Toute la semaine, on a eu un temps incroyable. Grand soleil, chaleur, au point de délaisser le pantalon et le pull dès 9h du matin. les deux derniers jours, j'étais en short en partant du foyer.

J'ai mis toutes mes vaches dehors, y compris les deux taries, qui pour l'occasion ont moins boîté.

Cerise et Vahinée, toujours aussi têtues et fortes personnalité, en ont profité pour faire (en boitillant, nez et queue au vent) le tour de la ferme.

Retrouvé un bac pour l'eau, refait les branchements de tuyaux hier.

 

Cerise, toujours la tête penchée

Il faut jongler entre les deux périodes, avec toutes les génisses encore dedans, à nourrir et pailler, et les vaches en transition. Pas grand chose à bouffer, mais le soleil et l'herbe verte partout leur suffisent : elles s'étendent de tout leur long, ont l'air heureuses.

Du fond au premier plan, de gauche à droite : les fesses de Douchka, Athéna, Belette, Dunette qui sieste, Gala qui rumine, farandole qui regarde (au fond), Umagne à droite, et en guest, la sublime Babouchka

 

Ma grande Gala, qui se cachait derrière moi quand elle était la plus petite génisse du lot, est devenue une des dominantes. Elle m'appelle quand elle me voit passer, m'agiter.

En culpabilisant un peu, parce que le boulot n'avance pas dans ces conditions, je vais faire un bisou, un câlin, à celles qui demandent, m'allonger un moment contre celles qui sont couchées.

 

Malgré les dysfonctionnement, je suis bien, heureuse, joviale.

En les rentrant hier, on a eu une grosse débandade : le chauffeur qui nous faisait le fumier m'a demandé des trucs, forcément juste quand je rentrais les vaches. Bilan, elles se sont abadées sur la ferme, ont visité les veaux et génisses, le potager de la mamie, la grange, raconté qu'elles ne reconnaissaient plus leur place...

Quarante-cinq minutes pour attacher quinze vaches !

Mais malgré leur tête à connerie (notamment Gala, qui a vraiment abusé), je n'ai pas pu m'empêcher de les câliner et embrasser.

 

Parfois, je touche du doigt ce sentiment, d'aimer tellement fort que quoi qu'elles fassent je ne peux pas leur en vouloir.

En plus l'euphorie de la reprise ici me galvanise.

Plus je les observe, plus les différences de "lots" me sautent aux yeux. Les "bêtes du patrons", "bêtes de BobineLover" et les "miennes" sont différentes, en terme de comportement.

Les plus vieilles, celles du patron, sont câlines, normal quoi.

Celles de BobineLover, celle qu'il a élevées, ou vêlées (sa première génisse vêlée c'est Aphrodite) sont encore plus pot de colle (bon, en plus, Aphro et le reste de la lignée, c'est des cas à part).

Ses génisses sont sympas (Gisquette, Galipette, Heidi, Hermione, Harmonie, Heloïse, etc... en fait, toutes les "F" sauf Flora et Farandole dont je m'étais beaucoup occupée, toutes les "G" à part Gala, toutes les "H" sauf Hymette, Hypatie, et Hébé), câlines, familières... mais y'a un petit truc différent.

Hermione, Hécate qui fait la pitre, Harmonie, et Héra, au fond, qui veut accéder au cornadis

Et les autres, soient Flora, Farandole, Gala, Hymette, Hypatie (Hébé mais c'est un cas à part), Iliade, Inô, Itaque, Irina, Iphigénie, Io, Inachos, Isis, Iseut, Iris, Joséphine et Junon sont des chiens.

 Iseut

Inô, Irina et Itaque

Iphigénie, Io, et Iseut au fond

Ce sont celles que j'ai le plus "suivies", et les I et J, je les ai fait naître (ou pas loin, à deux jours près...).

Bon, les plus vieilles, je les ai suivies de loin en loin, mais mon investissement affectif n'était pas aussi important, et j'étais là moins souvent. Ce qui ne m'empêchait pas de faire le tour des pâtures pour distribuer des gratouilles.

C'est une chose que je prends très à coeur, garder le lien, le contact physique, avec les jeunes au pré.

Ca va très vite, à cet âge bête entre dix-huit mois et trois ans, elles "s'ensauvagent" pendant les périodes d'été. Les caresser, les manipuler, même au pré, tous les jours ou deux jours, évite qu'elles nous "oublient" et entretien le lien.

