Cela fait maintenant près de huit mois que je vis ici avec Le Microbe ; presque sept que mon Viking s'est greffé à la Mesnie.

Le bilan de la cohabitation est loin d'être mauvais, même si c'est pas toujours facile.
Pour ma part, étrangement, c'est plus difficile de vivre avec le mâle qu'avec mon frère.
Son passé d"'agent de restauration" a laissé des traces.
Difficultés à composter, il a le sale réflexe de jeter les trucs à la poubelle ; gaspillage un peu limite parfois...
Il a des principes à la con souvent, aussi. Sur comment une voiture doit être maltraitée, telle ou telle chose rangée ou cuisinée...
Sans parler de sa mauvaise foi qui bat tous les records.
Mon frère, c'est presque l'opposé. Roi de la récup de trucs irrécupérables, bricoleur émérite et du dimanche, c'est le chef pour réparer n'importe quoi avec rien. Mais aussi pour inventer des trucs inutiles et même pas pratiques.
Le Microbe, selon ma mère, est "en vrac". Ca colle bien au personnage.
Souvent, il fait des trucs incompréhensibles. Par exemple, aller étendre les torchons à vaisselle dans la grange...
Quand il vivait au domaine, il avait l'habitude de prendre sa douche au rez-de-chaussée, monter au troisième pour s'habiller, et... Pendre ses serviettes au grenier (qui s'ouvre par une trappe et n'est pas aménagé). 
Il pendait son peignoir à sa fenêtre pendant des jours, des semaines. En plein hiver.
Et tant d'autres...
Ici, à la Mesnie, il est au centre de TOUT ce qui ne va pas. À tort ou à raison.
Déjà au domaine, il était responsable de tout. Alors pourquoi changer de bouc émissaire ?
Moi, ça me fait vraiment, et quotidiennement, rire, la colloc avec mes hommes.
Et la chambre du Microbe est un poème.
Faut pas déconner, je suis pas la bonniche. Il range et nettoie sa piaule.
Il m'arrive toutefois d'y rentrer.
Quand je fais les lessives, je plie et dispatche le linge. Je range le mien et celui du Viking dans notre armoire, et pose celui du Microbe sur son lit.
À ces occasions, j'ai souvent assisté à des scènes ahurissantes, que je partage avec bonheur avec le reste de la famille.
Par exemple, le lit en vrac, l'armoire fermée, la porte qui s'ouvre avec difficulté... Et un monceau de vêtements par terre, méthodiquement éparpillés en cercle. Pas en rond : en cercle, sans rien au milieu, comme s'il y avait eu une explosion. Incompréhensible.
Plus souvent, des tas de vêtements par terre : le presque propre, le pas sale, le presque sale, le encore mettable, le cracra, le pour trainer, etc... Jusqu'au "collé par la moisissure et à désinfecter avant de laver".
Il a une armoire, une vieille armoire à glaces très jolie.
Je regarde dedans sans crainte, elle ne contient que quelques papiers, des couvertures pliées, un ou deux tournevis et c'est à peu près tout.
Une fois, je rentre dans sa chambre pour poser son linge sur son lit, comme d'hab...
Je me suis écroulée de rire, et ça a duré un bon moment.
L'armoire était à la même place. 
Portes béantes.
Vide.
Tiroirs sortis. Vides aussi.
Devant, au pied, par terre sur le plancher.... TOUT.
Le Microbe avait réussi à FAIRE VOMIR SON ARMOIRE.
Je n'ai toujours pas compris ce qui s'était passé. J'en ris encore.
Tout ce préambule pour expliquer le plus gros drame de la collocation entre les garçons.
Le Viking est un peu chiant quand il s'agit de "ses affaires". Il est arrivé à la Mesnie avec un trousseau, il entend le conserver.
Malheureusement.
Maintenant... Faites le lien avec le début de l'article.
Il se trouve que le comportement pathologique de mon frère par rapport aux serviettes de toilette n'a pas changé.
Régulièrement, quand plus une seule serviette n'est disponible dans la maison, il convient de faire une descente dans la chambre du Crobe. On les trouvera toutes sans exception.
Pliées proprement devant l'armoire ouverte (jamais dedans), ou en pile derrière la porte (c'est pour ça qu'on a du mal à l'ouvrir).
En juillet, il est parti pour quatre ou cinq jours en médiévale, en Suisse.
Il y retrouvait sa copine.
À son retour, mon Viking faisait des bonds, il était fou. Quand le Crobe a vidé son sac de voyage, il y avait quelques slips, son peignoir (PARCE QU'EN PLUS IL A TOUJOURS SON PEIGNOIR), et... la totalité des GRANDES serviettes de toilette de la maison. Les quatre du Viking, plus trois ou quatre autres.
Moi j'étais écroulée de rire dans la cuisine, le mâle fulminait.
Voici donc le premier grief irréductible de la colloc.
Autre problème, c'est les chaussettes. Problème récurrent depuis très longtemps, depuis avant la fondation de la Mesnie.
Le Microbe met les chaussettes qui lui tombent sous la main. Même si elles sont pas à lui. Même si elles sont trouées. Et en plus il en met deux ou trois paires en même temps et bousille les élastiques.
Depuis deux ou trois semaines, le Viking me fait chier jusqu'à la gauche avec ses chaussettes, qu'il ne retrouve pas, il est arrivé avec tant de paires, il en a plus une seule, c'est pas possible, blablabla...
Forcément vu que c'est moi qui fais la lessive, c'est ma faute. Le Microbe, lui, il en sait rien.
Au bout d'un moment, c'est lourd, mais on fait avec.
Sinon, ce qui me fait le plus marrer dans cette vie à trois qu'on a adoptée, c'est que chaque fois que quelque chose disparaît dans la maison, on a des chances de le retrouver dans la chambre ou la voiture du Crobe.
Environ une fois par mois je fais une descente dans sa piaule - quand mes placards à vaisselle deviennent trop dégarnis.
J'y retrouve en général une dizaine de tasses, bols et mugs, une demie douzaine de verres, parfois une ou deux assiettes ou casseroles... Ces jours là, je suis bonne pour une nouvelle tournée de vaisselle.
C'est devenu le gimmick de la Mesnie. "Demande au Microbe", ou "c'est la faute au Microbe".
Surtout s'il n'est pas là.
La connexion internet a du mal, et lui il est dans l'Ain ? Je lui envoie un sms "arrête de prendre tout l'internet".
Ma pantoufle a glissé sous le canapé du grenier ? Je descends à cloche-pied au rez-de-chaussée pour l'engueuler de m'avoir planqué mon chausson, avant de remonter mettre ledit chausson.
Je cherche un string, un soutien-gorge dans mon tiroir à sous-vêtements en bordel ? Je vais l'accuser de me l'avoir pris.
Il n'y a plus de croquettes pour les chats parce que je n'ai pas vérifié mes stocks ? Je vais l'engueuler de les avoir mangées avec du lait juste pour léser mes pauvres mirons.
C'est déclinable à l'infini, et il joue le jeu.
Donc, comme je le disais, le bilan n'est pas mauvais.
Même si, comme dans toute cohabitation, il y a des hauts et des bas, dans l'ensemble ça se passe bien.
On a trouvé nos équilibres, on rit énormément.
On vit ensemble, on fait attention les uns aux autres.
On mange (sauf à de très rares exceptions près) toujours tous les trois, midi et soir. Des fois on fait à manger ensemble, on passe énormément de temps ensemble dans les mêmes pièces.
On vit en famille... Et c'est quand même super marrant.

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