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La Vachère d'A Côté
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La Vachère d'A Côté
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3 mai 2011

Reprise

 Photos_0166

Jeudi soir. Demain, je suis chez Rivière. Ca fait longtemps que c'est prévu, depuis novembre : les patrons partent une semaine, avec leurs enfants.  

Je suis super contente, c'est la première ferme que j'ai gardée toute seule ; certes, je me suis levée toutes les nuits (ils m'avaient laissé la maison aussi, j'habitais loin) parce que j'avais une vache, Voleuse, qui devait vêler, elle se préparait, tétine prête à exploser, bassin "cassé" (basculé, pour faciliter le passage du veau), et je voulais surveiller, et pendant cette semaine j'ai eu les bras couverts d'eczéma, à cause de la pression. 

C'est moi aussi qui avais gardé au printemps, l'an dernier ; j'y avais fait une journée au mois d'août, avec beaucoup de plaisir. L'automne suivant, c'est BobineLover qui s'en était chargé, j'avais autre chose. 

Et je reviens. 

 

Elle a rien d'exceptionnel cette ferme. Une quarantaine de montbéliardes, ils doivent monter jusqu'à 50, il me semble, depuis que la patronne s'est installée avec. Une salle de traite en traite par l'arrière, 1X8 (un quai, huit griffes de traite), sans décrochage automatique, et pour laver les mamelles, c'est à la douchette. 

Ce qui m'avait marqué, c'est que les vaches sont presque spéciales : elles sont vraiment tranquilles, curieuses, ont chacune bien leur personnalité (sur certaines fermes c'est beaucoup moins le cas, genre chez Monsieur Réglisse), et le calme et la douceur des patrons ont qu'elles sont assez familières, et pas flippées. 

 

Photos_0165J'y avais découvert Bégonia, qui a une grand-mère  Abondance, et ça se voit : on dirait un pierrot triste, avec le museau brun. J'étais tombée en amour de cette vache, qui n'est ni câline ni familière, mais qui a "une gueule", un détachement qui me plaisent, et une morphologie comme je les aime : mamelle petite, haute et bien attachée, une super attache arrière, mais malheureusement trois trayons, un ne s'est pas développé correctement. 

Photos_0191Et puis j'y avais rencontré Rivière. Une vache avec des poils dans les oreilles, des petites taches comme des éclaboussures, et pire que câline, presque pot-de-colle. Du plus loin qu'elle me voit elle vient se faire gratter, frotter la tête, pose son menton sur mon épaule et ferme les yeux. 

 

Je suis contente d'y retourner, donc. J'ai plus d'un an d'expérience en plus, et j'ai déménagé, j'habite à quinze minutes de la ferme maintenant (contre plus de trois quarts d'heure les premières fois). 

 

Il est 20h30, j'ai fini tard chez monsieur Griotte ce soir, j'appelle quand même chez Rivière pour confirmer l'heure : c'est rare quand les horaires de traite changent, mais quand même. Encore un coup de chaud au cœur : le patron décroche, et reconnait ma voix. J'aurais pas cru !!! 

Je dois y être à 6h15. 

 

Je glandouille un moment après avoir mangé un bout, ne change pas mon réveil, c'était la même chose jeudi, même horaire et même distance. 

 

Vendredi matin. 

En général je saute du lit, je fais partie de ceux qui n'ont pas trop de mal à se lever, je suis presque toujours contente d'aller travailler. Ce matin-là, je bondis ! direction la bouilloire avec mon mug, prépare ma tasse de chicorée en poudre (c'est quand même pratique ce truc !), pendant que l'eau chauffe je m'habille. Retour cuisine, je remplis ma tasse et vais me poser devant le pc pour passer un peu de temps, que ça refroidisse un minimum. 

Ca ne serait "que de moi", je me lèverais dix minutes avant de partir, même pas. Mais le matin, je tremble pendant vingt minutes, j'en chie rien pour faire mon chignon >< alors je me lève plus tôt ! 