Ca simplifie les déplacements, les chargements en bétaillère, et limite considérablement les accidents. Quand elles pètent les fils, elles reviennent plus facilement quand on les appelle, même si on n'a pas de croquettes.

D'ailleurs, je n'ai jamais besoin de croquettes pour les apâter quand je vais les voir au pré : je siffle un coup, ou me manifeste, et elles viennent au galop pour se faire caresser !

De même, quand elles sont fermées, elles viennent au cornadis autant pour les caresses que pour le manger.

 

Ce qui me permet, d'ailleurs, de faire la transition sur le sujet qui me tient à coeur : l'importance des caresses en élevage.

 

Comme je l'ai évoqué, dans ma dernière ferme, le salarié ne caresse jamais les vaches, à peine une flatterie en passant, mais pas de vraies caresses pour le plaisir.

Je ne sais même plus les arguments qu'il m'a opposés exactement : ça les rend capricieuses, en salle de traite elles tapent quand on arrête de les caresser, après elles manquent de respect, ça peut être dangereux...

On m'a même opposé qu'une vache qui réclame des gratouilles le fait par vice, que c'est pour mieux nous shooter !

 

Comme je l'ai démontré au début de l'article, le contact physique et les caresses sont très importants dans l'équilibre d'un animal.

De la même manière qu'un enfant grandira quand même sans affection, il grandira heureux et profitera mieux si on l'aime.

 

Attention, je ne compare pas les bovins aux enfants, et je ne fais aucun antropomorphisme !

Mais je ne dis que ce que j'ai constaté.

Je ne dis pas de vaches jamais touchées sont malheureuses, je pense simplement que c'est plus difficile de travailler avec, et qu'elles sont plus souvent sur l'oeil, voire stressées.

Il ne faut pas, non plus, tout mélanger.

Caresser les veaux, les vaches, ne veut pas dire se laisser dominer.

Hymette, "mon" veau le plus pot de colle (elle était un peu "hors lot", donc on s'en est plus occupé), ou Gala, ou les autres... Ont très vite perdu l'habitude de donner des coups de tête.

Quand elle était petite, Hymette câlait le nez entre nos genoux, et parfois remontait la tête très brusquement, donnait un bon coup de tête dans les parties sensibles, le ventre, ou autre.

A moi, elle ne l'a fait que deux fois. Chaque fois elle s'est pris une (bonne) baffe et une gueulante.

Ce n'est pas pour autant qu'elle m'aime moins, loin de là, l'Apprenti peut en témoigner.

Quand elle le faisait, je lui collais une baffe, lui laissais le temps (quelques secondes ou dizaines de secondes) de l'assimiler et de se remettre, puis la caressais dans la foulée.

Elle a toujours cette habitude d'enfouir le nez contre le ventre, le bassin, et de remonter la tête, mais c'est un mouvement plus doux, plus fluide, et jamais brusque. Je me contente de faire un peu attention (surtout quand les autres sont autour et risquent de la bousculer).

 

Gala s'est pris deux trois baffes aussi, tout comme Hypatie, et même des coups de manche de fourche sur la tête : quand je paille, si elles se chauffent, elles commencent à sauter, courir, balancer les pieds dans tous les sens... Voir charger.

Ce n'est pas méchant du tout, elles jouent ! mais c'est dangereux.

Elles ont très bien compris, et maintenant jouent quand je suis hors de portée, et surtout ne baissent jamais "sérieusement" la tête face à moi.

Le fait de connaître de mieux en mieux ces bêtes (en général, je parle des bovins de tous genre là) permet d'adapter de plus en plus finement les intentions et réactions.

Quand j'appelle l'Apprenti à l'aide dans la case où est Hypatie, c'est pour qu'il l'occupe pendant que je paille : elle a la sale habitude de manger mes vêtements, de me lécher partout, et je ne peux pas faire mon boulot.

Quand je paille, elle aime bien aussi péter son câble et sauter, jouer, charger.

Mais elle sait comment elle peut le faire. Je me suis fait la réflexion hier encore, en les surveillant du coin de l'oeil.

Même si c'est "ma" génisse, l'Apprenti et elle ont une relation un peu particulière : il fait la moto avec ses cornes, joue avec en la tenant comme ça, lui secoue la tête... Quant à elle, elle joue le jeu, fait la génisse en colère... Sans passer à l'acte.

