Et ils font plus de dégâts.

 

Pendant l'été, juste après les fauches, on peut voir pousser un peu partout, à l'entrée des chemins, des champs, des parkings un peu isolés de zones industrielles... des énormes blocs de béton. Parfois, un outil agricole très gros, très lourd, pas mobile (j'ai vu un énorme broyeur passer presque une année au bord de la route comme ça), ou une énorme benne de recyclage ou autres.

C'est essentiellement au bord des prés et champs relativement plats et proches des grand axes de circulation.

Les premières fois, quand j'ai su à quoi ça servait, j'étais outrée, offusquée.

Et puis j'ai vécu l'invasion, directement ou par procuration, et j'ai compris.

J'ai entendu des rumeurs, lu des histoires dans les journaux... Entendu les témoignages des agriculteurs, réparé les dégâts tant bien que mal.

 

C'est horrible à dire, mais les "plans anti-caravanes de nomades" se multiplient, se diversifient, et deviennent parfois des programmes très complets, jusqu'à impliquer une modification définitive du paysage.

Cet été, j'y ai été directement confrontée.

Mi juillet, j'ai repris chez le Grand Manitou. Deux ou trois jours plus tôt, une quinzaine de caravanes avait débarqué dans le village pendant la journée (en plein pendant les foins, donc le patron pas là pour surveiller), avait démonté la clôture électrique du parc de nuit des laitières, bazardé le fil, les piquets, et s'était installée totalement illégalement et sans autorisation aucune.

La gueule du patron en rentrant (ou quand le maire l'a appelé pour le prévenir, moi je n'y étais pas, mais j'imagine très bien).

Quand c'est comme ça, on ne peut rien faire.

Ni concrètement, ni légalement (dans le sens où il n'y a aucun recours possible).

Donc il a remonté le parc un peu plus loin, pour continuer à faire pâturer.

Négocié un peu avec les "gitans", comme il a pu, et avec le maire.

Seulement, comme on dit, on leur donne "ça", et ils prennent "ça".

Tous les jours, ils repoussaient un peu plus les piquets, au point de faire trainer les fils par terre, et déplaçaient un peu plus les caravanes.

Ca sert à rien de gueuler, ils sont d'une mauvaise foi pas croyable et souvent violents.

 

On fait donc le tour tous les jours, comme on peut...

Un jour, le patron étant parti en vacances et moi seul maître à bord, avec l'Apprenti, pendant la traite, un homme d'une soixantaine d'années arrive en panique dans la laiterie.

"Il est par là Grand Manitou ?

- Bonjour ! non, il est parti depuis une semaine, en vacances, c'est moi qui le remplace. Il y a un problème ?

- Oui ! Les caravanes ! Y'en a 25 qui arrivent et s'installent dans le pré, ils ont encore foutu les fils à terre !"

 

Evidemment, c'était un samedi ou un dimanche, on avait prévu des trucs pour la journée, genre sortie en ville etc.

Branle-bas de combat, je finis de traire, et file en courant au pré, rejointe par le Pépé (le pré est au milieu du village, entre l'école, la boulangerie, l'église et la salle communale).

Le vieux est en rage, moi aussi, l'Apprenti se rend compte du problème. Je devais y mettre les laitières pour la journée...

Changement de programme, heureusement j'avais fait le parc suivant la veille, donc déplacement du tonneau, sortie des vaches (merci Le Monstre), et retour au pré... Tous les fils en bordel, les caravanes se sont étendues, je n'ai plus assez de surface pour mes laitières. Je devais tourner sur trois pâtures et demie, (une "de transit"), je me retrouve avec deux et demie pour 35 vaches.

Je retrouve le maire, qui ne m'inspire pas trop confiance : regard fuyant et pas franc, mort de trouille...

Moi je vais pas foutre le feu au campement, mais je suis en colère.

Seulement, j'ai pas de "légitimité", et je suis une jeune femme, et pas très grosse en plus. Donc j'évite d'être grossière.

Je retends mes fils, remonte le parc, le maire armé d'une bombe de marquage peint les piquets de la clôture fixe, de la parcelle à côté, pour être sûr qu'ils ne rebougent pas les fils.

Je ramasse une bonne quantité de déchets par la même occasion.

