Lyra me demandait comment j'en suis venue à ce métier. 

Bon. 

Pour finir, c'est la faute de deux vachers jeunes, beaux, bronzés, musclés.... :P je m'emballe, mais le pire c'est que c'est presque vrai ! 

 

On va pas remonter à la genèse non plus, juste préciser que c'est génétique, ou au moins héréditaire : ma merveilleuse génitrice est chevrière-fromagère à la base. Et elle aime et connait extrêmement bien la nature, les bestioles, tout ça. 

Donc, forcément, depuis petite je veux des chèvres pour faire comme maman, et en grandissant j'ai appris à aimer et connaître la nature, les animaux (aussi bien sauvages que domestiques), etc.  Et puis sinon je voulais être cavalière. Bon, ça, c'est presque réussi, je suis chevalier. Mais c'est autre chose. 

Un truc un peu "paradoxal", c'est que j'ai toujours énormément lu, de tout, depuis toute petite. Mais VRAIMENT petite.  

A l'école j'étais trop trop forte B-) et l'institutrice me rêvait dans des longues études, et tout ça. 

 

Comme toute intello qui se respecte, j'avais des lunettes (ça doit être héréditaire, mais je pense que les nuits passées à lire à la lumière de la lune, dans mon lit, pour pas me faire engueuler par ma mère parce que demain, y'a école, ça doit jouer aussi ), un appareil dentaire, j'étais vachement trop grande, du genre timide et grande gueule. (si c'est possible ! ). 

J'ai fait tout mon collège dans un bahut de ZEP de "mauvaise réputation", en fait on se récupérait tous les cas sociaux virés de tout le département, ou pas loin. 

Donc quatre années de collège sans histoires niveau cours, pas tout à fait la même niveau "social". Je passais mes récrés, en gros, à lire, et à me battre quand des blaireaux voulaient m'empêcher de lire. 

L'été, entre mes 9 et 14 ans je crois, on allait chez mon oncle et ma tante, qui avaient une chèvrerie, avec ma petite sœur : on s'occupait des chèvres et de la fromagerie le matin et le soir, et entre deux, on allait se balader des heures à cheval dans la montagne :) Et j'ai commencé à me dire que c'est vachement bien, agriculteur :) 

 

Après le Brevet (passé et obtenu haut la main évidemment), je savais pas quoi faire de ma peau, j'aimais toujours autant lire et les cours de français, je suis donc allée dans le lycée le plus proche, en seconde LV3 (langue vivante 3) : j'avais donc français, anglais, espagnol, italien (mes deux sœurs ont fait la même, sauf que ma première petite sœur avait d'abord italien, puis espagnol, et a fini par s'installer en tant que FORGERON - oui, le cliché du gars plein de poils, tout noir, avec un caractère de merde, un gros marteau, et une enclume.... UN NAIN ! voilà c'est ça ! - et l'autre avait comme moi, espagnol et italien, mais grec en prime, parce qu'elle voulait "nous pourrir un peu plus la vie en nous parlant en grec ancien pendant les repas", et maintenant elle est en fac d'histoire médiévale à Toulouse). 

 

Mais la prof de français m'a dégoutée à vie de Zola, et j'ai préféré fuir cette section horrible où on passait plus de temps à disséquer les textes et leurs auteurs, plutôt que risquer de perdre ma passion.  En plus, c'était l'année des grèves non stop au printemps, donc je passais plus de temps dans la pelouse à écouter les potes jouer de la guitare et aux jeux de rôles qu'en cours. 

 

Vu que les animaux ça me plaisait toujours, que véto, les études me tentaient pas, j'ai "postulé" et ai été acceptée dans un lycée assez renommé de l'Ain, un lycée agricole (si je dis qu'ils font des Prim'Holstein, vous trouverez tout de suite ;)  ), pour préparer un bac STAE SP (sciences et technologies de l'agronomie et de l'environnement, option systèmes de production). Très barbare comme nom, mais ce qu'il faut savoir c'est que moi, qui n'étais pas du tout scientifique, me suis retrouvée dans une filière où on avait le programme des S, en condensé, avec en prime de l'agronomie, biologie, zootechnie, et mécanique. Argl. 

 

Pendant les vacances d'été, j'avais 16 ans, est entré en scène le premier vacher. 

