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De plus en plus ces derniers mois, je lis et apprends sur l'équitation, notamment le dressage.

D'une part parce que le Ponédragon et Sa Seigneurie doivent travailler pour garder leur (grand) dos en état en raison de leur (grand) âge, d'autre part parce que ça implique de connaître en profondeur le fonctionnement et la locomotion des animaux.
Je suis un minimum l'actualité ; la loi suisse sur les rênes allemandes m'a enthousiasmée, quand l'affaire de l'autre gros con, cavalier de la championne Matinée, m'a atterrée.
Je lis Oliveira et consorts, cherche des solutions, des techniques.
Parfois, je me lance.
Le Ponédragon me pose beaucoup de soucis.
Elle a souvent très mal au dos (j'en ai déjà parlé), mais a un coeur immense et une bonne volonté au moins égale.
Quand je lui demande simplement de faire un cercle, par exemple, montée, elle le fait mais fouaille de la queue de douleur.
Elle me hurle de tout son corps son inconfort : la queue, le nez et la bouche crispés, l'encolure raide, le pas heurté, les oreilles mal orientées.
La sentant aussi mal à l'aise, je ne peux pas me détendre - condition sine qua non pour arriver à travailler harmonieusement.
Au final, après une séance de ce genre, on arrête aussi épuisées l'une que l'autre, et complètement coincées et courbaturées.
Aujourd'hui, j'ai tenté autrement.
Je l'ai longée aux trois allures, aux deux mains. Longe attachée à l'anneau de barbe du licol. À l'origine je pensais me cantonner au pas et au trot, mais elle s'est déséquilibrée et est tombée dans le galop.
Finalement, je lui ai fait faire des transitions trot-galop, quelques foulées à chaque fois.
À main droite, ça allait. Un peu précipitée au début, et puis la fluidité est arrivée, elle engageait, ne trébuchait pas.
A mains gauche, par contre... Elle allait beaucoup trop vite, encolure crispée, oreilles coincées, au trot elle trébuchait et glissait.
Quand elle a pris le galop (après un long trot qui a fini par se réguler), elle avait des foulées bizarres, le dos et les reins coincés et raides.
Peut-être encore un contre-coup de sa chute dans le camion en août ?
J'ai essayé de demander plus quand même, mais ce n'était pas concluant.
Je lui ai refait faire un tour ou deux à l'autre main pour ne pas finir sur du négatif, et ai abandonné la longe.
En plus, Tonfou, mon beau-frère, et ma soeur forgeron étaient arrivés entre temps avec les enfants.
Ramassage d'herbe pour les lapins, la Grenouille qui voulait voir sa Tata et faire du cheval...
J'ai donc changé d'outil, posé la chambrière pour le stick, et ai tenté un peu de travail à pied.
Pas évident quand l'animal fait ma taille au garrot, et est long comme un jour sans pain.
Je lui avais déjà mis son filet (avec le mors baucher, mais sans muserolle) par dessus le licol en prévision.
Donc j'ai tenté un peu je sais pas quoi, mobiliser les hanches je crois, essayer de lui faire bouger les postérieurs, de l'incurver autour de moi.
Pas gagné DU TOUT. Pas par sa faute, mais par la mienne. En même temps, j'étais un peu crevée déjà, et intimidée par la présence de mon beau-frère qui est surdoué avec les chevaux (mais ne l'assume pas).
Mais ma jument, avec son coeur immense, a tenté malgré tout, sans se plaindre, sans bouger sa queue, attentive.
Je l'ai fait reculer, aussi, nikel.
Et puis bon. On en avait un peu marre, ma Grenouille attendait sagement à côté de sa mère... J'ai expliqué à cette dernière mes observations, lui ai refilé le stick pour qu'elle chasse le bouc et le dindon en manque d'affection, la longe et la chambrière à son père, et ai chargé la petite sur mon Dragon.
Elle connaît le truc maintenant : on se tient bien à la crinière, et voilà.
Je tiens la jument à la tête, une main posée sur le mollet de la mouflette, et c'est parti.
La jument, toujours formidable et angélique, marche doucement pour la petite.
D'ailleurs, plus tôt dans la semaine, quand j'étais au domaine, je l'ai sorti un moment du pré pour la gamine.
En ce moment elle est pas très bien, demande beaucoup d'attention et d'amour. Et des câlins.
Du coup je me démultiplie, use mes petits de bisous, caresses, câlins et chatouilles, et fais ce que je peux.
La Grenouille étant folle de chevaux, du haut de ses 29 mois, et moi de mes presque 29 ans, on en profite.
Donc, mercredi, on a pris le licol et la longe du Ponédragon et on a filé dans le pré. Forcément, les trois chevaux étaient au fond de la combe.
Grenouille accrochée sur mon dos, on est descendues, on a donné nos carottes, attrapé la grande, et on est remontées.
Ma nièce est adorable. Elle écoute, n'est pas capricieuse, sait ce qui est dangereux ou pas... Dans le pré des chevaux, elle ne reste pas à pied, pas parce qu'elle a peur mais parce qu'elle sait que les chevaux ont des gros pieds et sont un peu brutes parfois. Quand on doit jongler pour les sortir, elle sait se mettre hors de portée.
Donc elle s'est éloignée pendant que je sortais la jument du pré en négociant avec les autres pour qu'il y restent, et est revenue une fois le fil fermé pour faire un bisou à ma grande.
Je l'ai posée tout là-haut, et elle a voulu que je monte avec elle.
Ce fut épique, parce que j'ai du monter sur un capot de voiture pour monter sur ma jument, que je n'ai, évidemment, pas pensé à tenir la longe (elle n'avait que son licol plat) et que je n'avais pas moyen de la reprendre sans descendre.
Les deux autres galopaient le long de la clôture en hennissant.
Mais ma grande, imperturbable, ne disait rien.
On avait oublié de mettre un manteau, il a fallu remonter à la maison, au grand trot évidemment.
Puis on est redescendues, mais à cru, c'est douloureux pour une petite fille qui ne met plus de couches depuis longtemps...
Alors je l'ai installée en amazone devant moi. Elle était calée contre mon bras droit qui l'enserrait, je guidais la jument des jambes, de la voix, et de la longe tenue par la main gauche, et la petite tenait en plus une poignée de crins.
Et vogue la galère !
 
