IMG_1183

C'est tombé en même temps que le retour du froid, du brouillard, et des déceptions familiales.

La joie, le bonheur d'apprendre que je bosse pour le nouvel an.

Les probabilités très fortes de bosser aussi pour Noël ; si c'est pas le cas, je me débrouillerai pour le faire.

 

Début du mois, le Grand Manitou m'a appris, pour mon plus grand plaisir, que je retournais chez Monsieur Violette. Sur ma ferme à Bisounours.

Quand je l'ai su, j'ai commencé à trembler, pour exploser en bonds de joie (mettant en panique les chats et les chiens), et youyous, devant les (beaux) yeux interloqués de l'Apprenti.

Il a vite compris, m'a posé la question : "tu retournes chez Violette ?!"

 

Eh oui.

IMG_1184

J'ai peu dormi la dernière nuit, réveillée avant l'heure, pour sauter du lit dès la sonnerie.

 

Quand je suis arrivée, le patron était déjà à l'écurie. J'ai pris mon temps, avançant à petits pas, yeux grands ouverts, dévorant du regard mes amies, compagnes... presque membres de ma famille.

Flora, Gaïa, Euterpe, ah, tiens... une hallu ; flash-back un an en arrière, Billie H ??? non, c'est sa fille, Gouape. Vahinée... En face, Cerise, Gala si grande et costaude, Finoise et son oreille mangée, Chimène...

 

Le patron qui s'approche me saluer, fourche à la main, le chiot lui faisant fête ; il a un immense sourire, a l'air sincèrement heureux de me revoir, et c'est réciproque. J'en pleurerais presque.

Je prends des nouvelles de tout et tout le monde, j'en branle pas une, c'est la première demie-heure, je me contente de lui poser des questions, de répondre aux siennes, et de saluer mes amies. Toutes, elles se retournent, me regardent, me meuglent doucement. Tendent le muffle pour faire une léchouille, un câlin, m'appellent de leurs grands yeux.

Même les moins familières habituellement me font fête.

Même Belette !!!

 

J'ai le coeur qui va exploser. Les odeurs, les sons, et surtout les "visages" de mes vaches me comblent. L'impression de rentrer à la maison.

 

Plus tard, dans la journée ou la semaine, le patron m'annonce qu'il a eu le Grand Manitou, que pour les jours, les heures... Il n'a pas besoin de passer par lui. Il s'arrange avec moi.

Donc les week-end travaillés ou non, les congés... C'est entre nous.

Le jour de l'an, ça sera chez lui.

Réveillonner avec Elles. Le pied.

IMG_1185

Les retrouvailles avec les veaux, les génisses, sont du même accabit. Io, Iphigénie, viennent demander des caresses, Iseut, un peu plus trouillarde, reste à distance.

Irina Ivanovna, avec sa tête ébouriffée, appelle, Hypatie tire une langue de trente centimètres, Inô, Iliade, Itaque tendent la tête pour avoir des caresses.

Case suivante, Hymette me reconnait et se rapproche en courant, ferme les yeux avec son menton sur mon épaule.

Même Hébé vient me saluer, Hécate ne décoince pas, Hélène fait une léchouille, Hermione bourre tout le monde, Héloïse vient me sentir et quémander une gratouille, chassée par Héra qui veut sa part.

Harmonie, habituellement farouche, vient aussi dire bonjour.

Dernière case, je les reconnais avec peine, elles ont tellement grandi ! Gisquette, Galipette et Gasconne se battent pour me lécher, Heidi, plus petite, reste derrière avec ses grands yeux et tend le nez.

Je suis heureuse.

 

Le soleil se lève, je suis revenue. Le lendemain après-midi, l'Apprenti viendra avec moi, retrouver aussi le troupeau de Quelqu'uns qui me rend si joyeuse.

 

On reprend nos habitude, cette fois-ci c'est MA ferme. BobineLover me fait la gueule depuis deux mois sans explications, tant pis pour lui. Je m'installe.

De nouveaux départs précoces vont ponctuer la première semaine : Clémentine et Euterpe, les deux seules filles de Violette, vont partir. On n'a plus de descendance de ma grosse.

Friponne aussi va partir, la croisée charolaise, fille de Tsigane. Elle, je l'ai câlinée comme les autres, c'est un des premiers veaux (avec Gouape, Finoise, farandole, Flora...) que j'ai élevé, il y a presque trois ans. Mais j'ai évité de trop m'y frotter, les voir partir c'est vraiment trop douloureux.

 

Heureusement, la place vide de Clémentine va être rapidement occupée par Eurydice, qui jusque là était encore dehors avec Umagne, Tsigane et Elysée.

