Ca y est, on est installés.

Une maison, un vrai paradis. Au bout d'un chemin de près d'un kilomètre, éloignés, sans voisins (à part les 4 génisses aubrac de mon propriétaire, et cet été les chèvres), sans bruits autres que le vent dans les arbres, les oiseaux, et la source et le ruisseau. Parfois en semaine le vent nous apporte le bruit de la tronçonneuse du beau et charismatique (mais sauvage) forestier qui débarde autour du chemin. Et c'est tout.

La maison est douillette, toute en bois brut (que le proprio a sablé) et en pierres apparentes ; du basalte noir, du granit.

Les huisseries, refaites en chêne, les poutres d'origine en châtaigner, et du double vitrage.
On est bien.
On a installé les chiens, les chats, le rat, les fauteuils et les crânes.
J'en ai ajouté à ma collection, deux têtes de sanglier offertes par Stallone, mon beau-frère, et une tête de carnassier trouvée dans le pré à côté.
L'eau est chauffée au solaire l'été, au bois l'hiver.
J'ai tendu un fil à linge dans une partie du jardin ; parce que oui, on a un joli jardin, sur deux étages en terrasse. La maison est plein est, et domine la vallée et les montagnes. On y fera un potager.
On boit l'eau de la source, réputée miraculeuse.

On a un four à pain, qu'on utilisera pour faire notre pain, et parfois à manger.
Au dernier étage, un immense grenier, très lumineux, de 50m² ; je dois y refaire les joints. Sinon, il est chauffé. Les planchers sont en bois clair, les placards muraux, les cloisons aussi.
On a chaud au coeur et au corps.

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On a une chaudière à bois, qu'on alimente et entretient.
Le bois est fourni par le proprio, on lui paye le temps, le transport, mais on fait le reste. Il abat, on débite.

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On a fini, en une semaine, le petit stock qui était là ; on a de jolis tas devant la maison, secs, à couper en tronçons de 45 pour la chaudière.
Pour ce faire, on a réquisitionné la vieille tronçonneuse familiale, qui ne coupe pas droit (guide voilé), dont la chaîne se détend sans demander notre avis, se désaffute très vite, et plus grave et dangereux, n'a plus de sécurité, ni de frein, et qui tourne à fond même au ralenti.

Bilan, pas moyen de la poser ou bouger sans l'éteindre complètement, sous peine de se couper une jambe (bon, vu l'affûtage, y'aura pas de gros dégâts, mais quand même, le sang c'est salissant). On se fait mal sur la poignée de frein (inutile donc) quand on veut appuyer un peu, au point, pour le Microbe, de se mettre les jointures à sang.
Les ressorts « anti-vibrations », cassés, font l'effet inverse d'origine : j'ai tronçonné une heure ce matin, j'en ai les bras et le corps qui tremblent encore.

On veut en acheter une neuve, pour nous. Une sécurisante, qui ne fait pas de la farine au lieu de copeaux, qui ne nous bousille pas les tendons, qui coupe, et surtout ayant un frein.

On les aime, nos outils : on les invite au café le matin, on leur fait des câlins :

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C'est pas pour autant qu'elle coupe droit ou s'arrête de tourner au ralenti, mais bon…

Le problème, c'est que je suis au chômage, et mon frère en formation (d'un très beau métier d'ailleurs, Lauzeur : il refait les toîts en lauzes. C'est très beau, mais physique, dangereux, et surtout, bah…. Il a pas un rond pour le moment.)

Donc on a décidé de poser une annonce pour un pot commun : si, avec quelques dons (pas besoin de beaucoup, chaque euro compte) vous pouvez nous aider à financer la Stihl de nos rêves, qui coûte près de 600€, nous vous en serons éternellement reconnaissants (et nous aurons chaud pour les années à venir, accessoirement). C'est ICI.


Je vois déjà le programme des matins à venir, à peu de choses près le même qu'aujourd'hui.

Réveillée à 6h, je descends boire mon café en lisant, tranquillement…
Puis je m'habille, prends un peu de grain dans un seau et pars avec les chiens pour appeler les génisses.
Ce matin elles n'étaient pas là, le parc est immense.

J'ai mis une chemise et un pull par-dessus mon t-shirt, et suis montée, tranquillement, en m'arrêtant pour admirer la vue, écouter les oiseaux, regarder le jour s'étaler.
Malgré mon rythme lent, j'ai pris un bon coup de chaud. Au sommet, j'étais en t-shirt, les oreilles et le nez glacés par l'air froid, mais fumante de l'effort. J'ai retrouvé mes génisses, ai remis mon pull, et suis redescendue, suivie par les quatre mémères et le chien qui les poussait.

Je leur ai mis le grain sur le foin, dans la trappe (il y a prophylaxie mardi après-midi, il faut les habituer), les ai gratouillées.
Ca fait du bien de retrouver des bovins. Celles-ci ont été manipulées, mais une est plus sauvage que les autres ; étrangement, c'est la première que j'ai pu toucher, et celle qui m'a léché les mains pendant des plombes hier.
Je les ai caressées, grattées, touchées. Puis je suis sortie du pré sans insister.

Remontée à la maison, le Microbe émergeait sous la douche.
J'ai posé mon seau et me suis attaquée un peu au bois, mais j'ai vite déchanté. Impossible de couper le moindre morceau, la chaîne n'est plus affûtée.

Vous n'imaginez pas le plaisir que ça procure, de faire du bois à 7h du matin, l'odeur de la nature qui se réveille, celle du bois, de l'huile chauffée, sentir les muscles se mettre en branle.

Finalement j'ai abandonné, et suis rentrée dans la maison avec la bête, pour boire un café avec mon frère pendant que je limais la chaîne.
On a commencé à mettre au point cette histoire d'appels aux dons.

Et puis, une fois le café bu et la chaîne affûtée, je suis ressortie couper un peu.

Maintenant je tape ce billet, et j'ai mal partout. C'est agréable, mais qu'est-ce que c'est éprouvant de bosser avec un outil contre lequel on se bat !

Je n'ai pas internet, je le posterai depuis la Maison-Mère, au domaine familial.
Je vais y retrouver ma nièce, ma famille, mes cabris, les chevaux…

Je raconterai peut-être un peu, ou beaucoup, le propriétaire, la maison, les génisses, que je vois depuis mes fenêtres.
Mes bricolages dans la maison, mon organisation.

Le pays est merveilleux, la vie est douce, simple. Je suis bien.
Je me reconstruis, ne reste pas inactive, mais je fais à mon rythme.
Des choses se profilent, peut-être un projet professionnel. J'avance. Et puis c'est tout.