 

Café bu, chignon arrimé, j'attrape mon sac, mes clefs, saute dans mes godasses, grommèle un "allez"  à l'attention du chien, qui veillait et attendait mon signal pour se lever. 

Il sait que c'est pas la peine de bouger si il doit pas venir avec moi... Cette ferme, il l'a connu il avait deux mois, les vaches le connaissent bien, les patrons sont cools, donc y'a aucun souci, une fois descendus de la voiture il fait sa vie pendant que je fais la mienne.  

 

En ce moment, y'a pas beaucoup de monde debout à 6h du mat sur les routes. Peut-être à cause des vacances... En tout cas c'est tranquille, il va faire beau (malheureusement), je roule. Arrivée, je fais comme d'hab, entre dans le bureau pour mettre ma cotte et mes bottes, et saluer le patron qui vérifie un truc.  

Echange de nouvelles, il me dit s'il y a des changements dans le fonctionnement de la traite (aucun ce coup-ci), et pendant qu'il va décrocher les griffes et mouiller les murs et le quai, je ferme le tank, lance le décompte, mets le tuyau de lait dedans... je jette un œil au passage sur le planning de repro, j'aurai la paix, pas de vêlages prévus, pas de tarissement, et uniquement des retours de chaleurs à surveiller ! Royal ! 

 

Tout en discutant, on pousse les vaches dans l'aire d'attente, c'est bien, y'a pas besoin de brailler, courir ou les pousser de force, juste un "ALLEZ ! HOP !" en claquant une fois dans les mains et elles se lèvent, s'étirent, et vont se rassembler du bon côté. En même temps le patron râcle les logettes en me disant qu'il ne sciure plus, il met simplement de la "poudre magique" (absorbante) quand les logettes sont trop mouillées, et je note la présence de la nouvelle brosse rotative, elles doivent être heureuses !!! 

Le patron me confirme que le premier jour, elles ont failli faire griller le moteur, tellement elles étaient après, à la faire tourner sans interruption ! 

En passant, je caresse les vaches, un flanc, une tête, un dos.... elles me reconnaissent, déjà le premier printemps, j'étais toute chose ! 

 

Cette fois-ci je n'ai pas de veaux : ils ont décidé d'arrêter d'élever les jeunes pour le renouvèlement, ça revenait plus cher d'élever les veaux que d'acheter les génisses prêtes à vêler ! Et ils commençaient à être un peu juste en bâtiments. 

 

Enfin, chacun à un bout du quai, on lave, essuie et branche les vaches, toujours en discutant. Ca fait vraiment plaisir, les gestes me reviennent naturellement, pas besoin de réfléchir, le fonctionnement exact me revient, comme fait le patron ! 

 

Il y en a une au pot, elle a été traitée pour une mammite, et en plus elle avait des cellules : il l'a piquée aux antibios (il me semble que c'est de l'antibio, la présence de "cellules", (cellules somatiques) étant un signe d'infection), donc on la trait à part pendant une semaine, et on jette le lait. je la mettrai au tank jeudi soir. 

Il y en a une, Vachette, qui ne donnait pas son lait correctement, et était longue à traire. Sur les conseils du véto, on lui injecte 2.5CC d'ocytocine (hormone qui déclenche des contractions utérines, pour facilité la délivrance par exemple, et dans ce cas, le relâchement des glandes lactifères) en intramusculaire. On pique à l'entrée sur le quai, le temps de laver et préparer tout le lot, quand on branche, le lait est descendu. 

Je repère celles qu'il faut brancher en tout premier parce qu'elles sont super longue à l'aide d'un coup de bombe bleue sur le jarret. 

 

Après la traite, je lave tout au surpresseur après avoir lancé le lavage. 

On lâche les vaches, et va casser la croûte. 

Toujours en discutant des nouveautés, modifications... il me (re) montre où sont les disjoncteurs, vannes d'eau, poste de clôture, etc etc...  

