-trépanée dans la crêche parce que je crachais mes poumons que j'y ai pensé) de la douleur.
Des sensations.
Je vais avoir 25 ans, j'ai l'impression d'en avoir 95, et d'être passée sous un bus.
Je devrais être en bonne santé, souple, opérationnelle, en bon état.
Mais j'ai l'impression qu'un rien me casse.
Je me coince le dos pour rien, dès que j'ai deux jours de congé (genre un week-end) je chope la mort, quand je suis un peu trop contrariée ou tendue (ferme où ça se passe pas très bien, tensions au boulot parce que foins ou vêlages rapprochés, etc...), une de mes côtes, côté droit, et haute hein... la deuxième ou troisième sous la clavicule... saute. Ca fait super mal, elle dépasse, c'est visible à l'oeil nu en plus.
J'ai les reins en compote, j'en chie pour me baisser, et ça craque et grince de tous les côtés. Toutes les articulations se déboîtent, les sciatiques sont des vieilles copines.
Là où quelqu'un de normal aura mal deux fois dans sa vie, elles se pincent toutes les quatre ou cinq semaines, et dans ces cas là ça peut aller de la simple raideur dans la jambe parce que j'ai "mal au cul" à l'impossibilité de bouger (enfin, théorique l'impossibilité) du bout de l'orteil jusqu'aux doigts. En passant par la jambe, la fesse et tout le dos.
Je ne peux pas me permettre d'être arrêtée souvent. Donc j'ai une solution, une balade à cheval à cru. Obligée de me détendre, ça atténue la chose.
Mais y'a pas que ça ! en plus des tendinites à toutes les articulations (doigts, poignets, coudes, épaules...)je chope, cette année, très facilement la crève. Je suis pourtant couverte, mais au moindre coup de stress (genre là le cinq février), je mouche, je tousse, et c'est parti mon kiki.
Fièvre tous les deux trois jours, pendant une journée ; pas forcément très élevée, mais gênante.
Là, pour la première fois de ma vie de "grande" ça a viré à la bronchite.
Donc, je tousse.
Ca fait vibrer toute la cage thoracique, la tête, j'ai des abdos d'enfer, je manque de dégueuler une fois par jour, je dors mal, je fais peur aux vaches, et à force de tousser je me coince, du coup quand j'ai une quinte je me retrouve à genoux parce que ça a pincé les sciatiques.
Super trop cool.
En réfléchissant, je me rends compte qu'il n'y a pas UN JOUR sans que j'aie mal quelque part. Mais vraiment.
Je ne crois pas être douillette, et tout ce que j'ai évoqué au dessus ne m'a pas valu d'arrêt officiel du médecin depuis un bail. D'ailleurs chaque fois que je vais le voir il angoisse, quand on s'est rencontrés j'étais passée sous mon destrier trois jours plus tôt, la fois suivante j'avais une tendinite au point de ne plus pouvoir toucher mon nez (et ce, depuis quatre jours, je devais traire et garder une ferme), etc...
La fièvre ne m'empêche pas de soigner, je suis juste un peu plus lente, je me sens "déconnectée", distante, mais je bosse. A l'heure.
Le dos, on fait avec, les doigts qui déconnent, idem.
Je vais voir l'étiopathe en général le vendredi ou le samedi matin, pour être sûre d'avoir un jour ou deux de repos ou d'activité légère derrière, histoire que je refasse pas tout sauter.
Mais je me pose cette question : est-ce que c'est normal ?
Je ne me drogue presque pas, quand j'ai trop mal et que ça me gène pour dormir (ou que je tousse vraiment trop) un demi efferalgan codéiné, et c'est tout. Pour un début de migraine, du doliprane. Du pschitt pour le nez, et c'est à peu près tout.
Je préfère avoir de la fièvre, au moins le corps fait son boulot, si je prends des trucs la maladie est juste repoussée.
De la même façon, les anti-douleur, j'évite : si j'ai mal quelque part c'est qu'il y a une raison, tant que je ne suis pas en train de me rouler par terre aveuglée, je n'y touche pas : au moins, je ne bourrinerai pas bêtement.
Je sais aussi que la plupart du temps, quand je relâche la pression, je tombe malade. Genre quelques jours de congés, etc... C'est normal ça aussi.