Il avait une voiture de kéké rouge pétant (ça doit être une caractéristique du métier ça, chez les vachers mâles.... un peu comme la crête du coq ou la queue du paon, je suppose :P ), était plus petit que moi, et il faisait vacher pour gagner trois sous pendant ses vacances. Il avait 18 ans, sortait tout juste du bac que j'allais faire.  Il avait été pris par le voisin pour la semaine. 

On a fait les foins pendant trois jours, ça m'a vachement plu de donner la main aux petites bottes (charger les chars, les décharger, les ranger....), pis le quatrième jour, il a posé un lapin au voisin.  Et moi je suis partie en vacances chez mes grands parents. 

 

Quand je suis revenue, y'avait une fille sur la ferme, elle avait 22 ou 23 ans, et faisait son "stage six mois".  

 

Le stage six mois, c'est, comme son nom l'indique, un stage qui dure six mois, et qu'on doit faire sur une ou des fermes avant de s'installer, si on veut obtenir des prêts et la dotation à l'installation des jeunes agriculteurs (DJA). 

Elle comptait s'installer dans son village, à 30min du mien. 

 

On a commencé à discuter, je l'ai aidée pour deux trois trucs, et finalement j'ai passé mon été à bosser avec elle, du matin au soir. Elle m'a appris les vaches, la traite, à atteler et dételer une tonne à eau (c'était en 2003, pendant la canicule), et plein de trucs.  Quand elle a eu fini son stage, courant octobre, je crois, j'ai continué à venir traire quand je rentrais de l'internat, pendant les vacances, etc... 

Avant, j'avais que les chèvres en tête ; mais j'ai appris à connaître les vaches, et me suis rendu compte que c'est vachement sympa une vache, et que ça me plaisait pas mal. 

 

J'ai donc repris les cours dans ce lycée dont j'entendais parler depuis gamine (ma mère aurait voulu y aller, mais à l'époque ils acceptaient pas les filles). 

J'y ai fait une première sans histoires, je m'éclatais en cours d'agronomie, de zootechnie, et de dissection en bio, le français, y'avait pas grand-chose à en dire (j'ai toujours été une quiche en grammaire, et c'était sûrement pire à 16 ans qu'à 8), j'ai passé l'été suivant sur la ferme de mon voisin, à traire tous les soirs, on avait pris notre routine avec le vieux, il trayait le matin, sortait les vaches, et moi je faisais les étables, lui donnais la main, (je ne conduisais pas encore, ni les tracteurs ni rien), et le soir je rentrais les vaches, trayais, soignais les veaux, tout ça, il passait voir si tout allait bien et donnait la farine (de maïs) et les granulés (tourteaux, céréales), et repartait. Je sortais les vaches, faisais l'étable, et pis voilà. 

 

Le deuxième vacher dans tout ça ? 

 

C'est un jeune (ils sont rares les vieux dans le métier) qui faisait tout le coin, il était connu comme le loup blanc, je l'ai pas vu souvent, mais j'en ai beaucoup entendu parler. 

Les vieux (mais super vieux hein ! 60 ans !!!) partaient en vacances en lui laissant tout, en toute confiance ; les autres ne demandaient que lui parce qu'il bossait super bien (en même temps, je crois qu'on est pas nombreux à bien bosser, j'ai croisé plus de blaireaux ou connards je-m'en-foutistes ou démissionnaires que de gens scrupuleux et professionnels), et je me disais que ça devait être super intéressant, passionnant, comme métier, et que c'est quand même vachement gratifiant. 

Je crois qu'il s'est installé maintenant. 

 

 

Donc, tout ça, pour ça.  

J'ai eu une terminale plus que chaotique, je foutais plus la ramée en cours, et j'ai loupé mon bac du premier coup.  

Je l'ai repassé en candidat libre, j'ai fait des stages en même temps, en chèvrerie notamment. J'ai appris les bases de la fromagerie, fabrication lactique (le lait n'est pas chauffé, on le fait juste coaguler et on le moule, ce qui donne les crottins de chèvre, les fromages blancs ou les fromages secs, etc...), l'été j'ai fait je sais plus quoi, et j'ai commencé un BPREA dans l'autre lycée agricole du département. (Brevet Professionnel de Responsable d'Exploitation agricole), j'ai passé la compta, ai commencé un contrat de professionnalisation sur une chèvrerie, où ça s'est très mal passé.  