On a descendu le chemin au pas, on l'a remonté au grand trot.
J'ai savouré ces moments, le nez dans les cheveux de ma Grenouille, plein de bisous dans son cou, on discutait. Je m'assurais que ça allait, pas peur, pas mal, tout ça...
La dernière portion du chemin, d'un commun accord, on l'a pris au galop.
Petite aux anges, moi ravie, et jument adorable.
Mon Ponédragon a prouvé, une fois de plus, que le sang ne fait pas tout.
C'est une selle française, plein papiers et tout ; elle fait 1m78 au garrot ; elle a le chanfrein bien busqué, un caractère bien trempé.
Mais elle est douce, et gentille.
La petite Morue, croisement hispano-arabe, presque dangereuse pour nous parfois, est tellement... Spéciale qu'on laisse la petite sur son dos pour la brosser sans soucis, elle prend les carottes tout doucement de ses mains, sans toucher aux minuscules doigts.
Le grand steack, Sa Seigneurie, est beaucoup plus brute.
Tout ça pour dire, à propos de la Ponédragon : elle n'a pas eu un passé facile. Débuts de championne de cso, remisée à cause d'une blessure, elle a vécu une dizaine d'années avec un monsieur très grand et costaud qui a des idées bien arrêtées.
Depuis cinq ans maintenant, elle est avec moi, et ça fait un an qu'elle est en Ardèche.
Beaucoup de changements, de mouvements.
Elle a mal au dos, est toute vrillée. Mais ne m'a jamais embarquée, jamais jetée par terre.
Et j'aime à penser que j'ai suffisamment d'écoute pour l'entendre quand elle a mal.
J'ai quelques rêves de dressage, avec Sa Seigneurie surtout, puisque je sais que elle, c'est quasiment foutu.
Elle a vingt ans, et vu son état et sa souplesse, la légèreté et le reste, c'est un peu foutu. Je ne sais même pas ce qu'elle sait déjà faire !
Si j'arrive à l'avoir équilibrée et "aux ordres" un jour, ça sera déjà énorme.
D'un autre côté, elle a tellement de coeur qu'elle y arrivera sûrement. Ce qui me fait souci dans cette histoire, c'est moi. De lui faire du mal involontairement.
Du coup, quand on travaille, je vais doucement. Lentement.
Je peux enchaîner plusieurs séances sans faire ne serait-ce que du trot.
Si la jument n'est pas bien au pas, n'a ni la bonne attitude, ni la confiance et le confort optimums au pas, à quoi ça servirait de tenter au trot, voire au galop ?
On en fait, c'est pas la question : en lignes droites dans les prés, sur les chemins, parfois un peu en détente.
Mais le VRAI travail, c'est au pas que ça se passe principalement.
Avec Sa Seigneurie, c'est différent : il sait tout faire, mais s'est démusclé.
Donc on va doucement, mais différemment.
Il m'apprend énormément de choses aussi.
Quand il est arrivé chez nous, il était monté en mors à olives fin à double brisure, et muserolle croisée.
Je veux repartir des bases, alors je le monte en mors à olives à gros canons, sans muserolle.
Il est très "bavard", a souvent la bouche ouverte en début de séance. Je le laisse faire et j'écoute.
Juste "pour le fun" je lui ai essayé le bridon du Dragon une fois, c'était ingérable : il était complètement encapuchonné.
Son problème, à lui, ce n'est pas qu'il est sur les épaules comme le Ponédragon, donc un mors releveur ne sert à rien.
Avec lui, je "m'amuse" plus. Je n'ai pas de monstrueux défauts à corriger, une locomotion foireuse, ou autre. Simplement de la gym à faire.
Alors j'essaye de progresser, d'être aussi légère que possible sur son dos, un minimum de contact dans les mains, un maximum de souplesse.
Parfois, quelques foulées en état de grâce, d'équilibre parfait.
Une symbiose. J'ai su demander, il m'a donné, et j'ai pu "recevoir" avec la posture idéale.
Dans ces cas-là, ça fait une drôle de sensation, comme une énorme vague d'énergie qui nous traverse. Le mouvement parfait.
Ce genre d'instant justifie le temps passé à souffrir, à galérer, à essayer de communiquer.
J'ai la chance d'avoir un cheval Maître d'école et facétieux, et une jument avec un coeur immense à réparer.
Tous les trois, je pense qu'on ira loin. Pas en concours, ça ne m'intéresse absolument pas. Mais dans nos progressions.
Et mes soeurs, mon beau-frère, toujours là, à soutenir, conseiller, observer, avec leur sensibilité immense, nous aident tellement...
Décidément, on forme tous une équipe magique.

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