En les regardant, j'ai constaté (tout en donnant les recommandations d'usage "gaffe toi quand même", "la laisse pas trop baisser la tête face à toi" etc) que si Hypatie baisse la tête en la secouant face à lui (ou moi) quand on est dans la case, elle le fait "pour faire genre" : il n'y a pas de tension musculaire dans son corps, son attitude générale est détendue, et la queue ne dit rien.

Je suis donc tranquille dans l'ensemble, d'autant plus qu'un pétage de plombs a quand même quelques signes précurseurs.

De même Gala, quand elle était "petite", avait cette façon détendue de jouer quand j'étais dans les parages.

 

Du coup, les réactions, de ma part, sont beaucoup plus mesurées, les éclats de voix plus ciblés. Si je vois, ou plutôt "sens" une génisse commencer à se tendre pour exploser en vol quand je suis dans la case, je vais l'appeler d'une voix un peu grondante, lente, en prévention. Elle se rend compte que je veille, et se calme.

Si au bout de trois avertissements elle continue, elle se prend une baffe.

Par contre, si elle se calme, je lui fais une caresse en passant, en félicitation et remerciement.

Elles comprennent vite où est leur intérêt !

 

Pour les manipulations en tout genre, les caresses sont aussi très importantes : elles n'ont pas peur de la main, ne la craignent pas, et par conséquent sont beaucoup plus "souples".

En discutant avec SuperInséminateur mercredi, on l'a encore constaté : on a inséminé Héra, qui est donc en case paillée. Je les avais toutes coincées au cornadis, des génisses de deux ans à peu près. Héra calée entre la barrière et je sais plus qui (Hermione peut-être, je ne sais plus), je me suis vautrée sur la voisine pour tenir la queue d'Héra confortablement.

Sans faire attention à ce que je faisais, on parlait, je gratouillait Héra, mon accoudoir, la voisine...

Celle contre qui j'étais, à la merci du moindre coup de pied ou queue, était parfaitement détendue, mais vraiment ! aucune tension musculaire, aucun mouvement de queue, de pied... situation parfaitement normale.

Phiphi m'a fait remarqué que c'est bien parce que c'est moi, et qu'en général, ailleurs, c'est le rodéo...

Dans notre cas, on n'avait même pas à surveiller un éventuel coup de pied, même Héra était tranquille, alors qu'elle avait, m'a-t-il dit, une légère malformation utérine qui rendait la procédure un peu plus compliquée.

Ca simplifie la vie !

 

Attention là encore à ne pas partir dans les extrêmes : ce n'est pas parce que je ne suis pas "consciemment" en alerte que je ne fais pas attention. Comme je l'ai dit, le "sens" des bêtes est là, et j'ai toujours les antennes dressées, prête à réagir au moindre problème. Il y a toujours des risques, évidemment.

Mais avec des animaux apprivoisés et familiers, ces risques sont bien moindres, et viennent d'éléments extérieurs.

 

Enfin, une autre des applications utiles des caresses, c'est la confiance mutuelle qu'elles engendrent.

Elles nous font confiance, et en retour on peut également évoluer dans leur entourage proche sans risques.

 

Bon, ok. J'ai un oeuf sur le front à cause d'un coup de corne d'Aphrodite. Mais c'est pas ce que vous croyez, je balayais la crêche et elle a pas réussi à m'éviter, j'ai foncé dedans. Faut que j'investisse dans un casque, c'est surtout ça.

 

Mais sinon, dans l'ensemble, elles détournent la tête pour ne pas nous accrocher avec les cornes, et ne bougent pas quand on se prend les pieds dans nos lacets et qu'on s'écroule, raccrochés de justesse à une oreille, une corne justement, ou n'importe quoi qui trainait.

Ce qui fait plaisir aussi, c'est quand elles ont mal ou que ça gratte à un endroit merdique (genre le nombril, la base de la queue...), et nous réclament de l'aide. Récemment, c'est Finnoise qui m'a fait le coup.

 

On en vient à s'entraider pour la vie de tous les jours, et on a des rapports plus simples pour plein de choses.

 

J'ai hate de voir le pareur du GDS arriver, je suis sûre que les passages individuels en cage de contention, ça va aller tout seul. Elles suivent en licol comme des chiens !