Retour à la ferme pendant que le maire parlemente, je branche le courant, sur secteur. Ce poste est puissant, quand y'a un faux contact ça fait des étincelles bleues sur le fil. Je ne le débrancherai plus de tout mon remplacement.

Un nouvel arrivage de caravanes est prévu, il faudrait que le pré soit "habité" non stop... je réfléchis, ma décision est rapidement prise, et j'en informe le pépé : je vais aller chercher mes cinq taries, en pâture sur le village à côté (le pré commence à tirer en plus), et je vais les coller dans le village à côté des caravanes.

Plein d'avantages : vaches prêtes à portée de regard sans avoir besoin d'aller les voir à 6km, je passe devant tous les jours quand je viens et repars, le pré sera fini de manger, le jus aura une "raison" d'être mis, et ils n'oseront sûrement pas bouger les fils comme ça. Deux trois gitans viennent voir ce que je fais, posent quelques questions hésitantes... Je leur dis que c'est des vaches, qu'elles sont gentilles, mais assez vives, qu'il y en a une notamment qui a tendance à charger. Héhéhé.... Totalement faux, mais j'ai tellement la haine que si j'avais pu j'y aurais collé cinq ou six taureaux montbéliards...

Cette matinée infernale n'en finira pas. Casse-croûte sur le pouce, puis, l'Apprenti et moi, courrons atteler la bétaillère, un seau de croquettes, une bobine de ficelle, trois quatre piquets...

Il faut faire un chemin dans les bois pour les cinq taries : leur pré actuel n'est pas pratique pour charger, il faut donc les descendre à travers bois vers l'autre pré, qui comporte une "attrape".

Chemin fait, croquettes secouées, je pars dans les bois devant. Elles suivent bien, le pré est râpé. J'ai mis la bétaillère en place, arrive à coincer mes bêtes dans l'attrape, et commence la valse pour les faire monter dans la bétaillère. Une ou deux fois, j'ai peur que la grosse Blanchette pète tout et se barre hors du piège. Finalement, on y est... Le pépé arrive sur ces entrefaites, juste à temps pour constater que j'ai fait les choses bien, comme il le pensait, il est super content.

On ne démonte rien, on reviendra. On ferme, lève le pont, et c'est reparti pour 3km. Arrivée dans le pré, je rentre avec la bétaillère, demi tour cul au pré, j'explique la manoeuvre à l'apprenti, et on lâche les fauves. Pendant qu'il referme la clôture, je file dételer la bétaillère, on repart illico chercher le tonneau et démonter le parc (qui sera refoiné).

Du coup je passe BEAUCOUP de temps à réfléchir à mon organisation de pâtures, sachant que quand je laisserais la ferme au terme de mes douze jours de garde d'affilée, c'est Chevriette qui la récupèrera. Donc lui faire au plus simple, avec un minimum de manipulations de tonneaux.

Si les choes devaient s'arrêter là, ça serait cool... Mais non !

Deux ou trois jours plus tard, j'ai une visite des manouches. Mais Fille de Manitou (qui est restée, elle travaille) m'avait prévenue, ils sont venus la trouver vers 22h30 la veille pour lui demander des piquets et du fil !!!

Donc le "Chef" (ou ce qui y ressemble) vient me demander des piquets et du fil parce que "une autre communauté va arriver s'installer sur le terrain qu'ils squattent eux-même, et ils veulent pas parce qu'ils les aiment pas".

Je tombe des nues.

Quel foutage de gueule !!!

Ils sont allés trouver le maire aussi, pour lui demander de faire quelque chose, parce que les autres caravanes vont venir s'installer et faut les empêcher c'est pas chez eux !

Le maire leur demande où est la logique là dedans, sachant que les premiers se sont déjà foutus de lui et se sont installés sans autorisation, nous on peut rien faire...

Finalement, sans revoir le maire (il me racontera ça plus tard), je prends ma bobine la plus pourrie, mes piquets en fibre les plus destroys (ceux qui nous blindent les mains d'échardes juste parce qu'on les regarde), et je vais mettre un fil autour du terrain (qui sera aménagé en aire de jeux), symbolique plus qu'autre chose.

