Hier soir, c'était un grand soir.

 

Vu que c'était prévu depuis longtemps (18 mois ! ) j'avais mes deux jours : mardi et mercredi.

En plus ça tombait bien, ça me permettait de rattraper le week-end du 12 où j'ai bossé.

 

Donc, levés tard (près de midi), glandouille, on se prépare doucement. Je prépare plus d'affaire que prévu, puisque je pars loin de toute civilisation (ma soeur et son copain sont pas vraiment civilisés) jusqu'à dimanche.

 

Enfin, vers 15h, après moults engueulades avec le Normand, on part.

Chat et rat restent sur place, on emmène le chien.

Je me mets au volant, et c'est parti pour 1h30 d'autoroute !

En plus, avec les limitations à cause de la pollution, ça aide pas.

 

Arrivés à la sortie d'autoroute, on s'arrête cinq minutes au garage où bosse mon père, ensuite, re-pause essence, et on monte au village.

 

 

Retrouvailles avec la fratrie (une partie du moins : les deux frangines, le copain de la forgeron), puis papa arrive.

 

On blague, se chauffe, on finit de préparer les sandwichs, se change, et on repart. On laisse le beau-frère avec le chien (qui va surveiller l'autre ? mystère), papa dans la mégane avec les filles, moi avec le Viking dans sa voiture.

 

Dès la sortie de la vallée, brouillard... Sur l'autoroute, ça sera une vraie purée de pois, mais pas grave...

 

Aux alentours de Lyon, embouteillages. On est larges, alors on s'énerve pas. On a perdu la mégane au péage, ils sont deux voitures derrière au niveau du Ninkasi.

Ce soir, y'a du foot aussi, au stade de Gerland, nous on va aux Halles Tony Garnier, à côté, c'est un bordel monstre...

 

On trouve à se garer dans une rue latérale, à un quart d'heure des Halles. On trace, rejoindre les autres au parking souterrains où ils sont.

 

Quand on arrive, ils ont fini de manger, c'est 20h. Ils nous filent nos sandwich pendant qu'on remonte à la surface et se dirige vers la salle. Bonjour et câlin à l'ami et ex beau-frère, un autre ferronnier, et câlin à mon petit grand frère (ou grand petit frère : même pas 16 ans, déjà 1m82 ! )

 

L'excitation monte, il n'y a pas de file d'attente, quand j'étais venue pour Tryo y'avait une queue monstre... Tant mieux !

 

Dans la "foule", y'a deux gamins, une dizaine d'années, avec leurs parents ; y'a des vieux ; des jeunes ; des qui ont la trentaine...

 

Enfin on rentre, on est tous du même côté. On s'installe dans les gradins, puis on redescend, les deux plus jeunes et moi.

 

On se fraye un chemin dans la fosse, on est entre le micro de HFT et celui du bassiste. 

 

On attend, on discute, on blague... quand finalement les lumières s'éteignent.

Projos qui tournent, les musicos attaquent, on guette. Déjà, premier choc au coeur : le son de la guitare, le rythme de la batterie et de la basse... C'est "sa" patte, comme j'arrive à reconnaître le son des Bérus, des Ramoneurs de Menhirs, ou d'autres au simple son de la guitare....

 

Je sais par Fox que je ne connais pas la première chanson.

 

Quand "il" arrive, j'ouvre mes yeux, mes oreilles, constate qu'il a l'air mieux qu'en 2005, quand je l'avais vu, pour la première fois, au Transbo. En même temps, cette fois précédente, il s'était payé la tôle de l'année la veille ou deux jours avant. Le Doc qui m l'avait raconté...

 

Cette première chanson, "Annihilation", elle est belle, elle marque la reconnaissance du Thiéfaine de mon adolescence, son rythme, sa voix, ses mots...

 

La gorge se serre...

 

Je me balance doucement, bras enroulés autour de moi. A ma droite, le microbe, et à sa droite, la Pétasse.

Je les regarde, le Microbe est statufié, il regarde fixement, il profite de tout : son premier concert. La Pétasse a les yeux qui brillent, la bouche crispée. Je dois pas être bien différente.

 

On se balance doucement, en rythme.

 

Chanson suivante, "Fièvre Résurectionnelle" : les digues commencent à céder... "Je t'aime, et je t'attends, à l'ombre de mes rêves...."

On chante en même temps, comme tout le public.

 

Je craque franchement dès le premier accord de "Lorelei Sebasto Cha"... MA chanson....

