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La Vachère d'A Côté
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La Vachère d'A Côté
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2 novembre 2011

Point de contact

 

 

Une chose, quand j'ai commencé le service, m'a inquiétée au départ : allais-je être crédible ?

Je suis, à priori, de sexe féminin. J'avais été confrontée à quelques cons vers chez mes parents, qui me chariaient ou se foutaient de moi parce que j'allais aux vaches.

 

Finalement, ça ne s'est pas posé. Les agriculteurs, ici, quand ils adhèrent au Service, se foutent d'avoir un homme ou une femme, tant que le boulot est fait, et bien.

 

Par contre, même si la féminité n'est pas ce qui est le plus flagrant chez moi, je crois que ça reste une de mes caractéristiques.

 

Et la très grande majorité des gens que je remplace ou seconde est masculine.

 

On évolue très souvent dans des espaces réduits et exigus. 

 

Vous n'imaginez pas à quel point ça relève de l'acrobatie ou de la haute voltige pour s'encastrer dans un tracteur, à deux plus les chiens, sans se frôler ne seraient-ce que les vêtements !

 

 

C'est même pas formulé, c'est comme ça. 

 

De la même manière que le seul moment où on se touche, peau contre peau, c'est quand on se serre la main le premier jour, éventuellement le dernier quand je m'en vais, ça ne leur viendrait pas à l'idée de me claquer la bise (je DETESTE ça), ni leurs femmes.

 

C'en est parfois risible, ces stratégies d'évitement, dans la salle de traite, derrière le tank, dans les cases de génisses...

 

Mais c'est finalement indispensable.

 

Quand je suis sur la ferme, je ne suis plus un assimilé féminin, qui porte parfois des talons (très) hauts, des jupes, et a les cheveux en dessous des fesses.

 

Comme Philomenne, en bleu (ou plutôt vert), je suis ouvrier.

 

Cheveux noués en chignon, que je ne dénoue ou refais jamais en présence de mes patrons, sauf cas exceptionnel ou urgence.

 

Vêtement de travail, bottes ou croquenots monstrueux, l'hiver, c'est facile !

 

L'été, ça l'est moins, on a vite chaud quand on s'active, donc le short et le débardeur à bretelles sont de rigueur.

Dans ces cas là, je suis encore plus "stricte" quant à mon attitude.

 

Je ne plaisante pas, ou du moins pas sur les sujets tendancieux (et ceux qui me connaissent savent que ça me manque de ne pas sortir des horreurs orientées en rigolant grassement).

 

Je m'assouplis considérablement pour arriver à me glisser derrière le siège du tracteur sans effleurer le dit siège (c'est VRAIMENT pas évident).

 

De leur côté aussi, je sens une retenue, ils doivent flipper de faire un geste ou une remarque qui serait mal interprétée ; en général, on se détend et commence à blaguer au bout de longues semaines de travail en commun, et ce n'est qu'aux gens que j'apprécie le plus que je fais la bise (avec plaisir) quand je les retrouve. Ou pour le nouvel an.

 

Mais ces "évitements" sont tacites, spontanés, et parfois pas faciles à gérer !

 

Par contre, les gens qui me sont plus chers et auxquels je dois beaucoup de retenue, quand je veux leur montrer l'affection que j'ai pour eux, j'ai un jocker : Le Monstre !

 

Et c'est marrant, mais ça loupe jamais !

 

 

A l'inverse, les gens qui sont pas cools avec mon chien me plaisent moins, donc on ne leur fait pas fête...

 

 

Qui n'a pas ses petits soucis, me direz-vous....

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Commentaires
P
Très beau texte. Très fin et tellement bien vu... (et merci pour le lien).
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