Comme certains le savent déjà, après 5 ans et demi de bon (excellents ?) et loyaux services, j'ai quitté le Service de Remplacement de Haute Savoie.

Je quitte également totalement le département à la fin du mois.

 

Les raisons de cette rupture conventionnelle sont multiples, et, pour la plupart, personnelles.

On peut cependant en faire resortir quelques unes : mon implication émotionnelle dans ce que je faisais était trop forte et importante, d'une part.

Je m'en suis rendu compte cet été, fin août, quand l'une des adhérentes pour qui je faisais de mon mieux, alors que son fonctionnement est complètement illogique et excessivement contraignant, m'a violemment agressée par sms alors que je m'étais sérieusement bloqué le dos (en grande partie à cause de la semaine de fou passée chez elle...), me rendant incapable de travailler.

J'en étais au point où les proches à mes côtés ce week-end là ont dû me porter pour aller m'allonger, incapable que j'étais de faire un seul pas !

Cet évènement, couplé aux derniers mois de fatigue de plus en plus intense, m'a fait réfléchir (grace aussi à ma famille, qui m'a un peu secoué les puces).

En voulant aider les agriculteurs et agricultrices, je me suis bousillé la santé et le moral ; tout ça pour recevoir des reproches de la part d'une personne qui s'est retrouvée plusieurs fois à l'hosto, en quelques mois, à cause de sa façon irraisonnée de gérer le travail !

 

Ca m'a fait une douche froide. Je pourrais crever au travail pour eux, j'ai tout sacrifié à mon métier, pour avoir des reproches à la sortie.

Une autre raison est la suivante : je vais avoir 28 ans, je n'ai pas de copain, pas de logement, pas d'enfants ; je n'ai que mes chiens (de troupeau), ma voiture (qui sent la vache) mes chats, et mes douze ans d'agriculture/élevage laitier dans les mains.

Pas un radis sur mon compte en banque, pas les moyens de m'acheter un logement ou même d'en louer un et de vivre décemment.

 

J'ai appris énormément au cours de ces années ; j'ai vécu des choses incroyables, rencontré des gens et des animaux formidables. Mais j'ai trop donné.

Mon dos ne me porte plus, le simple fait de tenir ma jument en longe réveille ma tendinite dans l'épaule, qui me lance ensuite pendant des semaines.

Je n'en peux plus.

Ni physiquement, ni moralement.

Je n'en peux plus.

Alors je pars.

 

Loin de ce département inhospitalier et hors de prix, loin de cette vie en appartement, de ce métier qui me mange tout.

 

Je m'exile dans ma famille, sur le domaine, dans un coin reculé de Haute-Ardèche, où je suis actuellement.

J'ai déménagé avec armes et ménagerie, je cherche une maison à louer, contre argent ou travaux ; je profite de la neige, du silence, du soleil et du vent.

Je regarde ma nièce de vingt mois grandir, je joue avec, lui apprends des choses (la dernière en date, c'est imiter le chameau), la promène à cheval, me balade avec mes chiens.

J'observe ma plus jeune soeur enceinte grossir ; je passe du temps avec ma mère et apprends à mieux connaître mes beaux-frères.

Je vais, des heures durant, refaire le monde chez ma tante en mangeant des tartines et buvant du thé.

J'essaye de me réparer.

 

Je m'amuse de la moindre chose, je joue avec les deux dindons blancs, énormes, Léon et Nikita, qui gloussent d'un air outragé quand on leur interdit de manger ce qu'on a dans les assiettes, quand on mange dehors.

Je discute avec le chien de la maison, qui s'exprime par hululements pour tout et rien.

Je partage des fous-rires avec les frangines et les "mémés" quand on voit Mini-Poulet monter sur la table pour manger les miettes (petit d'un coq normal et d'une poule naine, qui a actuellement deux fois la taille d'une poule rousse), quand les oies, Aldo et Mireille, cancannent bizarrement la tête au fond de la cocotte minute qu'on leur a donné à nettoyer.

On échaffaude des hypothèses sur la génétique : pourquoi Mini-Poulet, et pourquoi la cou-nu, qui est taille poule naine alors que ses parents sont gros ?

On joue avec Léon, qui fait la roue et devient bleu quand on lui dit "tu es beau Léon".

On se retrouve avec Nikita, la dinde (hyper lourde) sur les genoux, quand elle veut un câlin.

On observe les aigles royaux tourner au-dessus de nos volailles, les chevaux venir quémander des douceurs à la porte.

On écoute les bourgeons pousser.

 

Et moi, j'essaye de me retrouver.

 

Je vais peut-être me réorienter, faire une formation, continuer dans l'agricole et les bêtes ou bien dans tout autre chose. Je verrai.

J'ai du temps devant moi... et des projets et rêves plein la tête.