Depuis deux semaines à présent, je suis sur une ferme un peu à part, la seule du secteur, même du coin, de ce type : un élevage de veaux de lait sous la mère.

 

Dans le principe, c'est hyper simple : deux fois par jour j'attache la quinzaine de mères, leur lave la mamelle, je lâche les veaux, les place sous leurs nourrices, et quand ils ont fini je les range dans leur box.

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Dans la pratique, c'est presque ça :

J'attache les vaches au cornadis (deux montbéliardes, une limousine, une tarine, le reste en abondances, plus Nin-Nin, le taureau blond (d'Aquitaine) au milieu), chacun à sa place (elles et il la connaissent, donc pas trop de souci de ce côté, sauf quand elles ont décidé de faire chier), je les lave, et le rodéo commence.

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Mes veaux ont entre huit jours et trois mois je crois.

Tous croisés limousin (veau acheté) ou blond (veau de saillie).

Donc entre 30 et 150kg. De muscles et d'énergie.

 

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Ils ont un collier, qui me sert à les tirer, les freiner, les guider... Et à faire le drapeau.

 

J'ai un corps très con : quand je m'accroche d'une main à la barrière, de l'autre au veau, je me retrouve écartelée et dans l'impossibilité de lâcher : si je lâche la barrière, je vais me faire massacrer, trainer par le veau tout fou.

Si je lâche le veau, je suis bonne pour courir après pendant des plombes.

Donc je me fais régulièrement disloquer les membres supérieurs...

 

Chaque veau a sa ou ses vaches attitrées, hors de question qu'il aille où il veut : têter un litre ici, trois litres là... C'est n'importe quoi, l'anarchie totale, et au final les veaux ont mal mangé et les vaches ne sont pas têtées.

Ils sont éduqués : je les mène à côté/derrière leur maman, les place"à cul" entre les vaches, leur dis "recule", et le veau s'insère à reculons. Quand tout va bien, toutes les vaches sont têtées, les veaux sont gentils, tout ça.

Soigner, ça ne prend que deux ou trois heures par jour, en comptant le paillage.

 

Mais quand ça se passe comme cette dernière semaine...

 

Il y a une semaine, trois de mes veaux sont partis : deux grosses salers, un blond.

Depuis, c'est l'apocalypse.

Aucun veau ne tête plus correctement, pas moyen de les garder sous leurs mères, ça se balade, ça tord le nez... Même sans avoir rien changé !

Ca a peut-être coïncidé avec la lune, le temps, ou le sens du vent.

Mais c'est infernal.

J'en ai deux ou trois qui sont plus ou moins tombés malades, etc...

La patronne a racheté un limousin de huit jours, qui a chopé la chiasse et est complètement déshydraté.

 

Bilan, là ça se calme un peu, mais au moment où j'ai pris mes deux jours de congés, je galérais pendant plus d'une heure pour faire têter tout le monde (une douzaine de veaux), et je trayais entre quatre et six vaches.

A LA MAIN.

DEUX FOIS PAR JOUR.

Entres celles pas du tout têtées, celles qui l'ont été à moitié, au quart, etc...

Ca me fait près d'une vingtaine de litres par traite.

A LA MAIN.

Assise sur un tabouret en bois, à traire dans un seau.

 

Très vite, j'ai pris des crampes terribles dans les mains, au point d'en chier pour tenir mon volant, de trembler quand je tenais ma fourchette, etc.

Ca s'est un peu atténué.

Cependant, j'ai les doigts de la main gauche presque insensibles, pleins de fourmis, et ce jusqu'à l'épaule.

Il faut que je tienne une semaine, j'ai appelé mon étiopathe pour avoir des conseils, il m'a donné des étirements et exercices à faire, ça a diminué les symptômes.

 

La neige est arrivée aujourd'hui, je suis à 750m, c'est joli, mais ça fait chier.

Heureusement, la ferme est à 8km de chez moi...

 

Seulement, je prends tellement à coeur la "bonne tenue" de cette ferme, que je me grille les nerfs à petit feu.

La patronne a le dos en vrac, suite d'une gamelle en avril ; Groupama ne veut pas l'indemniser, sous prétexte que c'est "une rechute", et qu'elle a souscrit son contrat en mai.

Niveau financier, avec la perte d'une vache achetée, et de deux veaux, elle s'est foutu dans le rouge à fond.

 

Du coup, pour ces deux semaines, j'ai pris la charge sur mes épaules.

 

Bon, faut relativiser, et surtout il faut que j'arrête de me ronger les sangs avec ce qui n'est pas le boulot ou l'urgent : les impôts (que je paye ! avec mon smic !!!), la voiture qui tombe en ruine, etc...

Le boulot, quand tout va bien, ça va bien !

Je lis, toujours, pas de plus en plus (c'est impossible, avec un rythme de 2 ou 3 romans par semaine, voire plus... Et pas des "oui-oui à la plage", c'est plutôt des pavés de 600/700 pages à la fois, écrit petit et sans images), mais vraiment beaucoup.

Je regarde des films avec l'Apprenti, ou me passionne pour son avancée dans tel ou tel jeu vidéo bourrin, Half-Life, S.T.A.L.K.E.R., etc... que je lui ai fait découvrir.

Je tombe dans des trous sans fond, au milieu de ma loveuse pendant ma lecture, au bord du lit, sur un tas de foin...

je m'émerveille chaque jour un peu plus des prouesses du cadeau de mes patrons ours :

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Son intégration dans la ménagerie se fait sans trop de heurts, entre les chats, Le Monstre...

A même pas trois mois, il va déjà aux vaches, les chercher, les pousser, à la gueule et aux dents : Le Monstre ne mord pas les talons, Le Chacal, lui, a l'instinct. Je surveille, je ne le pousse pas au boulot (surtout que je pense que c'est fini, je ne sortirai plus de vaches), mais le félicite quand il s'y met.

 

Pour mes deux jours de congés, je suis tombée dans le trou de ma loveuse en fin de soirée, suis allée me coucher, laissant l'appartement et les fauves aux bons soins de l'Apprenti... Et ai dormi presque vingt heures d'affilée. Une heure trente de "veille" vaseuse, pâteuse, pour me recoucher, et émerger une bonne dizaine d'heures plus tard.

 

Bam, comme ça.

 

Sans me vanter, je crois que peut-être...