Eurydice nous a fait une énorme génisse, têtue comme une vieille mule, une Bourgueil. On n'a pas encore trouvé son nom...

Du coup, on a toute la lignée dans l'écurie : Aphrodite, Delphe, Eurydice.

 

Quelques soucis : Déméter et Cannelle s'étaient écrabouillé un trayon, et Delphe a fait la même en début de semaine, s'épluchant le canal sur le bout.

Donc, deux fois par jour, pansements à faire, avec entrave et difficultés pour Dem et Delphe, qui ont décidé qu'elles nous feraient chier. Delphe a en plus besoin d'une sonde, alors il faut mettre un bouchon avant. Bonjour le rodéo...

Mais en retour, les deux saucisses me font plus de câlins qu'avant...

 

Il y a aussi Gouape à apprivoiser, elle qui nous fait de la rétention de veau, et que j'appelle "Billie" quand je suis fatiguée.

 

De les retrouver, ça m'a fait le même effet que de retrouver des membres proches de ma famille. La chaleur de leur accueil, le premier jour, m'a tellement emplie de gratitude que j'ai flotté sur un nuage pendant des heures.

IMG_1186

Je ne sais pas si c'est de la chance, un hasard, ou une cause à effet, mais les pires merdes me tombent sur la tronche quand je suis sur cette ferme en général. C'est à dire en mesure d'encaisser, soutenue par mes bêtes et maintenant l'Apprenti.

Les déceptions ne passent pas mieux, mais sont oubliées un moment, quand Flora pose son menton, yeux fermés, sur mon épaule ; que Aphrodite colle sa tête contre moi, toute cette puissance pleine de douceur... que Cannelle lèche mon pantalon avec application, que Déméter me tend ses joues pour que je les gratte, que Cerise frotte son muffle contre ma poitrine, que Finoise me coince pour que je lui frotte les joues.

Quand Vahinée me regarde, que Babouchka se tord pour que je l'étrille où ça fait du bien, que Athéna me fait un bisou en début de traite, que Farandole mange mon bonnet, que Chimène veille sur moi du coin de l'oeil, que Dunette teste toujours plus, ou que Amande, avec toute sa douceur et sa présence, me facilite la vie quand je suis entre elle et Garance. Quand je regarde Douchka manger son maïs la tête en l'air, en foutant partout, que Enéide, la si discrète, tend son petit nez pour une caresse, que Fanette fait des câlins l'air de rien, elle qui génisse était inapprochable, j'oublie tout ce qui n'est pas la ferme.

Les soucis, les déceptions, les chagrins, les questions et incompréhensions, sont chassés par le souffle chaud de mes compagnes, amies, adorées.

Je fais durer le soir, quittant la ferme à 20h30, 21h, voire 21h15, hésitant à rentrer le midi pour passer plus de temps avec.

 

J'ai un week-end, complet ; depuis 14h ce samedi, le temps me tarde, je me languis. J'en rêve la nuit.

 

Un lent glissement est en train de s'effectuer, mon centre du monde se déplace, pour devenir cette ferme, ce troupeau, et ma vie réelle et actuelle : l'Apprenti, Le Monstre, le Chacal, et les chats et rongeurs. Mon amie Sylvie, mes amis "périagricoles" comme le dit si bien Nico mon contrôleur, et mon inséminateur.

Des gens proches, géographiquement et moralement, stables, sur qui je peux compter, sans jugements. 

Des liens forts, parce qu'on s'est choisis, qu'on a des centres d'intérêts commun : notre univers de travail, les bêtes, la nature, voire liés par nos blessures et sensibilités.

L'Apprenti, qui a décrété dès les premiers jours que "les vaches, c'est des quelqu'uns, pas seulement des animaux" ne râle pas (trop) : il comprend l'importance qu'elles ont pour moi, le constate, et assume même difficilement l'attachement que Irina lui porte (et qui est réciproque).

Le patron n'en revient pas, je connais les lignées aussi bien, presque mieux que lui !

 

Je ne sais pas de quoi va être faite l'année 2014 ; l'année 2013 a été plus que pourrie, tellement dure pour moi, qui n'ai pas trouvé de soutien où je le pensais.

En revanche, j'ai découvert des gens en or, ceux que j'ai cité plus haut.

Merci à vous, à eux.

Peut-être que l'année qui vient sera pire que celle qui vient de passer, peut-être qu'elle sera exceptionnelle. En tous cas, elle ne peut que bien commencer : je passerai le nouvel an bien entourée...

 

 Images : Irina Ivanovna Babouchkaïa, rejointe par Itaque.