Lundi matin. La ferme est loin, près d’une heure de route. La plus grosse du secteur et des trois départements, on est donc 4 à faire la pesée.

Je suis la deuxième à arriver. J’installe mes appareils, c’est marrant, celui arrivé avant moi est le dernier de la « chaîne » ; mon poste est simple : j’encode les chèvres.

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J’ai un encodeur électronique, « une game-boy » comme l’appelle le Viking. Avec, je « bippe » les boucles d’oreilles électroniques des chèvres (ou les paturons, aux pattes arrières, suivant les élevages), puis le tube qui recueille le lait correspondant.

 

 

Ici c’est un roto, tellement grand qu’on est au milieu, avec des grandes tables. En général je reste sur le premier quart près de l’entrée des chèvres.

Ensuite, un peu plus loin, sur le troisième quart, la deuxième collègue officie : elle retire les  tubes des chèvres finies de traire, pour les passer à Béa, la troisième collègue, celle  qui élève des lamas à Vernoux en Vivarais.

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Béa est au milieu du roto, debout devant une des tables, avec l’ordinateur. Elle pose chaque tube sur le lecteur branché à l’ordi, ledit lecteur (met une plombe avant de) sélectionne la chèvre correspondante dans la liste, Béa entre le poids de lait de la chèvre (toujours pareil, pour 2 kilos 7 on note 27), vide le tube dans le pichet, et recommence avec le suivant.

Enfin, le quatrième collègue est chargé de remplir les flacons d’échantillons.

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J’ai une place, ici, vraiment tranquille. La première  pesée avait été un peu intense, et finalement je prends vite le rythme. Le seul truc chiant, c’est que sur la game-boy, à chaque nouvelle chèvre il faut appuyer sur le bouton « on » (tout en bas à droite du machin, quand on le tient de la main droite – ce qui est fait pour, les boucles électroniques des chèvres sont à l’oreille gauche, les tru-tests sont conçus pour les droitiers), ce qui provoque rapidement des crampes dans la main ou le doigt.

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Mais, ça mis à part, c’est tranquille.

 

On met environ 1h35 pour peser 540 chèvres. Ca va TRES vite.

 

Le soir même, une autre ferme éloignée, encore 45 minutes de route.

Cette fois-ci on est trois. Béa, moi, et un autre collègue, grand et costaud.

Béa sera à l’encodeur, le collègue ramasse les tubes – c’est une « ligne haute », il y a 30 postes, c’est une salle de traite où il y a 60 chèvres par passage je crois.

Pour récupérer les tubes, il faut lever les bras bien au-dessus de la tête, être super réactif et rapide.

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Moi, je suis à l’ordinateur. J’installe mon poste de travail presque au centimètre près, je fais des empilements de caisses pour surélever tout au maximum. Avec mon mètre quatre-vingt, je prends vite mal au dos ou des contractures dans les cervicales si je dois travailler trop bas. J’optimise  au maximum pour faire le moins de mouvements possible, pour gagner du temps.

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Quand la traite commence, j’ai un temps de latence avant que ça attaque. Je mets mes (précieux) bouchons d’oreille – je suis juste devant le filtre à air de la machine à traire, à côté du moteur du tank monstrueux, et pas loin du tout de la pompe à vide. C’est assourdissant, et suraigu.

Les premiers tubes arrivent, une dizaine, parfois moins, juste de quoi s’échauffer. J'ai pu prendre en photo une partie du stock de tubes vides... au total on doit avoir environ 90 tubes qui tournent, il y en a de visibles sur la photo de la salle de traite. Un seau de plus est posé à l'entrée de la salle de traite, d'où j'ai pris la photo.

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La caisse ou le seau est posé sur la première caisse grise à ma droite, ou bien les tubes sont rangés directement dans le casier.

J’en attrape un de la main droite, le pose, droit, sur le lecteur, pendant que je lis la graduation. De la gauche j’attrape le premier flacon vide dans mon panier d’échantillons. Toujours de la main droite je  vide le tube dans le pichet et le pose dans le seau posé sur la deuxième caisse grise à ma droite, puis je tape la quantité de lait pendant que de la gauche je décapsule le flacon.

De la main droite j’attrape le pichet pour remplir mon flacon, que je recapsule et range à sa place pendant que je vide le surplus de lait dans le seau devant moi.

Puis je prends un tube plein dans le panier… etc.

La procédure, décrite comme ça, semble laborieuse.

 

Quand je repense à mes débuts en pesées caprines, j’ai du mal à y croire.

Je prenais du retard et galérais, quand on pesait 150 chèvres en 2h.

Sur une autre ferme, un « petit roto », j’étais très fière de moi quand je faisais « du 110 chèvres à l’heure », et je n’avais pas de temps mort.

 

Quant à la première ferme que j’ai pesée, la toute première, on est passés aux pâturons électroniques, ça simplifie la vie, mais n’empêche : les 95 chèvres, on les a pesées en une heure. Et j’ai eu le temps de débrancher/rebrancher des chèvres, balayer le quai entre les lots, nettoyer les mamelles… et discuter avec mon éleveuse (et patronne).

Pour les autres (les 150, les « 110/h »…), j’ai même le temps de bidouiller les paramètres de l’ordinateur, chercher une procédure sur internet, etc. Et même de m’emmerder !

 

Sur la ferme de lundi soir, donc, aucun temps mort ni latence ; de temps  à autre, Béa vient me donner un coup de main aux échantillons : les tubes arrivent à coup de 30 à la fois, très très vite.

Et donc, je pèse et échantillonne 350 chèvres en 1h30.

Soit six chèvres à la minute. La procédure complète – attraper le tube, le jauger, entrer le poids de lait, prélever l’échantillon… me prend 10 secondes environ. (si mes calculs sont justes).

Je reste stupéfiée par ma performance !