C'est la "question rituelle" de début de traite, ou de prise en main du troupeau.
Appuyer une vache, c'est exercer une pression sur la griffe de la machine, pour "tirer" le lait de force, parce que les pulsations et le vide ne suffisent pas.

De base, AUCUNE vache n'a besoin d'être appuyée, elle donne tout son lait toute seule. mais certains éleveurs prennent cette sale habitude, et il suffit de deux fois pour que le pli soit pris des deux côtés.

On dit aussi "égouter", "finir"...

C'est très mauvais comme pratique, pour plein de raisons :

Pour la vache, ça lui donne une très mauvaise habitude, celle de ne plus donner son lait seule.
Ca lui "décroche" la mammelle vitesse grand V : la tétine n'est pas conçue pour résister à des pressions pareilles, donc petit à petit les tissus lâchent, les nerfs/tendons morflent, et tout se casse la gueule.
Ca lui provoque des cellules, c'est à dire une surabondance de leucocytes (globules blancs) dans le lait, donc venus de la mamelle : l'inflammation provoquée par la tension, l'agression, la déchirure des tissus provoque une réaction immunitaire...
Ca détruit le sphincter, bousillant le muscle, les tissus, anihilant de cette façon la barrière protectrice naturelle : les maladies et microbes remontent bien plus vite dans la mamelle et les trayons.
Pour finir, on peut avoir une blinde de saloperies dans la tétine, une plaie à vif (quisqu'elle ne peut pas guérir, étant réenflammée toutes les douze heures), voir des staphylocoques.
Donc, un fléau.

Quant à nous, les dégâts sont presque aussi nombreux :
J'ai eu à traire une bonne centaine de vaches, dans une salle de traite 2x4, y'avait le décro et tout ce qui va bien, mais les agris sont des grands malades (et les plus jeunes associés, ça passe vraiment pas - surtout le dernier arrivé, alors lui...) et les appuient TOUTES. Ils n'attendent pas qu'il n'y aie plus de lait dans le bol de la griffe, non ! Ils attendent qu'il n'y aie plus de lait du tout dans le "bol à flotteur" beaucoup plus bas !
Bilan, on met plus de 2h30 à traire à chaque fois... Et on se bousille la santé.
C'est un des très gros mauvais points, pour nous, ça.

On se prend très vite mal aux épaules, puisque la pression à exercer est chaque fois un peu plus forte et plus longue. Ca passe dans les coudes, les poignets, les doigts, de l'autre côté dans les trapèzes, les cervicales, le dos, pour finir par les genoux, les chevilles...
Cent vaches (on va dire cinquante quand on est deux) à appuyer plusieurs minutes d'affilée, deux fois par jour, ça fait "travailler", ou plutôt forcer, le corps entier.
J'y avais remplacé trois ou quatre semaines, au bout de la première j'étais rotopilée, au milieu de la deuxième je me réveillais toutes les nuits en pleurant parce que j'avais perdu toute sensibilité dans les deux bras (comme quand on a la circulation coupée), au début de la troisième je pouvais difficilement tourner la tête, et à la fin du remplacement je boîtais, avais des sciatiques paralysantes des deux côtés (et pas juste un petit pincement aux lombaires, non, ça partait du bout de l'orteil jusqu'aux doigts), des migraines quotidiennes, et me réveillais tous les quarts d'heure, la nuit, pour essayer de réveiller mes bras.
Ce remplacement a été un enfer, pour beaucoup de raisons personnelles, pour l'ambiance de travail, la masse de travail (80 génisses attachées à soigner, paler (curer, faire le fumier), nourrir deux fois par jour, les 100 vaches à nourrir et traire, plus le bâtiment merdique à râcler...)... et pour le temps passé à appuyer ces foutues bestioles.
Une de leurs plus belles vaches, Conquise, sacrée première mamelle l'année précédente, avait en quelques mois reculé au niveau d'une vieille abondance de 12 ans. Ecoeurant.

Les tendinites peuvent réduire, mais ne se guérissent jamais ; de la même façon qu'une porcelaine cassée sera plus fragile qu'avant, une fois les tendons fragilisés, l'inflammation peut revenir très très vite. Désormais, le geste de râcler les stalles de l'écurie me provoquent des douleurs presque insoutenables dans les deux épaules, à hauteur des coiffes.

Ensuite, on perd un temps monstrueux, pour... que dalle.

Le Contrôle Laitier, à l'aide d'outils de mesure précis, et avec l'accord des agriculteurs, a réalisé une expérience : la pesée du lait, ultraprécise et enregistrée sur ordinateur en même temps (Nico, Laurent, ou Philomenne, corrigez moi si je me trompe), pour mesurer la quantité de lait gagnée en appuyant les vaches.
Le résultat est minable : à peine quelques dizaines de grammes, éventuellement quelques centaines pour les "plus dures" des vaches.
Mais dans tous les cas, absolument RIEN qui ne justifie de bousiller durablement sa santé et celle de sa ruminante.

Donc, sachant tout ça, j'ai toujours un petit ascenseur émotionnel quand je pose la question...
Parce que si la réponse est positive, ça veut dire perdre du temps à grapiller, au mieux, deux litres pour 30 vaches.

Cependant, le retour en arrière est parfois possible. Si on commence la nouvelle lactation sans appuyer, la nature est bien faite, et si la vache n'a pas donné tout son lait à une traite, elle le fera à la suivante.
Ou alors, sur la durée, appuyer de moins en moins longtemps, se contenter de masser légèrement les quartiers avant de débrancher, faire confiance au décro quand il y en a un, débrancher systématiquement dès que le lait ne coule plus (en s'assurant quand même que la vache est traite un minimum)...
On peut aussi stimuler la mamelle avec un peu d'avance (ne pas la brancher trop vite après l'avoir lavée) pour que le lait s'accumule au maximum dans les "réservoirs" en bas des quartiers, et qu'il tombe plus vite, façon "chute d'eau" ou barrage qui cède.

Et puis, aussi, relativiser : ce ne sont pas quelques litres de plus ou de moins qui vont changer grand chose à la fiche de paye, surtout quand c'est dans ces conditions...