Quand on est en journée imposée et qu'il n'y a pas beaucoup de taf, ou qu'on est là (genre congé maternité) et puis voilà, ça m'arrive très souvent de prendre la tronçonneuse.

 

Ca peut être juste comme ça, pour nettoyer les bords de champs pour les clôtures, et puis ça peut être du vrai bûcheronnage.

 

L'an dernier, à peu près à la même période, j'étais chez M. Réglisse ; congé maternité, la petite est née le 12 novembre.

Il venait de récupérer un bout de merdasse en friche et bois, avec des arbres morts monstrueux au milieu, même pas tant de surface, mais bon.

Il s'est mis en tête de le nettoyer.

 

Donc, aidés par notre fidèle tracteur (je sais plus le quel, un des vieux Renault qui vont bien) avec son chargeur, des deux chiens (Réglisse, qui passe la majeure partie de son temps à creuser des trous dans les prés, le reste elle dort ou va se promener) et du Monstre (qui creuse des trous quand je le vois pas, je veux pas qu'il le fasse, dort et se promène avec Réglisse), la machette (ou goyette, ou goi) et des increvables Stihl (la grande et la petite), on s'est attaqués à ce truc.

 

Au centre de la parcelle (vraiment pas grande), il y avait des frênes, des trembles, et deux trois sapins, immenses ; des mêmes, mais plus petits, sur la périphérie, et tout le bord c'était des frênes, des noisetiers et des petits arbres merdiques, avec plein de ronces.

 

Au début, j'avais la machette, et je nettoyais ce que je pouvais, trainais les branches et autres saloperies sur le tas qu'on avait commencé, pendant que le patron arrachait tous les petits trucs, ronces etc, au tracteur.

 

C'est rigolo, il baisse le chargeur (plutôt la croco même), l'ouvre, et avance en râclant par terre. Ca va bien, mais y'a toujours des trucs souples qui échappent, donc je repasse derrière à la machette.

 

Très vite, quand on a eu un passage, vu que le patron aime pas s'emmerder trop longtemps sur le même truc, on s'est mis à abattre des arbres.

 

A la base, il coupe un triangle, pour faire tomber l'arbre du bon côté. Quand les plus hauts tombent, ça fait un souffle de vent monstre, plein de feuilles qui volent (on est l'automne), c'est très beau.

Ca sert un peu le coeur aussi, c'est sûrement stupide, mais ces pauvres arbres qui ont rien demandé, de les voir s'abattre comme ça... Le patron aussi avait fait la réflexion.

 

Moi, à ce moment là, je n'avais jamais utilisé une tronçonneuse. J'avais déjà fait les pleins, retendu les chaînes, je savais aussi les changer, j'avais observé de tous mes yeux comment les affuter, les tenir, les démarrer, les utiliser, mais jamais fait tourner.

A 23 ans et demi, jamais utilisé une tronçonneuse !

 

Fallait y remédier, et donc j'ai appris.

Le patron m'a expliqué vite fait, confiant dans mon sens de l'observation. Il connait aussi très bien ma maladresse, j'avais droit, tous les soirs, à des félicitations pour n'avoir fait aucun miracle !

 

Très vite, on s'est organisés : lui, avec "la grosse", abattait quelques arbres, suffisamment, mais pas que ça devienne merdique pour circuler, puis coupait les troncs à 1m (à peu près la longueur totale de la tronçonneuse) ; moi, avec la petite, j'ébranchais, ébrondais (étêtais quoi) et "parais" les troncs.

 

Une fois fini, les "branches volantes" étaient emmenées par moi sur le tas, pendant que le patron prenait les brondes au tracteur pour les empiler aussi, et les troncs que je n'avais pas pu trainer (par flemme, fatigue, mal au dos ou simplement bon sens, ça m'arrive des fois, sisi ! ) pour les rassembler près de la future pile de bois.

 

Pendant que je faisais un semblant de pile potable, le patron abattait de nouveaux arbres ; etc.