Donc la crêve qui traine et la fièvre ne posent pas souci.
Mais les douleurs... ça m'interpelle.
Il y a des jours avec et des jours sans, et dans cette affaire je ne parle pas des douleurs "artificielles" : un bleu, un doigt coincé dans une porte (j'y suis habituée, en général je force jusqu'à ce que je comprenne que la porte ne PEUT PAS se fermer, qu'il y a ma main dedans) ou une énième auto-trépanation (sur un linteau, un mur, une barre à mine qui traine FORCÉMENT pile à environ 1m75 ou 76,5 de haut, dans le passage. Plus d'une fois je me suis retrouvée sur mon cul sans comprendre comment ni pourquoi, en colère qu'on m'aie foutue par terre aussi vicieusement, emmerdée à l'idée que les vaches ou mon chien m'aient vue, et ne sentant même pas la bosse qui pousse déjà.
C'est devenu une habitude, je crois qu'il y a des marques depuis le temps, genre "taper ici". Et je ne sens presque plus rien. Sauf quand j'appuie fort bêtement pour voir si j'ai mal, "là").
Donc, pour en revenir à mon sujet, les doigts qui lancent, voire qui ne plient plus, les dards de douleur blanche et aigüe dans les épaules, la douleur lourde et sourde des reins, celle, violette, du dos un peu plus haut ; la pointe noire bleutée et acide entre les omoplates : la 5e cervicale qui se bloque régulièrement ; l'aiguille qui chauffe au rouge dans ma poitrine, entre mes côtes à droite, vers celle qui saute : l'impression d'une douleur qui pulse, toujours par là, latente, et à intervalles réguliers s'allume brusquement puis se résorbe très vite. Pour revenir quelques minutes plus tard.
Les crampes/contractions (?) dans le bas ventre, qui peuvent me plier en deux et lâcher des bordées de jurons : douleur rouge celle-ci.
Et j'en passe...
Des coupe-souffle incroyables, à se retrouver des fois une patte en l'air en attendant que ça passe. 1, 2, 3, Soleil !!!
Que faut-il faire ? Je cours les médecins, osthéos, étiopathes, marabouts... pour essayer de rééquilibrer ce merdier. J'ai pas de scoliose, ne porte des talons que rarement, et quand je sens que je vais me déboiter un truc, j'essaye de pas forcer.
Le pire, c'est que je sais, en général, où quand et comment j'ai tout fait sauter. Mais je sais pas y remettre seule.
Je crois que le jour où je serai "en équilibre", autant squelettiquement que viscéralement, voire mentalement (pas gagné ça), j'arrêterai de cracher mes poumons et d'avoir mal partout.
Mais que je travaille ou que je glande, ça merde. La dernière fois que je me suis fait redresser le dos, je suis restée chez moi pendant deux jours, dès le premier jour de glande j'ai senti que ça se rebloquait !
Est-ce que c'est normal ?
Que faut-il faire ? l'accepter, ou combattre la douleur, avec des médocs, des trucs du style ?
L'ignorer ?
Continuer à s'étirer en sentant parfaitement les muscles qui sont coincés, les tendons qui peuvent plus, les os qui se réajustent vaguement (ou sortent de leurs logements), même si ça fait mal, tirer ?
Faire le cochon pendu deux heures par jour, la tête en bas ?
Se muscler encore plus pour essayer de garder tout ce monde à sa place ?
Mettre le viking à contribution (un jour il va me dégueuler sur les pieds... "dis, mon doux mâle que j'aime, tu peux tirer juste sur le bout du majeur s'il te plait ?" et quand il s'exécute, sentir et entendre très distinctement tous les os se désolidariser les uns des autres, les trois phalanges du doigt, le poignet, le coude, l'épaule, et si je suis par terre, toutes les vertèbres voire le bassin. Parait que c'est gerbant de sentir sa copine se désintégrer dans ses mains. Presque autant que quand, en s'asseyant sur les genoux, sa hanche fait un bruyant "cloc........... cloc" juste sur sa cuisse... il est devenu tout blanc ce jour là ! )
ou alors... postuler pour le rôle d'Emily dans "Les Noces Funèbres" s'il est adapté en film avec des vrais gens ?
=> http://www.youtube.com/watch?v=Lgc5SHbCcys&feature=related