Finalement, la semaine s'est passée tranquillement.

J'ai pu réinstaller une étagère dans la cuisine, celle qui y était à l'origine ; j'y ai posé ma collection de théières.

J'ai remis en place les liteaux de bois, qui étaient par endroits entre les poutres dans la cuisine. Un me sert déjà pour stocker les couvercles de casseroles.

 

J'ai décoré un peu, trié, classé mes livres sur mes étagères instables.

J'ai mis ma vache qui vole dans la pièce à vivre.

 

Mardi matin comme prévu ma sœur est venue casser la croûte et visiter, et le proprio est venu amener la barrière pour bloquer les génisses dans la trappe.

 

En milieu d'après midi, j'ai entendu le Chacal aboyer, pas content. Je suis allée voir, et une des grosses avait bourré sa copine, qui était passée à travers le grillage, sur le chemin (le GR passe devant).

Les autres ont suivi évidemment, et heureusement que j'avais Le Monstre, qui m'a sauvé la mise en allant les récupérer (elles avaient filé loin déjà).

Deux fois !

 

La première fois, dans l'agitation, les bousculades, et la surexcitation du Chacal, je me suis pris un violent coup de corne sur le côté : attrapée au niveau du pubis, la trace s'arrête au milieu du sein, sur tout le côté gauche. J'ai mal, probablement une ou deux côte fêlées. Mais ça va, et c'est en grande partir de ma faute, je ne me suis pas assez méfiée…

Après tout ce bordel, une fois tout le monde rangé à nouveau, le véto, le proprio et sa fille sont arrivés, pas rassurés du tout ; moi j'étais super zen, comme d'habitude…

 

La première génisse à piquer, il y a eu un problème : la véto a dû s'y reprendre à trois fois. Et la petite mère n'a pas bougé…

J'ai trouvé, pour ma part, que c'était un peu le bordel : elles n'avaient pas de contention « stable », et ils ont tous l'air plus habitués aux chèvres qu'aux vaches, même la véto ! Mais il paraît que pour des Aubrac de deux ans, leur calme était exceptionnel.

J'ai proposé de les habituer à rentrer dans l'étable et être attachées, le proprio a accepté avec empressement.

Je m'y mets dès que je me sens d'attaque. En attendant, elles sont cools, se laissent caresser et manipuler en liberté dans le pré, sans soucis.

 

Tous les matins elles sont à la barrière, et chaque fois que j'appelle elles arrivent en courant.

 

Mercredi j'ai accompagné ma sœur à la « très grosse ville » du coin, pour son suivi de grossesse et récupérer des courses. J'en ai fait deux trois aussi, et le soir en revenant à la maison je me suis arrêtée à la ferme pour prendre un bloc de sel.

J'ai l'impression que ça les soulage un peu de me savoir ici.

On a eu de la neige, d'ailleurs, mercredi…

 

La burle, le vent noir d'ici, a formé des congères incroyables à une vitesse hallucinante sur les plateaux. C'était beau, mais presque inquiétant…

 

Quant à aujourd'hui, ma mère venait manger le midi. Donc avec le Microbe on est allé ramasser le repas : pissenlits, mâche sauvage, et violettes. J'ai trouvé à cette occasion un nouveau crâne, de chèvre peut-être. Ce matin, c'est un autre crâne de chèvre, avec les os des cornes, que j'ai trouvé dans le pré des génisses.

Si les ossements sont des cadeaux que la nature me fait, elle m'a à la bonne. Avec tout ce que je trouve, et en super état en plus….

 

Du coup cet aprèm je nettoie les deux sangliers que Stallone m'a donnés à la soude, j'ai redonné un coup à mon marcassin, et j'ai lavé les trois trouvés ici ; le blaireau et les chèvres.

Il va falloir que je leur trouve une place…

 

Je passe une grande partie de mon temps à démonter les choses pour comprendre, nettoyer, et juste regarder : ma machine à laver, la gazinière que j'ai réhabilité hier, le filtre de la pompe à eau, les téléphones portables… A peu près tout ce qui me tombe sous la main.

 

J'apprivoise/adopte aussi une chatte, que je crois d'ailleurs être pleine : celle de l'ancien locataire, qu'il a abandonné. Elle s'appelle Flèche, est trois couleurs à poils ras, avec des couleurs un peu bizarres, notamment un roux presque jaune.

Elle est super câline.

 

Tous les jours je descends à pieds à la boîte aux lettres, ça me fait ma balade du jour.

 

Je n'arrête pas de la journée, je bricole, explore, découvre. Je repère, les arbres, les plantes utiles.

Je range, nettoie, démonte et remonte.

 

Je m'occupe les mains pour ne pas penser.

 

La dépression est une vilaine maladie. Elle isole.

Elle isole physiquement, celui qui se replie sur lui, chez lui, pour ne pas infliger sa sale gueule aux autres, son humeur.

Elle isole aussi moralement, car les idées noires ne sont pas partageables, et que les « radotages » sont difficilement supportables.

Elle rend celui qui en est atteint méchant, mauvais, agressif. Peut-être par vengeance, peut-être, comme les gamins, pour attirer l'attention, parce qu'on a mal, qu'on est mal, et qu'on ne s'en sort pas.

Celui qui est mal a besoin de douceur, de compréhension, d'attention et de présence, mais il a besoin de tout ça de façon « sincère ». Alors il attaque, est mauvais, pour être sûr que l'attention est sincère, que l'amour existe.

 

Seulement, au bout d'un moment, la douleur morale est tellement présente que la fatigue s'installe, l'immobilisme, la fossilisation. On fait les choses par habitude, pour se pousser, en espérant que chaque action provoquera un redépart de la machine.

 

Ca ne marche pas toujours...