 

Et puis y'a eu un moment où j'ai "monté de niveau", comme en jeu de rôle : de niveau 1 - petite tronçonneuse et petites branches, je suis passée niveau 2 - petite tronçonneuse et petits troncs, puis niveau 3 - petite tronçonneuse et brondes, et enfin niveau 4 : GROSSE tronçonneuse et troncs.

 

Vu que c'était devenu merdique pour abattre de nouveaux arbres, le patron est remonté sur son tracteur pour arracher la saloperie, déplacer le tas "à brûler", et nettoyer un peu. J'ai donc dû passer à la grosse tronçonneuse pour couper les troncs, les gros, les vrais, parfois aussi gros que moi sinon plus.

 

Bon, j'ai encore jamais rien abattu de plus que ma cuisse. Ca va venir, je m'auto forme maintenant.

 

 

Mais quand j'ai commencé à la grosse, je l'ai annoncé à tout le monde, notamment ma chère meilleure amie : "La Vachère gagne un niveau en bûcheronnage ! elle acquiert la compétence "grosse tronçonneuse du patron", avec un bonus de +10 sur les arbres verts de gros diamètre, et gagne en même temps trois points définitifs de force et 3cm de tour de biceps ! "

 

Bon, en vrai, j'en menais pas large.

 

Déjà, ces cochonneries, c'est HYPER lourd. Heu... non, en fait c'est pas ça. Fin si, c'est lourd, mais c'est gérable. C'est encombrant, merdique à trimbaler, et ça vibre.

En plus c'est bruyant.

 

Et dangereux.

 

La poignée la plus à l'avant, juste après le guide et la chaine, c'est le frein de chaîne, qui protège aussi la main qui tient la tronçonneuse (en général la gauche pour moi, mais vu que je suis ambidextre, je m'en fous). Quand il est bloqué (ce qu'il vaut mieux faire quand on se déplace), la chaine ne tourne pas, même en accélération maximum. Quand le moteur est arrêté, on ne peut pas non plus la faire tourner à la main. (quand le moteur tourne, je n'approche JAMAIS aucune partie de moi de la chaine, frein bloqué ou non).

La deuxième poignée, c'est celle pour tenir, stabiliser et forcer à la main. Elle est fixe, solidaire du corps/moteur de la machine, on la tient pour tronçonner.

Elle permet de tenir fermement la tronçonneuse (massacre à la tronçonneuse, c'est rigolo, mais pas crédible), et de couper avec "précision".

Elle permet aussi de mettre un peu de "poids" et de pression sur la chaine quand on a affaire à du bois récalcitrant.

 

Ensuite, derrière, y'a l'autre poignée, dans le prolongement du corps de la bête. Dessus, y'a deux gâchettes mobiles : une d'accélérateur, sous la poignée, et une de blocage de gâchette d'accélérateur, sur le dessus.

Pour faire tourner la chaine, et accélérer, et faut que la gâchette du dessus soit enfoncée, pour débloquer l'accélérateur. Quand on la tient normalement, ça se fait "automatiquement", mais quand on a le pied dans la poignée, tronçonneuse à terre, pur la démarrer par exemple, ça accélère pas.

 

Théoriquement, les accidents sont limités, vu les sécurités. 

En pratique, ils sont bien trop fréquents.

 

Le problème, c'est que des fois, ça saute : la tronçonneuse saute, suivant l'essence du bois, et le type de chaine, ça fait des rebonds. Pas énormes, mais il suffit qu'on lâche un coup une des mains, et ça va très vite.

 

Des fois, pour une raison x ou y, la chaîne saute. Chaine détendue, en général, mais des fois parce qu'on a touché une pierre dans le bois (ça arrive) un qu'on a attaqué un noeud un peu gros, et schlack ! La chaîne saute.

Ca fait du bruit, ça fait peur, et ça peut être dangereux.

 

J'ai réussi une fois à m'entailler assez sérieusement un doigt, en prenant le guide chaine alors que je voulais remonter la chaine (qui avait sauté). 

