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Ca fait pas de bruit.
C'est ce qui me plait.
Le "silence".
Tous les matins, je me réveille vers 7h, au moment où le soleil passe la montagne et éclaire la chambre. Jusqu'à présent au moins une des deux fenêtres était ouverte la nuit, alors j'entends les oiseaux, les criaillements des geais, le torrent devant la maison.
Je me lève, descends les escaliers en pestant contre les chiens (la chienne surtout) qui jappe de joie. Je mets tout le monde dehors, et profite du silence retrouvé.
Tous mes gestes sont mesurés, j'amortis les portes de placards, la pose de ma tasse sur la table, pour rester au calme.
Quand je vais ouvrir mes bouquillons, je le fais à mi-voix.
Je profite, j'aime ce calme et ce silence qui baignent la maison et la vallée.
Le microbe est loin d'être bruyant (sauf quand il est fatigué, là ses nerfs prennent le relai, et il est infernal), alors on peut passer des heures côte à côte en silence. Quand il descend les escaliers, se déplace, il le fait en légèreté.
Le Viking, c'est pas la même.
En bon gros metalleux barbu poilu adepte de Abbath, Vreid, Sodom ou Slayer, il donne l'impression de passer à travers le plancher à chaque pas (et ne parlons pas des escaliers), écoute sa musique très fort, n'est pas gêné par le bruit, et n'a pas vraiment d'angoisses. Il peut jouer des heures sur l'ordinateur, volume plutôt fort, et ne s'inquiéter qu'au bout de longues minutes d'aboiements acharnés de ce qu'il peut bien se passer.
C'est en partie pour ça que j'aime tant le silence : j'ai toujours des oreilles en alerte, ne supporte que difficilement même la radio ou la musique en sourdine.
Je guette, plus ou moins, tous les sons.
Les cloches et sonnettes de bétail : c'est mon Lazare, les chèvres du proprio, ou les moutons d'en haut ? 
Un bêlement : Les chèvres encore, Ladakh qui a perdu son frère, une bête coincée dans une clôture ?
Le bruit de la pluie, quand on est au grenier : j'ai rien laissé dehors ? Les fenêtres sont fermées ?
Un aboiement, un son de voix, un oiseau qui crie différemment, un miaulement, un bruit de rocher, de vent, d'eau...
Tout me sert à me situer.
Quand j'entends la patou du troupeau qui aboie, suivant d'où ça vient, je sais ce qui va suivre : un promeneur va arriver d'ici ou de là, par exemple.
Mais c'est surtout par sécurité, pour pouvoir anticiper, que j'ai besoin d'entendre.
Si une chèvre ou un de mes cabris se coince, dans un grillage ou autre, il faut pouvoir intervenir rapidement, instantanément si possible.
Si une fenêtre ou une porte a été mal fermée, je dois entendre le moindre craquement, le moindre bruit louche dans la maison : un de mes boucs est susceptible de ravager le rez de chaussée... (souvent le même, d'ailleurs... Ladakh...)
Si la patou s'excite plus bas sur le chemin, il faut que je surveille, que mes chiens n'effrayent pas trop les passants.
Et puis, après toutes ces années à travailler des heures d'affilée dans le bruit, à vivre en Haute-Savoie où la circulation est omniprésente, j'ai besoin de silence.
Quand on va chez mes beaux-parents, ou ailleurs, le bruit de la ville me prend la tête, me rend folle, m'épuise.
Quand je suis fatiguée, notamment en fin de journée, je deviens encore plus sensible. Les bruits de manger, de bouche, de déglutition (Le Viking, champion de la catégorie "sanibroyeur"), les petits tapotements, les petits bruits de tissu, n'importe quoi, me font friser les nerfs et mal aux dents. Les mouches et les punaises, qui sont légion au grenier, me rendent hystérique.
Je suis infernale.
J'adore cuisiner, et quand j'ai passé du temps au grenier en compagnie de mon homme qui joue sur l'ordinateur, ou dehors à faire du bois, etc, j'aime me poser, au calme et au silence, nouer mon grand tablier, et préparer à manger.
Lentement, silencieusement.
Changer de sens stimulé, et "basculer" sur l'odorat.
J'en ai déjà parlé, je suis hyper "sensuelle", le nez très sensible (toujours autant ; et quand je suis au grenier, je sens l'odeur de pommes épluchées dans la cuisine a rez-de-chaussée...), l'ouïe particulièrement fine (pas pour autant que je comprends au premier coup ce qu'on me raconte, parce que justement, une bonne part de mon oreille est branchée sur les bruits extérieurs), un toucher relativement développé...
Ce matin, j'ai senti la neige avant qu'elle tombe : hier Lazare est monté avec le troupeau de chèvres, Ladakh aussi, mais seul le deuxième est rentré.
Expédition sur le rocher à huit heures du soir, essayer de le repérer.
J'ai emmené Le Monstre, parce que lui, il fonctionne au bruit : il a peu d'odorat, ou alors il ne s'en sert pas. Il écoute. Et, de nuit, pour retrouver un bouc qui répond à son nom et porte une sonnette, c'était le plus efficace.
On est rentrés bredouilles, alors ce matin j'y suis retournée.
Tout dans l'air annonçait la neige : la clarté des sons, l'air froid "au fond" sur ma peau, ce froid caractéristique qui a aussi un goût particulier.
L'odeur. Cette odeur de froid...
J'ai senti le changement.
J'ai aussi trouvé Lazare, bon ado en crise, qui faisait le kéké avec les chevrettes de l'année, et s'est hérissé, oreilles en arrière, en manière de rébellion, quand il a compris que je venais le chercher.
Et, cet après-midi, on a assisté aux premiers flocons.
Le gros s'est mis à tomber silencieusement (et à tenir) pendant qu'on était dans la cuisine, Le Viking cuisinant un moelleux au chocolat pour mon quatre-heures, moi faisant des sudoku, le Microbe dans le salon sur sa tablette... Le tout dans un calme et un silence paisible... 
L'hiver s'installe. La neige est là, va nous permettre des parties de luge sans fin, et va étouffer les sons "parasites".
Si ça c'est pas un gros morceau de bonheur...
En photo, les chaussons aux pommes cuisinés par Le Microbe.