Il y a deux semaines, BobineLover m'a envoyé un sms, en fin de journée : "bon, bah c'est confirmé, Violette est vide, depuis le temps que je le disais au patron". 

Et bam, coup de poutre derrière les oreilles. 

Non, pas Violette ! 

Ma grosse Violette, vache à câlins, vache de réconfort, ma vieille, ma mémère, qui fait plus de gras que de lait, qui a des si jolis yeux... 

Celle qui a donné son pseudo au patron sur ce blog. 

"La" Violette... 

Dès cette annonce, j'ai pensé à lui. 

"Il va être effondré! tu peux pas lui faire ça, elle gène personne au parc, laisse la passer l'automne tranquille !" 

Mais non. Il veut la "sortir" avant qu'elle maigrisse trop, on a besoin de place, on doit déjà dégager six vieilles, à cause de toutes les génisses qui arrivent. 

"Ca fait trois semaines que je lui répète qu'elle est vide, là on a confirmation.... les autres il se prépare psychologiquement depuis trois mois, j'avoue que Violette c'est un peu rapide, mais bon. il m'a pas demandé mon avis pour Câline, je lui demande pas pour Violette". 

Jours de deuils, pour moi. 

Je ne veux pas qu'elle parte, pas si vite. 

Ca va être terrible, SEPT VACHES d'un coup, les vieilles, et moins vieilles, qui vont partir.  

Caline, Clémentine, Euterpe. Violette. Vadrouille et Ablette cet été. Probablement Amande, Vahinée... 

Je ne veux pas. Mais on a pas le choix. 

Il va déjà finir l'année dans le rouge, par rapport à l'an dernier, il a fait 11.000€ de moins sur le blé. 

Philomène décrit très bien ces phénomènes, la compta-gestion agricole. 

Ca fait mal. 

 

Il lui a laissé quelques jours de sursis, je le remplaçais lundi et mardi, le maquignon devait passer mardi matin. 

Ca me laissait une journée d'adieux. 

Le lundi soir j'ai laissé Violette attachée dans l'écurie, la mort dans l'âme. J'ai passé de longues minutes à lui parler, à pleurer collée à elle. Une brèche bienvenue dans mon cœur trop serré ces derniers mois, et l'incapacité de pleurer alors que si je pouvais, je le ferais toute la journée. 

Je lui ai mis du foin, une mesure de croquettes, parce qu'elle en a pas besoin mais pour le coup... 

J'ai cauchemardé toute la nuit, réveillée à 4h, 5h... l'heure à laquelle le camion devait passer. Quand je suis arrivée le matin, je me suis fait engueulée. Il était pas venu. 

A midi, je l'ai sortie, j'avais vu personne. Le soir, je l'ai rattachée, rebelote. 

Elle est partie mercredi. 

 

J'ai prévenu le Boucher, s'il la voyait passer à l'abattoir, qu'il me récupère les boucles d'oreille, s'il te plait, c'est ma vache, ma Violette... Il ne l'a pas vue, elle a dû être tuée ailleurs. 

Les boules. 

 

Quand je suis revenue ce week-end, y'avait pas de Violette, ni dans le pré, ni nulle part, à part un fantôme. 

Le patron s'éteint quand on prononce son nom, la culpabilité nous lie.  

Je n'ai pas vu BobineLover depuis deux mois, je ne sais pas pour lui. 

Mais la tension, la lourdeur qui pèse est bien avec nous, le patron et moi.  

On a tué Violette. Elle nous manque, ça fait une plaie à vif. Et la menace qui plane, pour les autre, nous alourdit encore. 

On croise les doigts, pour retarder une échéance, n'importe quoi, un miracle, gagner au loto, se téléporter ailleurs dans un bâtiment mieux, n'importe quoi, une catastrophe naturelle qui fait qu'on serait obligés de toutes les garder. 

 

Nos vaches, ce sont des membres de la famille, encore plus ici, sur cette ferme. 

 

Ca fait mal. Et le noir qui me brouillait la tête depuis de si longs mois s'étend, de plus en plus, partout.  

C'est dur de vivre.

 

Des adieux