Ils me remercient, nous payent le café à l'Apprenti et moi (ils auront d'ailleurs tendance à s'adresser à lui - qui pourtant se tient en retrait - parce que c'est un homme...), tentent par la même occasion de nous vendre des vêtements, des parfums de marque...

Evidemment, deux jours plus tard, le fil sera en vrac, la plupart des piquets disparus, quant au parc lui-même, le fil sera fondu à quelques endroits parce qu'ils foutent leur barbecue dessous...

 

La fin de l'histoire ? les flics ont fini par venir, la fête au village était prévue, et elle sera annulée si les caravanes sont là. La fête a lieu le 15 septembre, ils se sont installés le 15 juillet...

Le terrain sera laissé relativement propre, mais complètement ravagé, plus rien ne pousse.

 

 

Début septembre, je reçois un sms de BobineLover, pendant que travaillais chez le Grand Manitou ("mes" caravanes toujours là évidemment) : "tu sais pas où on peut acheter une kalach ?"

Ca, ça veut tout dire. les manouches sont chez Monsieur Violette.

Ils se sont installés, comme d'hab sans demander, sur une immense parcelle qu'on foine, qui sert aussi de pâture, un super terrain.

Une communauté qui est très connue par ici : ils ont détruit quelques aires d'accueil, et sont particulièrement dégueus, à gerber.

Je n'ai suivi que de loin, le patron est effondré, en rage, dégoûté. Il a déposé des mains courantes, il ne peut RIEN faire, saisir la justice ? ça va prendre des mois, personne ne veut se mouiller, ni le préfet, ni les flics, personne. Le maire ne peut rien, personne.

Avec les voisins ça rule, ça gronde, l'ambiance est détestable.

Finalement, ils ont réussi à les faire partir je ne sais plus comment. Ils sont restés quelques semaines...

Dès leur arrivée, un conteneur à ordure a été mis au bord du pré, à leur disposition. Accord tacite, "on vous laisse le pré, mais vous le rendez propre".

Que dalle.

Cette communauté me donne des envies de torture.

C'est cette même qui chie dans les chemins de promenade, se lave dans les abreuvoirs des génisses, balance ses déchets partout.

Même après un festival ou une rêve party les terrains sont en meilleurs état général.

Quand ils se sont installés chez Asimov y'a quelques années, les terrains étaient labourrés, ils roulaient dans les prés pour s'amuser et les détruire.

Le lendemain de leur départ chez Violette, on a trouvé ça :

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IMG_1049 Sur ce tas là, ils avaient chié. Partout. J'ai pas fait de gros plan, ça puait trop.

 

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IMG_1051 Du polystyrène... Pas du tout polluant, et très bénéfique à la santé des bêtes, tout le monde le sait...

 

IMG_1053 Une télé... Oui oui ! Pas vérifié dans quel état....

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Bilan ? vu qu'il y a des travaux, le patron a demandé aux ouvriers de monter une "digue" de terre tout le long de la route, empêchant quiconque d'accéder à la parcelle. Et pour aller la travailler avec le tracteur, ça va être merdique et ralonger les trajets.

Il a demandé aux Brigades Vertes de nettoyer le terrain, elles n'ont pas pu finir, ce qu'il y a au bord de la route les a TOUS fait dégueuler.

Il ne peut pas retourner le pré et resemer, même en prairie, sous peine d'avoir des amendes et pénalités de la PAC : le terrain est déclaré en prairie permanente, il n'a donc pas le droit d'y faire quoi que ce soit.

Elle est où la justice là dedans ?

 

Si vous en voulez plus, je vous laisse vous renseigner sur les conditions d'invasion de terrains comme ça.

Entre les coups de fusils échangés, les agriculteurs passés à tabac parce qu'ils proposaient un autre terrain, un peu plus loin, en échange de celui qu'ils voulaient investir, les animaux abimés, les terrains massacrés, les aires d'accueil détruites...


Le non respect du travail et des biens des "sédentaires" de tous bords...

 

Je ne veux pas qu'on croie que je suis raciste ou intolérante. mais je commence à en avoir plein le cul de ce manque de respect, cette impunité, cette façon de refuser le dialogue.

Cette façon de massacrer le travail des autres.


On peut y faire quoi ?