 

Après le petit dèj, et bien discuté avec la patronne aussi, donné des nouvelles d'un peu tout le monde (tel voisin, tel agriculteur etc...), on va, le patron et moi, monter de l'eau aux génisses et les changer de parc. 

Je repère le chemin, histoire de pouvoir y retourner surveiller dans la semaine. 

On va voir le deuxième lot, qui est juste à côté de chez sa belle-mère : j'aurai pas besoin d'y aller, la mémé surveille ! mais si y'a un problème, je sais où c'est ! 

 

Retour à la ferme, il vérifie que je connais le fonctionnement du tracteur, me montre quel foin je dois donner, et donne les dernières consignes, et les numéros de téléphone (véto, inséminateur, concessionnaires, machine à traire....) 

 

Je rentre chez moi, lui va préparer son voyage. 

Je reviens vers 17h, Appelle mes vaches qui rentrent gentiment, envoie le chien récupérer juste une qui n'a pas entendu, tout en haut du pré.  

Attaque à traire, on retrouve nos habitudes, le patron passe juste voir si tout se passe bien, et puis repart. 

 

Une fois tout fini, j'éteins, ferme, et rentre chez moi.  

Lendemain matin rebelotte, mais toute seule cette fois. Les patrons passeront vers 7h30, en partant.  

Je suis seule, le père du patron passe le matin et le soir repousser le foin, une habitude qu'il a gardée ; je le salue quand je le vois.  

Le reste du temps, je suis maître à bord !!! 

 

Au début c'est grisant, et puis après, en fait, quand on réalise, c'est un peu flippant. 

 

Ca va que j'ai toujours BobineLover pas loin (il habite juste à côté en plus), prêt à accourir m'aider au moindre pépin !!! 

 

Il va de soi que c'est à double sens, s'il a besoin d'un coup de main, je saute dans ma voiture. 

 

Les vaches reprennent "nos" habitudes, les horaires ne changent pas par rapport aux patrons, mais moi je remets de la musique (avant y'avait la radio, là je l'ai pas trouvée), et je les fais pas courir, on a tout notre temps, j'ai que ça à faire. Je les regarde, les caresse, les observe, les laisse aller à leur rythme, tant que la traite commence à l'heure, ça nous convient ! 

Quand je compare avec la première fois, à l'époque, j'étais au service depuis deux mois et demi, et je ne connaissais pas BobineLover, donc si je me retrouvais dans la galère, j'étais vraiment toute seule... Cette fois je suis bien plus zen, heureusement !


Et si toutes les vaches sont pas rentrées, tant pis... le chien ira les chercher pendant que je trais ;) 


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Commentaires
R
moi aussi je fais la même chose en région centre depuis 2004 mais depuis septembre 2009 je me suis installé ....j'espère que contrairement à moi tun'en seras jamais dégouté des remplacement car j'ai vu ,des choses incommensurable et stupide ....j'ai aussi créer un blog pour faire connaitre notre métier mais aussi pour faire réfléchir les gens ....à plus et bon courage .
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T
Enfin, pour la première fois, le staff de canalblog conseille autre chose que des sites de patchwork,de cousette, de cuisinette et midinettes.<br /> Les posts sont drôles, attractifs, bien écrits (et d'abord écrits, contrairements à 99 % des blogs de cousette et de cuisinette et de papounette), et surtout le ton est juste, très juste.<br /> bravo la vachère et vive les vaches !
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L
Merci beaucoup ! ;) <br /> <br /> @ Sylve : pourquoi tu veux savoir mon prénom ? ;)
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J
super la brosse :)<br /> j' en suis déjà à venir plusieurs fois voir s' il y a une suite .... :)
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S
merci à ph de m'avoir fait découvrir ton blog qui devient l'un de mes favoris!<br /> quel courage de nous raconter tout ça après une dure journée de travail!<br /> félicitations! c'est quoi ton prénom?<br /> bises de dijon
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