 

Je pèse, j'hésite, finalement, je le fais : j'appelle ma Shad, qui dort, je le sais, elle se lève à 2h du mat pour bosser. Répondeur, je laisse une minute du concert, de CETTE chanson, enregistrée.

Puis un sms : "je suis désolée, celle là, je pouvais pas la laisser passer... tu me manques..."

 

Ensuite, Soleil, puis d'autres, on chante en même temps, larmes intermittentes. On connait tout. 

 

Le microbe, c'est une plante en pot, il est statufié. 

Paraît que même devant les films comiques il rigole pas !

 

 

"Le Chant du fou", qui nous retourne tous. ces chuchotis...

"Confessions d'un Never-been", qui me ramène quelques années en arrière, toujours.

 

Puis Les Dingues et les Paumés. On se regarde avec la Pétasse, vite. On enfouit nos visages dans nos mains et on se met à sangloter. Ca fait trop là.

Yeux fermés, pleurant comme une madeleine, je me laisse transporter par cette chanson, sa musique, revivant mon enfance et mon adolescence qu'elle a rythmées.

 

"L'Etranger dans la glace" nous fera nous effondrer une fois de plus. Alzheimer, cette saloperie, qui nous touche de tellement près.

 

Après, ça va mieux. Des vieilles et des moins vieilles, on les connaît toutes, le plus "lourd" de l'émotion est passé, on s'amuse de plus en plus.

 

On voit pas passer le temps, à chaque chanson je suis ébahie de voir à quel point toutes sont connues, par tout le monde.

 

113e cigarette sans dormir, Narcisse 81, Alligators, Autorisation de délirer... Tous ces retours dans le passé, ces très vieilles chansons, connues par les minots de quinze ans derrière moi !

 

Un peu plus loin, un homme presque en costard qui hurle les refrains avec conviction, derrière ma soeur un vieux barbu qui sautille en rythme...

 

On ressort de là scotchés, mon père est ravi, lui aussi est retourné il y a longtemps, 30 ans !

 

 

A la sortie, direction le parking, il y a beaucoup de monde. Deux ou trois commencent, et finalement c'est tout le parking qui chante "La Fille du Coupeur de Joints", et enchaine sur "La Vierge au Dodge 51" !!!

 

On discute à la sortie, au retour à la voiture, ensuite sur le trajet pour récupérer la notre. On prend les deux garçons pour les poser chez le ferronnier près de Perrache, où ils dorment. Le Microbe a lycée demain, il est à Rillieux.

 

Puis retour à la maison familiale après des tours et la traversée de Lyon. Les autres sont déjà là, arrivés dix minutes plus tôt. 

 

On est encore tous secoués d'avoir assisté à "ça".

 

Le lendemain, ce matin, on est comme sur du coton, des fois l'un ou l'autre fredonne une strophe ou deux... Fait une réflexion...

 

On est longs à atterrir, et c'est bon....

 

 

 

Thiéfaine, c'est un chanteur que j'écoute depuis mes parents, depuis toute petite ; la cassette enregistrée chez ma grand-mère, les cd et cassettes ici, c'était Thiéfaine et Julos Beaucarne pour m'endormir le soir.

Au collège, quand tout le monde écoutait les Boys Band et la radio ("FC Radio, l'Essentiel"), moi j'écoutais Thiéfaine, que personne ne connaissait.

 

Au lycée, en seconde, c'était encore et toujours HFT, que j'avais fait connaître à un ami.

 

Au lycée agricole, j'avais contaminé ma Shad, à force de l'écouter. 

Mon premier (et seul) baladeur CD, j'avais des compils que je passais en boucle.

 

Sur mon Ipod, il a sa place de choix.

Au milieu du punk et du metal...

 

Et aujourd'hui, à 24 ans, j'ai découvert "en direct" ses deux derniers albums, les ai vus en concert, et vis avec un homme, qui, drôle de hasard, a grandi lui aussi avec Thiéfaine : son père, un "rocker biker" original, santiags, cheveux longs et casque bol, l'écoute depuis toujours.

Il n'a pas pu venir, il était d'astreinte pour le boulot. Dommage.

 

 

Je me rends compte qu'il ne me lasse passe, je me suis passé en boucle ses cinq premiers albums surtout, qui me font toujours autant plaisir d'entendre. 

 

Ma vision et mon interprétation des textes a plus ou moins évolué avec l'âge, mes goûts ont un peu changé sur les chansons que je préfère.

 

Mais sans être une "fan" avec tout ce que ça implique, je suis une grande fidèle à ce Monsieur : un des derniers poètes de notre temps...