La tronçonneuse a des heures derrières elles, du coup les côtés du guide étaient coupants comme des rasoirs... Mais en même temps, je ne suis pas douée, c'est pas nouveau.

 

Parfois, quand on coupe une branche, un morceau (ou la branche entière) peut voler et nous venir dans la tronche, et là faut faire gaffe aux mouvements brusques avec la tronçonneuse qui tourne.

 

Etc...

 

 

Au début j'en chiais un peu quand même. Et puis après, ça venait tout seul.

Madame Réglisse m'avait d'ailleurs dit que mon patron lui avait confié que je me débrouillais très bien !

 

 

 

 

Du coup, après presque un an sans toucher à ces joujoux, à l'occasion de congés en Ardèche dans la nouvelle maison de mes parents, j'ai pris la tronçonneuse pour faire un peu de bois.

 

Je me suis beaucoup amusée, ai béni, remercié, et pensé avec émotion à Monsieur Réglisse. 

Je gagne des points d'expérience au fur et à mesure des heures de boulot, bientôt je passerai niveau 5 !!! l'abattage !

 

 

Je prends beaucoup de plaisir à faire du bois pour moi, mais aussi à entretenir mes outils.

 

 

Quand, à l'automne, il fait soleil, qu'on est juste bien en t-shirt ou pull léger, ça sent bon le bois coupé, on se dépense et se fatigue sainement, et qu'on prend notre temps... C'est un plaisir indescriptible.

 

J'aime aussi m'assoir sur un caillou ou une souche, la tronçonneuse entre les pieds, et la démonter pour la nettoyer et la remonter, méticuleusement, précisément ; retendre la chaine, aiguiser les goujons un par un, retendre un coup, faire les pleins de mélange et d'huile, puis retourner sur le chantier.

 

 

Le chien jamais très loin, il a vite compris (confronté aux tronçonneuses dès ses deux mois) où se placer quand on travaille : derrière nous, à une dizaine de mètres, à l'ombre d'un arbre, d'une voiture ou du tracteur, il surveille en somnolant. Quand j'arrête la machine, il se lève, s'étire, vient se caler entre mes genoux pour se faire gratouiller la gorge, puis retourne se coucher. 

 

 

 

Le bois, quand c'est dans de bonnes conditions, avec un patron cool, sympa, c'est un vrai plaisir.

Quand il est pédagogue, patient, et moins con que la moyenne, c'est encore mieux.

 

En plus monsieur Réglisse, avant d'être agriculteur, il a été ébéniste, donc il connait bien les bois, les essences différentes. 

C'est un monsieur pas speedé, assez jeune (une quarantaine d'années), avec qui on rigole bien, et qui sait voir la beauté des choses. Ca arrive souvent, quand je travaille avec lui, qu'on s'arrête un moment, pour regarder le paysage, les couleurs, les bêtes, pour discuter de gibier quand on croise des traces (il ne chasse pas), simplement prendre le temps de vivre.

 

C'est vrai que je suis restée longtemps chez lui, l'an dernier. 

Il avait eu aussi un accident assez grave (tombé d'une échelle) au printemps 2010, avec treize points de suture au crâne, et énormément de peur. Donc on se connaît bien.

 

C'est avec lui qu'on a craqué, avec le stagiaire dont j'ai déjà parlé...

 

 

 

Pour tout dire, le stagiaire, qui nous a handicapés au bois quelque temps, m'a vraiment donné l'envie de me la jouer "massacre à la tronçonneuse dans la Yaute" !!!!

 

Mais il y a deux trois trucs à savoir, notamment que la viande, ça encrasse la chaîne, le sang ça rend le guide glissant, et les os sont merdiques avec cet outil.

La tronçonneuse, ça déchiquette la chair, c'est dégueulasse, ça en fout partout et c'est la galère à nettoyer, et même à découper.

 

Le prochain stagiaire, j'essaye la débroussailleuse avec ! C'est le genre d'idée que je peux soumettre à Monsieur Réglisse sans risque de le choquer, et sur laquelle on peut délirer quelques heures !