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Comme on n'arrête pas le progrès, et que l'agriculture a aussi le droit d'avancer, on se retrouve avec de plus en plus de gadgets, un peu partout.

 

C'est comme les téléphones tactiles, les premiers étaient relativement aléatoires ; je me souviens encore du téléphone d'un ami, en 2007-2008, je n'avais qu'à le regarder pour qu'il active tous les boutons en vrac !  Et si j'avais le malheur d'approcher un doigt du machin, il buggait.

 

Maintenant, il y a les Iphones et autres tablettes, qui sont, il parait, précis.

 

Moi j'ai les mains qui sont restées bloquées en 2007, je suis incapable d'en tirer quoi que ce soit !

 

 

Au début de l'électronique sur les fermes, on avait les postes à décro, avec ou sans comptage du lait trait ; des trucs avec des vrais boutons "mécaniques", qu'il fallait actionner pour obtenir la commande, comme un clavier d'ordinateur.

Les isolations et circuits restaient quand même fragiles, et le matériel "étanche" l'était pas toujours (notamment les petits boîtiers carrés AlphaLaval, avec trois boutons, "Auto, start, stop" et les trois diodes : une bleue, une rouge, et une orange pour indiquer s'il y a du débit.). Il faut absolument éviter de les humidifier, les circuits grillent comme de rien, et dans les salles de traite, rien que la condensation peut les esquinter.

 

Sur les tracteurs, on a eu l'inverseur au volant, juste un cliquet à pousser ou tirer, et les boutons sur le levier pour les demi-paliers et les régimes (tortue ou escargot, lapin...). Fini les vitesses mécaniques qu'on passe au levier !

 

Je vais pas refaire la Genèse, tout ça pour dire qu'on a eu une sacrée évolution quand même, nous aussi.

 

Et cette semaine, je suis sur une ferme sympa que j'aime beaucoup : 70 vaches (montbéliardes et Abondances, plus quelques tarines pour le plaisir) posée au milieu d'un plateau. Les génisses sont à l'attache dans le vieux corps de ferme plus bas sur la route ; et le lait est fabriqué : Abondance, reblochon, tomme, fromage blanc, raclette aussi je crois...

 

Le bâtiment est récent, et la salle de traite neuve : une Boumatic, 2x8 en TPA (donc deux quais de huit places chacun, en traite par l'arrière), avec décro etc.

 

Boumatic, c'est rigolo, ludique, simple, pratique.

 

Et électronique.

 

Cette salle de traite ci a la particularité de disjoncter une fois par semaine, pendant le lavage en général : tout s'éteint, les chaines de décro remontent, c'est rigolo, intéressant, mais merdique.

Donc, à partir du lundi en général (elle a tendance à sauter le mardi), on détache les mousquetons des griffes quand on les installe pour le lavage : si elle tilte, on aura pas à replacer les 64 manchons dans leurs logements.

 

Sinon, autre différence par rapport aux tpa habituelles, au lieu d'avoir la ligne de barres d'épaules qui se lève quand on ouvre (exactement comme dans les manèges à sensations, qui secouent), c'est un grand cadre qui tourne autour d'un axe ; les vaches se calent contre la plaque inférieure du cadre, et quand on ouvre le cadre tourne, la plaque devant les vaches se lève, et elles sortent ; puis le côté du cadre qui était en haut redescend dans la continuité du mouvement pour servir de cale pour le lot suivant ; etc. Sur ce coup là, c'est le même fonctionnement que les vieux miroirs sur les tables de toilette, ou les psychés.

 

La porte d'entrée, au lieu d'être une "grille" qui s'ouvre vers le haut comme une chatière, c'est deux portes en tubes qui s'ouvrent.

 

 

Et il y a seulement deux boutons pour la traite. Ca n'affiche par contre pas le débit, ni la quantité de lait, ni rien. 

Les commandes sont "intégrées" sur les plaques des pare-bouses. 

Y'a les boutons, une diode au dessus de chacune.

 

Un bouton "manuel", et un "marche/arrêt". Des jolis boutons chromés, qui ne bougent pas. Quand le "manuel" est activé, la loupiote au dessus est allumée, jaune-orangé.

Quand il n'y a pas de lait qui coule dans les tuyaux, celle au dessus de "Marche/arrêt" est allumée rouge.

 

Et cette salle de traite, même si elle est très agréable, c'est mon cauchemar.

 

Parce que les boutons sont TACTILES. En quelque sorte. Ils détectent le contact, la chaleur, je sais pas. Mais ça sert à rien d'appuyer, il faut juste toucher.

 

Une touche sur le bouton manuel, la lumière jaune s'allume.

 

Une touche sur le bouton marche, la griffe se met sous vide, et la chaine du décro se détend : on peut brancher.

Quand on active une griffe, celle située à sa gauche pour le quai de gauche, et celle de droite pour le quai de gauche, remonte automatiquement à hauteur de poitrine pour qu'on n'aie plus qu'à la présenter : on retient la griffe, appuie sur le bouton, la chaine se détend, et on branche.

 

C'est joli à voir, c'est pratique. 

 

Quand une griffe se met sous vide, ça fait un genre de "pch", comme les freins pneumatiques des bus et des camions. Et la griffe d'à côté remonte. 

Si on veut décrocher une vache, une touche sur le bouton de droite, "marche/arrêt", et le vide se coupe, le décro s'enclenche, la griffe est débranchée et remontée automatiquement, puis redescendue pour qu'on ne soit pas gêné pour tremper les trayons et laver le lot suivant.

Le problème (parce qu'il y a évidemment un problème), c'est que même si je fais s'ouvrir les portes et s'allumer les lumières reliées à un détecteur de mouvement (comme dans les magasins, les parkings, etc...), je ne suis pas reconnue par les boutons la plupart du temps.

 

Je touche le bouton marche un coup : rien. Un deuxième coup : rien.

J'appuie : aucun résultat. Je recommence : ah, tiens, y'a du changement, c'est le MANUEL qui s'est activé. Génial. 

Je réappuie sur mon bouton : la griffe se met sous vide, s'arrête, la chaine descend, remonte, puis redescend. Cool !

On recommence. Là, enfin, ça peut marcher. Je branche ma vache, et touche le bouton manuel pour réactiver le décrochage automatique.

Que dalle.

Je retouche : même joueur joue encore.

J'appuie : le bouton clignote lentement. Ah merde, v'là aut'chose.

Je touche : il clignote vite. Oups... qu'est-ce qui se passe ?

J'appuie : il se remet à briller sans interruption.

Bordel... ça commence à me courir... 

J'appuie longuement : ça a activé le bouton d'arrêt, la chaine se tend et commence à décrocher ! je touche le bouton de marche, c'est bon, ça a pas eu le temps de l'enlever.

Je souffle un coup, me frotte les mains sur ma cotte, re touche une dernière fois, si ça marche pas j'appelle Jean-Pierre, le vacher.

IL S'ETEIND !!!! halleluia !!!

 

Je surveille quelques secondes que ça ne cafouille plus, et me retourne : le vacher me regarde, hilare.

 

Il n'y est pour rien, c'est juste que la fois où j'étais venue, l'année dernière, au mois de mars, je passais la traite à jurer contre ces trucs... Je n'arrivais même pas à lancer le cycle de lavage ! et ça continue...

 

Et lui ça l'amuse....

 

 

Photo : la salle de traite ce matin pendant le lavage : température extérieure au bâtiment : -8°C, salle de traite, aucune idée, eau dans les tuyaux : 80°C. D'où cette magnifique image surréaliste...