J'ai tout laissé tomber, ai quand même fait une formation de fromagerie au centre du Pradel, en Ardèche, j'ai évidemment eu mon "brevet" (c'est super facile la fromagerie.... le lactique encore plus, on risque pas de se brûler sur les réchauds :P), et ai passé trois mois à ruminer, me dire que les vaches, les chèvres, tous ces connards d'agriculteurs pourris c'est FINI, je vais faire secrétaire ou serveuse. 

 

Mais à force d'être poussée au cul par ma mère et ma tante, j'ai contacté un agriculteur qu'on avait vu avec le lycée, dans la Dombes. Un résistant contre la retraite, 67 ans, une trentaine de vaches avec les veaux dessous, 6 chèvres, 6 truies, un bordel monstre, deux tracteur antiques (David Brown et très vieux Lamborghini, pour ceux qui connaissent ; j'ai appris à conduire sur un Lamborghini, c'est classe non ? :P )… 

 

J'y ai passé six mois, durant lesquels j'ai été heureuse et bien à un point rare. je vivais chez eux, c'était comme une famille d'adoption, on avait des journées de malades, les bâtiments étaient antiques (1730 !!!) fallait sortir le fumier à la brouette, traire les vaches au pot et les chèvres à la main, j'ai repris le coin fromagerie, et pendant six mois j'ai fabriqué, tous les jours, mes fromages de chèvres et vaches (ça faisait pas beaucoup, 10L de lait de chèvre par jour, et une vingtaine de lait de vache), soigné mes truies, mon étable de dix vaches (les autres, c'était le patron qui s'en occupait, même si ça m'arrivait d'y aider souvent). 

J'y ai fait mon premier "remplacement", toute la famille est partie une semaine à l'autre bout du département, me laissant tout à gérer. J'adorais ça. 

En plus, la Dombes, c'est magique. (enfin, faut pas y vivre, mais c'est très beau. Le problème, c'est que c'est super humide, y'a des moustiques, et les Dombistes sont très.... particuliers, peut-être pires que les Haut-Savoyards). 

 

Quand j'ai raccroché, fin décembre, j'étais quand même bien fatiguée, à nouveau démoralisée et dégoutée : cette famille est exceptionnelle, c'est rare les agriculteurs comme ça, aussi.... humains. 

Je voulais plus entendre parler de vaches ni rien, une fois de plus, de voir ce qui se passait en dehors de mon microcosme dombiste me démontait. 

 

Pendant un an et demi j'ai plus approché une vache, ni posé mon cul sur un tracteur. Mais le temps passant, ça me titillait là où c'est sensible : l'odeur du foin, de la paille, me rendait presque folle, et l'odeur d'une étable me faisait monter les larmes aux yeux. Je voulais quand même retourner "chez moi", à ma place, au cul des vaches (c'est pas glorieux mais c'est comme ça). 

 

J'ai enfin eu le permis (que j'ai mis près de quatre ans à passer), j'ai travaillé en usine, de jour, de nuit, à faire les trois huit, et un jour, au retour d'un jeu de rôle "grandeur nature", j'ai été traîner sur le site de l'ANPE, et j'ai trouvé une annonce (il y quasiment les mêmes si vous tapez "ouvrier agricole", "haute savoie" et "CDI" sur le site de pole-emploi). 

J'en ai un peu parlé à ma mère, qui m'a dit de faire ce qui me plaisait ; la Haute Savoie c'est pas si loin, et rien n'est irrémédiable, il sera toujours temps de revenir si ça va pas. 

 

J'ai postulé, et trois jours plus tard entretien téléphonique avec le Big Boss. deux semaines après, je faisais un premier voyage, pour visiter l'appartement, signer le bail, mon contrat (d'abord le contrat, un CDI, indispensable pour avoir l'appartement ;) ), et puis après j'ai fait ma médiévale, et vous connaissez la suite ^^ 

 

 

D'ailleurs, si vous êtes tentés, on en cherche toujours des vachers, c'est la dèche, c'est rare quand ils restent plus de deux mois, ça arrive même qu'ils repartent la veille du premier jour.... O_o

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Y'a des aliens, genre "celui du secteur au dessus", ça fait 15 ans qu'il y est ; mon super collègue BobineLover, deux ans et demi ; moi, un an et demi....

 

Mais la plupart du temps, ils font pas long feu.

 

Pour faire ça, soit faut VRAIMENT avoir besoin d'argent (et vu ce qu'on est payé, c'est pas franchement avantageux), soit être complètement marteau (genre moi, d'après BobineLover), soit heu.... attendre mieux (comme lui.... mais je le soupçonne fortement d'être un peu cinglé aussi....)