Dernier lundi d'octobre, j'arrive chez Asimov comme d'habitude, à 6h30.

Je soigne mes veaux (je ne sais même plus si j'en avais encore), pousse mes retardataires, râcle le bâtiment....

 

Routine rassurante, il est 7h30 et je suis en train de pousser deux trois vaches chiantes quand mon portable vibre. 

C'est mon futur, le jeune Pervenche. 

"-  Allo Vachère ? tu viens à quelle heure aujourd'hui ?

- ... heu... heu... ben écoute, là je suis chez Asimov, j'ai pas eu de nouvelles du Grand Manitou depuis une semaine, aux dernières nouvelles il devait t'envoyer un jeune qu'il embauchait pour l'occase, t'as eu personne ? tu l'as achevé ? tu préfères moi ?

- ben non j'ai vu personne, il nous a dit qu'il envoyait quelqu'un....

- Je sais pas du tout, je te dis j'ai pas de nouvelles, BobineLover est dans la montagne le gars a été opéré, la Petite (nouvelle vachère sur le secteur depuis l'été) est dans l'autre montagne sur un congé mater... Je peux rien te dire là, appelle le GM, et tiens moi au jus... Tes parents sont partis ?

- Oui, ils sont partis mais là ils ont fait demi tour du coup....

- Bon, ben appelle le Grand Manitou, parce que là je sais pas du tout. A priori on a pas trop de boulot cette semaine, voire si je peux faire les deux...."

 

C'est comme ça que s'est décidé mon voyage dans le temps.

J'ai rappelé le Grand Manitou, pour savoir ce qu'il en était, l'informer du coup de fil ; il y a eu échanges entre les parents Pervenche, le jeune, mon Patron Asimov, moi...

 

Au final on s'est mis d'accord pour que j'aille faire la semaine chez Pervenche, tout en restant disponible pour Asimov.

Il y avait deux bêtes qui devaient vêler, une génisse, Ficelle, et une vache, énorme, monstrueuse, à croire qu'elle avait deux, ou trois veaux dans le ventre....

La génisse a attendu le lundi suivant, que je passe devant la partie des taries prêtes en leur annonçant solennellement que c'était bon, j'étais revenue, elles pouvaient les faire.... pour vêler dans la nuit de lundi à mardi !

L'autre, Divine... j'en parle dans l'article suivant.

 

 

J'ai donc fini ma matinée chez Asimov, parcs, poussé les vaches, etc... Avec des gros tracteurs super modernes et des robots d'alimentation, de traite... Pour enquiller à 16h chez les Pervenches, avec des tagazous qui ne tournent que grâce au génie de Beau-Papa, 24 vaches à traire au pot dans deux écuries, etc....

 

Régression de plusieurs décennies dans la technologie !

 

La semaine précédente, chez Asimov, on a vacciné contre la grippe : bloqué le plus grand nombre de vaches possibles au cornadis, le patron Manchot (qui a une épaule HS, tendon perforé - pour le différencier du patron Corseté, qui est tombé du toit) armé de son pistolet subdermique (une invention géniale ça), moi de mon crayon marqueur et d'un stock de flacons dans les poches... et on s'est mis au boulot. 

Pour vacciner la centaine de vaches, on a pas mis très longtemps... on a enchaîné avec les veaux, les génissons....

Ca a été pas mal.

 

Pendant ma semaine chez Pervenche, on a vacciné aussi : à la seringue cette fois-ci, et je cochais les vaches piquées au fur et à mesure sur le listing du contrôle laitier. Noté les numéros des veaux à la main... Au final, on a passé trois flacons ce coup-ci : ils font 50mL, ça fait dix bêtes.

Drôle de contraste, encore une fois, avec chez Asimov : on a dû en utiliser pas loin d'une quinzaine au total....

 

 

Semaine tranquille, qui s'est bien passée, les Asimov se sont débrouillés sans moi. 

Mais samedi, ça n'a pas été si simple...

Matinée presque grasse, j'avais plein de trucs à faire, pour une fois j'avais organisé ma journée et je devais bouger. 

Quand, vers 15h, j'ai reçu un appelle de Petite Pervenche, avec sa mère derrière... Est-ce que je peux venir traire ce soir ? Beau-Papa est à l'hosto, il a fait un malaise, tachycardie et tout le tremblement.

Gloups.

Changement express de programme, j'ai sorti mes vêtements de la machine à laver qui n'avait pas encore tourné, et j'y suis allée....

Mon Futur n'avais rien mangé de la journée, il avait fait la bringue la veille au soir (ses parents étaient rentrés vers 21h30) et était rentré vers 4h du matin, il était à la bade faire je sais pas quoi d'urgent.

Beau-papa était là, pas très vaillant, toujours à plaisanter, trouver des bons côtés à la situation : au moins ils m'avaient vue !

L'herbe était à moitié distribuée, le fumier du matin pas sorti, les vaches pas rentrées...

Le temps de taper la discut' avec Belle-Maman, d'incendier Beau-Papa qui voulait absolument donner à manger, etc ("Non ! c'est mort ! je veux pas te voir dans les vaches, tu vas faire un malaise et leur faire peur ! tu t'assois sur une chaise et tu me fais la discussion, je veux pas te voir faire des trucs !"), j'ai pu attaquer à traire pendant que Pervenche mangeait un bout.

La journée s'est finie tranquillement...

Et le lundi je suis retournée chez Asimov.

J'ai eu une jolie semaine, un intermède particulier dans mon automne....

 

 Et le mot final du "vacher ponctuel" : il ne s'est pas présenté à l'entretien d'embauche, donc a planté le Grand Manitou qui avait bloqué sa demie-journée ! c'était un jeune apparemment, et d'après ce que j'ai compris, c'est son père qui a téléphoné pour dire que finalement il voulait plus. 

Je sais qu'on est pas super bien payés, mais quand même.... quand on s'engage quelque part, on tient ses engagements, là c'était juste pour un mois, et ça apporte plein de choses...

Ca va que je ne sais pas qui c'est, parce que je crois que je le croise, je lui fais la tête au carré... pas pour les répercussions sur mon emploi du temps (au contraire, j'étais déçue d'apprendre que c'est pas moi qui allait faire chez Pervenche), mais plutôt pour le bordel qu'il a semé, de tous les côtés ! Et à mon avis, les malaises cardiaques de Beau-Papa découlent en partie de ce gros coup de stress en début de semaine....